La trahison mérite la pire des punitions !

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La trahison mérite la pire des punitions !

Message par Astride Vellini le Mar 31 Oct - 20:50

Cela faisait bientôt un an que la blondinette avait quitté ses falaises et son cloître en construction afin d'aller assister en catimini à la pire des mascarades qu'il lui eu été permis de voir. L'une de celles à laquelle elle n'aurait même pas eu l'audace de penser s'il lui avait été demandé d'imaginer un scénario pour la prochaine pièce dramatique à présenter devant le Roi et sa Cour. Cela faisait donc bientôt un an qu'elle ressassait ce passé dont elle n'arrivait pas à se défaire, et ce malgré les efforts de son bienheureux cousin qui avait tenté plus d'une fois de lui changer les idées en l'invitant régulièrement à sortir pour visiter les habitants d'Hendaye. Sans doute avait-il pensé que de se trouver proche de ces paysans puants mais toujours reconnaissants dès lors qu'on pensait à eux allait lui faire oublier le gouffre sans fond qui avait pris place dans son coeur à cause de ce misérable rouquin. Plan qui aurait probablement pu fonctionner sur le long terme si aucun drame n'était survenu tandis qu'elle se trouvait en plein hiver à sauver les quelques ploucs enrhumés de ses terres, ne sachant pas qu'un message urgent l'attendait devant sa porte. Sa soeur, la seule avec qui elle parvenait à communiquer, avait eu la merveilleuse de passer l'arme à gauche un soir de février, sans même lui laisser le temps d'essayer de la sauver. Le roux, le seul qu'elle avait fini par aimer dans ce bas monde, l'avait larguée comme un vieux gland pourri que même un tamia n'oserait pas stocker pour survivre l'hiver. Ce même roux qui avait eu l'audace de se marier quelques mois plus tard sans même prendre la peine d'inviter la famille qui l'avait accueilli, offert des terres et un travail qu'il n'avait assurément pas mené à bien. En y repensant, cette situation était tout bonnement ridicule. Il y a quelques années de cela, sortant à peine du couvent, la petite Vellini ne connaissait rien aux relations avec les autres et se souvenait simplement des innombrables moqueries dont elle avait été la cible parce qu'elle n'avait pas eu la chance d'être dotée de la parole. Partant du principe que tous les hommes étaient vils et manipulateurs, elle avait décidé de ne s'attacher à personne, pas même au garde que ses soeurs avaient cru bon de lui refourguer, sous prétexte qu'elle était inadaptée au monde extérieur. Pourtant, à force de persévérance, ce garde du corps qu'elle se refusait tout bonnement d'aimer avait fini par faire pousser quelques sentiments amoureux dans le coeur de cette petite blonde. Si tout cela lui avait permis de découvrir toute une palette de nouvelles émotions indispensables à tout être humain, sans doute aurait-il mieux valu que cette boîte de Pandore ne soit jamais ouverte par celle qui était incapable de les comprendre...

Le mois de février 1465 avait donc signé la mort cérébrale de la Dame d'Hendaye. A partir de cet instant, elle n'avait plus eu qu'une seule idée en tête : éliminer l'obstacle qui la séparait d'un bonheur qu'elle se considérait en droit d'avoir. De fait, son laboratoire initialement créé dans le but d'apaiser les maux de ses gens s'était rapidement transformé en une succursale de la torture par l'empoisonnement : un lent, douloureux et sadique empoisonnement. Elle avait compulsé des dizaines de livres afin de recenser les plantes les plus toxiques pour l'homme, les endroits où elle pourrait les trouver, leur période de floraison, le mode d'ingestion, les effets induits par leur consommation, et tout autre détail qu'il pouvait être intéressant de connaitre. A l'issue de ces quelques mois de recherches intensives, enfermée dans un laboratoire sombre et poisseux qu'elle ne quittait que pour aller écouter les doléances sans intérêt de celles et ceux dont elle n'avait plus rien à faire, mais dont elle était contrainte de s'occuper afin de n'éveiller aucun soupçon de la part de sa suzeraine de soeur, elle avait finalement défini une petite liste de plantes qui correspondaient parfaitement aux critères qu'elle s'était fixés. Tout cela l'avait poussée aux mois printaniers, la saison parfaite pour constituer ses stocks et faire quelques essais avant de partir pour l'aventure de sa vie pour la mort d'autrui. Elle avait d'abord songé récupérer les mourants d'Hendaye pour faire ses expériences, mais elle abandonna rapidement cette idée puisqu'elle aurait été incapable de savoir si la mort était survenue suite à l'ingestion du poison ou non. Aussi, une autre idée germa rapidement dans son esprit : empoisonner les criminels plutôt que de les pendre ou de les torturer avec ces machines infernales qui coûtaient un bras, voire plusieurs si on voulait une collection bien fournie histoire de varier les plaisirs. Autorisation fut demandée à la suzeraine de soeur pour que tous les bandits d'Urtubie soient rapatriés dans les geôles d'Hendaye. La dite soeur ayant récemment du enterrer son époux tant aimé, il était assez facile d'obtenir des faveurs aussi futiles que celles là. Quoi que fondamentalement triste pour sa soeur, ayant pleinement conscience que son amour pour Korantin était d'une puissance telle qu'elle aurait pu creuser à main nue un tunnel à travers les Pyrénées, elle ne parvenait pas à oublier son objectif ne serait-ce que quelques heures. Cette idée de bonheur absolu l’obsédait bien plus qu'il ne l'aurait fallu...

Les saisons continuèrent donc à s’enchaîner et c'est ainsi que l'année s'écoula, rythmée par les décès au sein de sa famille et les nombreuses et douloureuses morts des brigands qui avaient la mauvaise idée de sévir en Urtubie. 1465, une année mortelle ! Mais une année qui avait permis à la Vellini d'en découvrir beaucoup sur des plantes qu'elle n'aurait peut être jamais eu l'idée d'étudier en d'autres circonstances. Le froid s'était à nouveau installé, les jours devenaient de plus en plus courts, la mélancolie gagnait chaque jour un peu plus de terrain. Ce fut l'un de ces jours déprimants qu'elle choisit pour lancer la première phase de son plan pour un bonheur inaliénable. Sereinement installée à son bureau, à la lueur d'une bougie qui éclairait si délicieusement son visage juvénile et ses yeux d'ordinaire mutins devenus en quelques mois la preuve de sa détermination morbide, elle se saisit de sa plus belle plume. Elle hésita quelques instants sur la formule de politesse à employer et finalement, muée par la force de son irrésistible envie de retrouver ce qu'elle avait perdu, les mots coururent instinctivement sur le vélin tandis qu'un sourire en coin vint accompagner son regard fixe.



Au Marquis de Giglio, Sa Magnificence Rodrigue de Liancy,
De la Dame d'Hendaye, Dame Astride Vellini,

Salutations.

Tu trouveras sans doute que mon courrier est bizarre mais comme tu m'as pas invitée à ton mariage pour que je puisse te féliciter en personne, me voilà face au vélin pour te les transmettre de façon épistolaire. C'est vrai que j'aurai pu le faire plus tôt, mais comme tu dois certainement t'en souvenir, mes printemps et mes étés sont toujours très occupés par toutes les fleurs que l'on peut voir en ces saisons ! A l'automne, j'ai pensé que quitte à être en retard, autant attendre ton anniversaire de mariage pour que mon courrier ne tombe pas trop comme un cheveu sur la soupe.

Je m'ennuie en hiver, surtout que l'ambiance est assez sinistre ici depuis les décès d'Anaïs et Korantin. Je me suis donc dis que j'allais m'inviter à Giglio pour le retour du printemps ! Le temps de faire tranquillement le voyage jusqu'en tes terres reculées. Le temps surtout que plus de bateaux fassent la liaison entre le continent et ton caillou flottant. C'est à croire que tu as cherché par tous les moyens à m'empêcher de te retrouver ! Je trouve ça honteux de vouloir me cacher des plantes que je ne connais peut être pas encore, alors je ne te laisse pas vraiment le choix ! Prépare toi juste à me voir arriver d'ici le mois de mars.

Je viendrai avec un cadeau t'en fais pas. Je ne suis pas sans gêne non plus !

Passe le bonjour à ton épouse et à Arambour.

Astride.

Les Hommes étaient vraiment doués dans l'art de la manipulation, même elle n'échappait finalement pas à cette règle. Dieu que tout cela ne ressemblait pas à la frêle et enfantine Astride Vellini.

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Re: La trahison mérite la pire des punitions !

Message par Rodrigue de Liancy le Mer 1 Nov - 22:49

Bien loin d’Hendaye, l’ambiance était radicalement différente à Giglio. Depuis deux mois l’île était en fête. L’héritier tant attendu était enfin arrivé. Et si la population était ravie, Rodrigue, lui, était le plus heureux des hommes sur Terre. Il mettait quiconque au défi de lui trouver UNE personne plus heureuse que lui. Il avait une épouse divine, et maintenant, le petit Nerio. Son avenir à Giglio était un peu plus assuré par cet enfant qu’il chérissait. Le borgne avait toujours adoré les enfants mais avait longtemps estimé être incapable d’être père. Or depuis la naissance de Nerio, il lui semblait inenvisageable de ne pas donner plein de frères et des sœurs à celui qu’il nommait avec humour « L’Héritier ». Il s’était néanmoins bien gardé de faire part de son souhait à Lucia si tôt après la naissance de leur fils, de peur de se voir opposer un refus tout net.

Son amour pour son épouse était également à son apogée. Quand bien des hommes se détournaient de leur femme le premier enfant arrivé, lui n’économisait pas son temps pour Lucia. Bien que débordé de travail, il gardait toujours du temps pour elle, s’arrangeait pour la voir, l’embrasser tendrement avant de s’éclipser, happé par ses affaires. Ses journées étaient ainsi très longues, mais Rodrigue était sur un tel nuage qu’il se moquait bien de rester éveillé du lever au coucher du soleil. Fort heureusement, les affaires étaient si bien ordonnées qu’il n’était pas nécessaire d’en arriver à une telle extrémité.

Rodrigue ne savait pas s’il fallait mettre ça sur le dos d’une simple coïncidence ou véritablement de la naissance de Nerio, mais tout allait bien à Giglio. Pas de crise, les notables étaient calmés maintenant que l’héritier prévu dans le contrat signé avec le Liancy avait pointé le bout de son nez, les marchands avaient fait une belle année, les finances étaient au beau fixe et s’il restait encore des pauvres sur l’île, le marquis avait su capter leur cœur par sa simplicité avec eux et par quelques pièces qu’on leur offrait aux grandes occasions.

Mais si tout allait bien, les réunions, les requêtes restaient toujours ennuyeuses et redondantes. Rodrigue s’y pliait avec professionnalisme et ne se plaignait pas. Cependant, il commençait à ressentir de la lassitude lorsqu’il s’agissait de travailler avec Guido. Celui-ci restait loyal, honnête, franc, mais en prenant du grade en passant d’homme à tout faire à Monteroni, à celui d’homme à tout faire à Giglio, il avait engrangé un certain excès de confiance et, paradoxalement, une certaine raideur qui commençait à agacer le marquis. Il n’avait aucune raison d’être materné, encore moins depuis qu’il était lui-même devenu père.

Malheureusement pour le marquis, il se trouvait justement en entretien avec Guido lorsqu’un grouillot apporta une missive. Et si d’habitude il attendait la fin des entretiens pour ouvrir les courriers, l’ennui que lui prodiguait le Bariani l’incita à ouvrir la lettre à peine arrivée entre ses mains. Et s’il y avait bien une lettre qu’il ne s’attendait pas à lire, c’était bien celle là. Astride. Astride lui écrivait. Gentiment. Et s’annonçait. Rodrigue cligna des yeux, puis fronça les sourcils, relut la lettre. Il n’y avait pas d’erreur. Pas d’injure, pas de ressentiment. Si elle ne l’avait pas oublié, le temps semblait avoir fait son œuvre et il semblait avoir été pardonné. Après quelques minutes de silence, Guido se racla la gorge, désirant savoir ce qui préoccupait tant le marquis dans cette lettre. D’une voix qui ne cachait rien de sa surprise, Rodrigue répondit alors :


- Astride Vellini arrivera ici en mars. Pour une visite.

Au nom de son ancienne fiancée, Rodrigue vit le visage de Guido se crisper. Il ne l’aimait pas, il ne l’avait jamais aimée, et sûrement devait-il craindre pour Lucia un quelconque retour de flamme entre les deux amants. Pourtant, rien de cela n’était venu à l’esprit du borgne. Tout cela était du passé, tout cela était fini. Il aimait Lucia, elle venait de lui donner un fils adorable et escomptait agrandir cette famille. Il n’y avait pour Astride aucune place, à part celle d’amie. Et si Rodrigue était étonné, et aussi un peu mal à l’aise, se demandant comment les retrouvailles allaient se passer, il ne voulait pas laisser le moindre doute s’immiscer dans l’esprit de son homme de main.

- Lis la lettre. Elle est amicale, je pense qu’elle vient avec de bonnes intentions. De toute façon si elle se comporte mal, il suffit de la remettre dans le premier bateau et de lui interdire de reposer un orteil à Giglio.

Guido semblait sceptique, protesta vaguement se disant que s’annoncer de cette façon n’était pas polie, qu’il fallait se faire inviter et non pas s’inviter soi-même. Puis il abandonna, comprenant que Rodrigue n’allait pas refuser cette visite. Et il avait raison. Tout lui réussissait, alors s’il pouvait faire la paix avec celle qu’il avait tant aimé, il le ferait. C’était une bonne occasion. Tout juste demanda-t-il à Guido de faire preuve de discrétion :

- Lucia ne sait pas que j’ai été fiancé. Et je ne veux pas qu’elle le sache. Cette histoire est terminée et pour tous, il vaut mieux qu’elle ne soit pas abordée. Et vu le ton de cette lettre, je pense qu’Astride partage mon avis.

L’ordre était donc clair et Guido l’avait bien compris en acquiesçant de sa tête boudeuse. Et comme si de rien n’était, Rodrigue posa la lettre sur le bord de son bureau et reprit son travail. Le soir en retournant auprès de Lucia, après l’avoir embrassée, il lui expliquerait qu’il aurait une amie à lui présenter en mars. Une amie, car les choses étaient ainsi faites que ce n’était que comme cela qu’il considérait Astride à présent. Et au fond, jamais il n’aurait dû en être autrement.

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Re: La trahison mérite la pire des punitions !

Message par Astride Vellini le Dim 5 Nov - 21:37

La mini blonde avait continué à peaufiner son plan machiavélique pendant encore deux semaines après avoir envoyé son coursier sur l'île de Giglio, considérant qu'il aurait besoin d'au moins ça pour faire l'aller-retour et lui rapporter une réponse de la part du rouquin. Certes le message qu'elle avait envoyé n'impliquait pas nécessairement de réponse puisqu'elle s'était imposée sans même chercher à demander s'il était d'accord, mais rien ne l'empêchait de lui dire qu'elle était loin d'être la bienvenue. Car évidemment, c'était ce genre de réponse qu'Astride s'était préparée à encaisser et à contrer avec une liste d'arguments longue comme le bras. Elle avait notamment prévu tout un argumentaire choc sur le fait qu'elle était devenue Dame d'Hendaye, et que depuis ce jour ses gens ne s'étaient jamais plaint de quoi que ce soit la concernant. Pour celui qui devait la connaître probablement mieux que tous les autres, ça ne pouvait que prouver qu'elle s'était assagie. Au quinzième jour, la blondinette se tint à la fenêtre au dessus de l'entrée toute la journée, guettant l'arrivée d'un coursier qui ne pointa jamais le bout de son nez. Irritée mais pas découragée, le seizième jour suivit strictement le même schéma. Lorsque le soir tomba à nouveau sur Hendaye, elle fronça les sourcils et dans un excès de rage incontrôlée elle tira sur le rideau de la fenêtre qui l'avait cachée pendant deux jours et le jeta par la dite fenêtre avant de la claquer, toujours énervée, parce que le froid s'était invité dans la pièce. Elle contraignit alors l'un de ses domestiques à faire le guet pour les jours suivants, parce qu'elle n'avait certainement pas que ça à faire d'attendre que Mônsieur le Marquis se décide à lui répondre. Force fut de constater après plus d'une semaine d'attente supplémentaire, que le roux n'avait pas du tout l'intention de lui accorder le moindre intérêt.

En y repensant, quelques jours après cette déconvenue imprévue, la blondinette se dit que ceux qui avançaient l'hypothèse que l'amour et le mariage rendaient les gens naïfs et idiots n'avaient pas complètement tort. Comment avait-il pu croire une seule seconde, lui qui la connaissait probablement mieux que tout le monde, qu'elle pouvait avoir passé l'éponge sur ce qu'il lui avait fait ? Comment pouvait-il seulement croire qu'elle ne vouait pas une haine viscérale contre celle qui avait la vie qu'elle aurait du avoir ? D'autres auraient été pris de pitié face à tant de naïveté. Pas Astride. Ce qu'elle prenait pour une envie malsaine de lui balancer au visage tout le bonheur qu'il avait accumulé loin d'elle ne faisait que la conforter dans l'idée qu'elle devait purement et simplement se débarrasser du parasite qui avait pris possession du coeur de son Rodrigue. Les fêtes de la Saint Noël et de la Nouvelle Année aidant, la minie blonde abandonna ses projets morbides histoire de s'occuper un peu de sa population enrhumée et pour visiter ce qui lui restait de famille. L'hiver n'avait jamais été une saison où Yvain se portait comme un charme, elle avait donc fait le déplacement pour s'assurer qu'il n'aille pas rejoindre Anaïs dans la tombe, laissant le soin à Rozenn de s'occuper de Geroges et Wilgeforte à 100% -contre environ 50% actuellement-. La fameuse Rozenn qui elle aussi avait un peu de mal à se voiler la face ces temps-ci, le temps d'encaisser définitivement le coup pour la disparition de Korantin. Au milieu de tout ça, Astride trouvait enfin une utilité à être muette, elle n'était pas tentée de lâcher à tout le monde ce qu'elle avait prévu de faire, et elle pouvait merveilleusement bien faire semblant que tout allait bien -encore mieux vu que tous les autres allaient mal-. C'était la pure ambiance, mine de rien elle avait hâte de se faire la mal, même si c'était pour se farcir la tronche de cette pu*ain d'italienne pendant des jours et des jours, le temps d'inspirer confiance.

Le jour de son départ pour l'Italie sonna enfin, elle mit tout en ordre afin que son absence passe presque inaperçu et prit la route avec son mortel petit baluchon. Tout se passa sans encombres, et d'auberges en auberges elle parvint enfin sur le quai du port où elle trouverait un bateau qui l’emmènerait à sa funeste destination. Après quelques échanges rondement menés grâce à sa fidèle ardoise de poche et surtout grâce aux écus gracieusement ajoutés au deal, elle avait fini par trouver son moyen de transport. Départ prévu pour le 1er mars aux premières lueurs du jour. Loin d'elle l'idée d'être en retard et de louper le coche, elle avait donc pris place dans l'auberge au pied du port. De sa fenêtre elle pouvait presque voir les voiles du bateau sur lequel elle allait monter. Trop excitée pour fermer l'oeil, elle s'était enroulée dans sa couverture et avait gardé les yeux rivés sur la mer toute la nuit. Elle s'était probablement assoupie quelques heures sans s'en rendre compte, mais une chose était certaine : à l'instant même où la noirceur de la nuit commença à être grignotée par la lumière du jour, elle s'était redressée et avait dévalé les escaliers pour rejoindre le port. Un sourire radieux sur le bout des lèvres, le capitaine fut bien surpris de la voir si matinale et ne manqua pas de rire grassement après avoir dit qu'il avait proposé cette heure si peu accommodante dans l'espoir de pouvoir la laisser sur le quai avec un air déconfit. Ce pauvre homme était bien loin de s'imaginer qu'il allait devenir complice d'un noble meurtre en acceptant cette passagère aux airs si angéliques.

Lorsqu'elle posa le pied sur le sol de Giglio, la blondinette s'arrêta quelques instants avant de jeter le reste de sa bourse à celui qui l'avait si aimablement conduite jusqu'ici. Sachant qu'elle ne pouvait pas passer inaperçu au milieu de cette masse de gens à la peau mâte et aux cheveux noirs, elle se dirigea spontanément vers la tour depuis laquelle la responsable de la défense de l'île surveillait les allers et venues maritimes. Elle n'eut même pas à s'y rendre, puisque la Licors vint directement à sa rencontre, sa mine toujours si impassible et son goupillon toujours ostensiblement arrimé à sa ceinture. La raison pour laquelle la blondinette devait user de ruse pour éliminer la femme la plus protégée de l'île se trouvait maintenant face à elle, et elle n'avait pas envie de rire. Comme d'habitude. S'étant préparée psychologiquement à prendre des faux airs de petite fille sage lors de la traversée entre le continent et l'île, elle eut l'occasion de mettre en pratique ce qu'elle avait travaillé en faisant de grands gestes à l'attention d'Arambour, avec un magnifique sourire de façade. A première vue, elle ressemblait en tous points à une jeune femme de 17 ans pleine de vie.


-Dame d'Hendaye, bienvenue sur l'île de Giglio. J'espère que vous vous portez bien, ainsi que Mademoiselle Vetinel. Veuillez me suivre je vais vous conduire au château. Nous ne vous attendions point si tôt en mars.

Le ton n'avait pas été aimable. Ce qu'on pouvait naturellement attendre d'Arambour. Sauf qu'en plus du ton malaimable, la minie blonde avait senti dans ces quelques mots tout le poids des reproches et des mises en garde qu'elle n'était pas en droit de lui faire parce qu'on lui avait probablement demandé de l'accueillir comme n'importe quel autre invité du marquis. Après un petit instant de flottement, Astride répondit avait un hochement de tête énergique, son sourire toujours vissé sur les lèvres comme s'il s'agissait du seul moyen qu'elle avait trouvé pour ne pas ruiner sa couverture. Elle devait paraître naturelle, et pour ça elle devait redevenir celle qu'elle était avant de rencontrer Rodrigue. Soit une femme insouciante, souriante et facile à surprendre. De tout ça ne restait plus grand chose, pour ne pas dire rien. Enfoiré de roux.

-La Dame d'Hendaye pour le marquis. dit la Licors dans un italien plus qu'approximatif et avec un accent à couper au couteau avant de se pencher légèrement en avant pour prendre congé et retourner surveiller ses bateaux jusqu'aux alentours de midi.

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Re: La trahison mérite la pire des punitions !

Message par Rodrigue de Liancy le Lun 6 Nov - 18:36

Non, Rodrigue n’avait pas répondu. Et pour cause, il n’avait tout simplement pas su quoi répondre. La lettre reçue semblait assez claire pour ne pas nécessiter une quelconque réponse. Astride avait pris la résolution de venir et il n’y avait rien à redire à cela. Quant à ce qu’il avait pu apprendre par ailleurs, notamment la mort d’Anaïs, il préférait échanger avec elle directement, puisqu’elle venait. Cette nouvelle l’attrista car elle n’était pas dans l’ordre des choses. Son cousin se mourait depuis des siècles et était toujours là, alors que sa bonne épouse reposait aujourd’hui entre quatre planches. La nouvelle de la mort du mari de Rozenn l’attrista également, mais un peu moins, car la peine allait surtout pour la veuve plus que pour le défunt, qu’il n’avait finalement que peu connu.
Alors que répondre à une lettre disant « J’arrive ! » et « deux personnes dans ma famille sont mortes ! » ? Rien. Et puis si Astride se plaignait de ce silence, il n’avait qu’à dire que le coursier s’était perdu.

Les semaines étaient ainsi passées. Le marquis avait néanmoins fait réserver une chambre du château pour Astride. Proche d’une petite bibliothèque dans laquelle il avait trouvé une poignée de traités de botanique – sûrement déjà obsolètes – cette chambre était la plus indiquée pour occuper la jeune femme si elle venait à s’ennuyer. Hormis cela, rien ne venait troubler la quiétude hivernale du château, ou même de l’île qui tournait au ralenti en cette saison. Sauf peut-être les pleurs du petit Nerio, mais personne ne s’en offusquait, surtout pas son père. Le Liancy continuait de s’émerveiller à propos de son fils qui grandissait à une vitesse folle. En réalité il grandissait à une allure tout à fait normale, mais les parents ne sont jamais très lucides concernant leur progéniture.

Puis en mars, alors qu’il travaillait dans son bureau, on toqua à la porte. Rien de très anormal, cela arrivait assez souvent, peut-être trop à son goût, mais lorsque Guido parut dans la pièce, Rodrigue comprit à sa tête des mauvais jours qu’Astride était arrivée. Chose confirmée quelques secondes plus tard dans un ton sec, désapprobateur, mais néanmoins professionnel lorsque le Bariani demanda au marquis ce qu’il devait faire.


- Conduis la ici. Fais terminer les derniers préparatifs de la chambre et fais y porter ses bagages.

Tandis qu’il donnait ses ordres, Rodrigue s’était levé et avait commencé à rassembler ses papiers pour les ranger. Une fois Guido sorti, il s’assit et se mit à gratter sa barbe. Une certaine appréhension venait de le saisir. Avait-elle changé ? Comment se comporterait-elle ? Sa lettre était amicale, mais peut-être que devant lui elle allait de nouveau se braquer, comme au « bon » vieux temps ? Mais surtout, comment, lui, devait-il se comporter ? Il l’avait quittée et n’avait plus donné signe de vie presque deux ans auparavant. Ces deux années avaient-elles tout effacé ? Rendaient-elles tout normal ?

Il en était là de ses interrogations lorsque la porte s’ouvrit de nouveau. Pas de Guido à l’horizon, mais juste ce visage bien connu de la Vellini. Naturellement Rodrigue se leva et vint à sa rencontre pour l’accueillir.


- Bonjour, dit-il en souriant.

Il resta quelques secondes à la regarder. Elle n’avait pas tant changé que cela. Ses cheveux étaient toujours aussi blonds, ses yeux toujours aussi bleus. Tout juste ses traits avaient perdu de leurs rondeurs adolescentes. Elle faisait plus femme et, ainsi, était plus belle qu’elle ne l’avait jamais été. Le borgne sentit son cœur se serrer mais pour chasser le malaise qu’il sentait approcher, il enchaîna banalement :

- Bienvenue à Giglio, j’espère que tu as fait bon voyage. La belle saison débute tout juste, il arrive que la mer soit encore un peu lunatique.

Ne sachant que faire, à savoir s’il devait lui faire la bise, ou lui serrer la main, il l’invita tout simplement à prendre place sur la chaise devant le bureau. Puis il s’installa dans son fauteuil et reprit, honnête, entrant dans le vif du sujet :

- Ça fait longtemps. Je suis désolé de ne pas t’avoir prévenu pour mon mariage, mais je crois qu’il n’y avait pas de bonne solution. Te prévenir… ne pas te prévenir… J’espère que tu ne m’en veux pas. Ou plus, du moins.

Après une pause de quelques secondes durant lesquelles il se gratta de nouveau la barbe, il demanda, de nouveau souriant :

- Dame d’Hendaye alors ? C’est plutôt joli comme coin. Tu te plais dans ton nouveau rôle ?

Rodrigue en pleine galère ? Si peu.

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Re: La trahison mérite la pire des punitions !

Message par Astride Vellini le Sam 11 Nov - 13:20

D'Arambour la Terrifiante, elle était passée à Guido le Malappris. Si la présence de la première n'avait rien de très rassurant juste parce que son aura dégageait quelque chose de stressant, celle du second ne l'était pas beaucoup plus vu qu'il avait du mal à cacher qu'il ne pouvait pas la sentir. Il y a deux ans, elle aurait fait la moue en demandant pourquoi à la terre entière mais là c'était différent. Là elle avait eu tout le temps d'apprendre à faire semblant, à mentir, à manipuler, à devenir une femme quoi. Alors en voyant la gueule de ce Guido qui la détestait, la petite blonde fit un sourire radieux, qui ne cachait rien d'autre qu'un sourire en coin narquois, et elle le suivit avec son air faussement guilleret, sautillant dans les couloirs comme elle le faisait à l'époque quand elle était de bonne humeur. Tout ce cinéma pour se mettre dans la peau du personnage avant de se retrouver face à celui qu'elle était venu récupérer coûte que coûte.

Il finit par l'abandonner devant une porte et après avoir replacé ses jupons d'émeraude bien plus classes que les haillons qu'elle portait la dernière fois qu'elle avait vu Rodrigue, elle donna un coup et poussa la poignée sans même attendre de réponse. Après tout, l'Astride d'il y a deux ans n'aurait même pas pris la peine de toquer ! Alors pourquoi prendre des gants ? Une fois le premier pied à l'intérieur du bureau, elle eu un léger mouvement de recul du buste en voyant les odieux poils roux qui jonchaient les joues et le menton de celui qu'elle harcelait presque tous les jours pour que sa peau soit lisse comme la soie. Ce qui aurait du être une moue désapprobatrice se transforma finalement en un sourire laissant apparaître toutes ses petites dents blanches, tandis que ses yeux trahissaient encore un peu le vide intersidéral qui trônait alors dans son esprit. Elle ne tarda pas à se reprendre, et lorsque Rodrigue se retrouva à sa hauteur -façon de parler- il n'y avait plus que son petit regard mutin que l'on pouvait remarquer. Toujours aussi muette, elle se fendit d'une petite révérence de circonstance en levant légèrement les pans de sa robe tout en se penchant sa tête sur le côté avec un sourire lumineux.

Alors qu'il parlait de la mer, la blondinette ne l'écoutait déjà plus. Une habitude qu'elle était bien loin d'avoir perdu. Du moins cette fois ce n'était pas parce qu'elle ne voulait pas entendre ce qu'il avait à dire ou parce qu'elle s'ennuyait déjà. Elle était en train d'utiliser toute sa matière grise pour se souvenir de ce qu'elle était, de la réaction qu'elle aurait du avoir dans cette situation. Elle ne pouvait pas se contenter de sourire niaisement toute la journée, elle n'avait jamais été comme ça. Certes elle souriait toujours beaucoup, mais jamais sans raison particulière. La seule présence du rouquin pouvait-elle être considérée comme une raison particulière ? Certainement pas ! Il ne fallait pas qu'il croit qu'elle tenait encore à lui ! En tout cas il ne fallait pas qu'il s'en rende compte maintenant, sinon elle risquait de se faire dégager vite fait de l'île. Il fallait la jouer fine, sans entrer dans l'ignorance à excès. Elle ne put empêcher ses yeux de regarder le plafond à ce moment là, seule expression du profond soupir intérieur qui l’étreignait : la vie d'adulte, c'est vraiment trop compliqué. La minie blonde revint à la discussion à l'instant où il lui proposa de prendre un siège. Elle hocha une fois la tête et prit place sans se faire prier.

A la remarque sur son mariage, elle haussa simplement les épaules, ses deux paumes vers le hauts, signe qu'elle comprenait son embarras et qu'elle ne lui en voulait pas vraiment de ne pas l'avoir prévenu. A ce moment là encore, elle bénissait le Très Haut de lui avoir refusé la parole. Elle n'était pas tentée de lui dire qu'en vérité elle était venu à son mariage, et qu'elle avait simplement fait usage de savants stratagèmes. Avec le recul, elle avait compris que c'était une idée complètement débile, et que si Arambour n'avait pas eu pitié d'elle, elle n'aurait jamais pu le mener à bien. Au moins cette fois, son plan avait été mûrement réfléchi et elle n'avait besoin de l'aide de personne pour s'en sortir ! Elle allait enfin pouvoir mener quelque chose de bout en bout, toute seule. C'était presque un rêve qui se réalisait, elle qui avait toujours réclamé d'être indépendante. Entre deux interventions de Rodrigue, elle prit quelques instants pour imiter un verre et un pichet avec ses mains ; elle prendrait bien quelque chose à boire malgré toute cette eau qu'elle avait vu depuis son départ du continent ! L'eau salé n'avait rien de très ragoûtant, surtout lorsqu'elle était agitée.

Elle plissa les yeux quand le sujet d'Hendaye fut évoqué. S'y plaisait-elle ? Ne s'y plaisait-elle pas ? Là elle eu un mouvement bien connu : les ronds avec la tête. Quand elle faisait ça, il était admis par le commun des mortels que ça voulait dire "oui" et "non" à la fois. En d'autres termes, qu'elle ne savait pas vraiment quoi répondre et qu'elle était obligée de s'emparer de son arme secrète pour pouvoir développer une réponse, parce que ses mains et son visage n'allaient pas suffire à exprimer tout le fond de sa pensée. La chose fut donc faite, et son ardoise dégainée de son sac aussi vite que le goupillon de la ceinture d'Arambour. Fort heureusement, lorsqu'elle écrivait elle n'était pas dénuée d'expression et ses mimiques trahissaient toujours ce qu'elle était en train de note avec sa craie.


« Des choses sont bien, comme guérir des gens ! D'autres sont nulles, comme payer les impôts ou régler les problèmes  des autres ! »

Avec cette remarque, elle savait qu'elle ferait réagir alors elle redressa le nez et fit un grand sourire pour montrer que c'était certes nul, mais qu'elle s'acquittait de son devoir avec beaucoup d'attention. Et parce qu'elle n'était pas venue jusqu'ici pour parler d'Hendaye, parce que sinon elle avait un tas de choses à dire comme le fait qu'elle avait fait construire un cloître pour son neveu et qu'elle avait fait chuter le taux de criminalité à Urtubie et ses alentours. Les raisons devant rester obscures, il valait mieux ne pas en parler oui. Un exploit, mais il exploit qui devait absolument rester secret si elle ne voulait pas se retrouver à ramer en pleine mer déchaînée. Du coup, attitude typiquement astridienne, elle mit les deux pieds dans le plat ! Après avoir effacé les quelques mots de son ardoise, elle posa une question à son tour et retourna l'ardoise en direction de Rodrigue en se redressa de son siège, les deux bras tendus vers lui avec son sourire et son regard d'ange, comme déjà prête à partir à l'assaut.

« Comment va Lucia ? Je peux la voir ?  »

Étonnamment, même si au fin fond d'elle même elle avait été tentée d'écrire "Comment va cette sale garce italienne ? Tu me la présenterais que je puisse la buter tout de suite ?", rien de tout ça ne s'était remarqué. La volonté inébranlable avait quand même quelque chose de vraiment effrayant.

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Re: La trahison mérite la pire des punitions !

Message par Rodrigue de Liancy le Sam 11 Nov - 18:09

S’il n’avait pas oublié qu’Astride était muette, Rodrigue avait néanmoins légèrement peur d’avoir perdu sa faculté à la comprendre sans trop de mal. Quand elle haussa les épaules à l’évocation du mariage, lui, haussa un sourcil, vaguement surpris, avant de lui sourire. Il avait compris, et cette petite satisfaction lui rappelait le bon temps où il était l’un des rares à la comprendre. Peut-être que depuis d’autres avaient réussi à l’imiter. Il l’espérait car il savait que Rozenn n’était guère douée dans cet exercice. Anaïs y arrivait un peu plus, malheureusement le Très-Haut avait décidé de la rappeler à lui. Plus que la satisfaction de voir qu’il la comprenait toujours, il y avait celle de voir qu’elle ne semblait pas souffrir de son mariage. L’impression qu’il avait eue de sa lecture de la lettre semblait donc confirmée : la Vellini était passée à autre chose. Comme quoi Guido en faisait bien trop.

En constatant qu’elle avait soif et qu’il avait manqué à tous ses devoirs, Rodrigue s’excusa, se leva et se dirigea vers un petit buffet d’où il sortit deux verres, une bouteille de vin et un pichet d’eau. Il n’y avait rien de surprenant à ce que l’on trouve de quoi boire dans son bureau. Quand il devait travailler des heures durant, il fallait bien boire. Et quand il devait écouter Guido geindre et s’inquiéter de tout pendant de longues minutes, le vin était le bienvenu. Avec modération, bien évidemment. Après avoir déposé les verres sur le bureau qui le séparait d’Astride, il crut bon d’ajouter :


- Je ne sais pas si tu aimes encore les tisanes. Si c’est ce que tu préfères je peux toujours demander d’aller en faire préparer une. Sinon, sers-toi.

Après s’être servi en vin, le Liancy observa Astride attentivement. Oui, elle avait vieilli, peut-être mûri aussi. Mais il semblait rester en elle cette pointe d’insouciance ou de désintérêt pour les choses sérieuses. Toutefois, il crut comprendre qu’elle s’était clairement accommodée des petits tracas que rencontrait le noble dans la gestion de ses terres. Elle n’avait de toute façon pas vraiment le choix, sous peine de voir de bien plus gros soucis retomber sur sa petite tête blonde, même s’il ne doutait pas que Rozenn veillait au grain.

Puis, sans transition aucune, elle se mit à écrire sur son ardoise et à réclamer Lucia. Pour le coup, le marquis fut un brin déstabilisé. Plus que de revoir Astride, il avait longtemps craint la rencontre entre les deux femmes. Il avait peur de l’attitude que pouvait avoir Astride, mais aussi de voir Lucia développer des soupçons quant aux liens qui avaient pu les unir par le passé. Et s’il avait été rassuré par la gentillesse et l’éventuel gain en maturité de son ancienne fiancée, il y avait trop d’inconnues dans cette équation pour être totalement rassuré.

De son début de malaise, Rodrigue ne montra pourtant rien. Il était resté stoïque quelques secondes avant d’adresser à Astride un grand sourire. Et pour cause, puisqu’il était question de Lucia, il allait aussi être question de leur fils.


- Lucia ? Elle va tout à fait bien. Et, je ne sais si tu l’as appris aussi, mais nous avons eu un fils, Nerio, il y a cinq mois. Lucia est sûrement avec lui en ce moment.

Il marqua une pause pour se demander s’il était utile de lui dire que Lucia ne savait rien du lien qui les unissait jadis. Puis il jeta un nouveau coup d’oeil à la Vellini en face de lui et, la trouvant totalement sereine, décida finalement de ne pas aborder un sujet qui pourrait s’avérer douloureux.

- Je vais te montrer où se trouvera ta chambre afin que tu te familiarises un peu avec les lieux. Il est facile de se perdre ici. Ensuite je te présenterai Lucia.

Ils quittèrent rapidement le bureau et s’engagèrent dans un nouveau couloir. Le grand rouquin prenait le temps de tout expliquer à Astride, conscient que peut-être allait-elle encore l’écouter seulement à moitié, comme avant, ou tout simplement ne rien retenir, car s’agissant de l’orientation, elle n’avait peut-être pas changé non plus.

Puis ils débouchèrent sur un couloir avec des portes de chaque côté. Le marquis expliqua que certaines de ces chambres étaient occupées à l’année, d’autres seulement quand des invités venaient séjourner quelques semaines. Il remarqua d’ailleurs qu’il n’avait pas demandé combien de temps elle avait prévu de rester. Cela n'avait finalement que peu d'importance, elle pouvait rester aussi longtemps qu’elle le voulait tant qu’elle ne causait aucun désordre. Enfin, au bout du couloir, ils arrivèrent devant une porte aussitôt suivie d’une autre. Rodrigue ouvrit la première. Elle donnait sur une chambre agréable, pas trop sombre, avec une jolie vue sur la mer. Comme prévu, les effets personnels d’Astride y avaient été déposés et la chambre était tout à fait prête.


- La porte à côté donne sur une petite pièce avec des parchemins et des ouvrages que j’ai triés à mon arrivée. Il y a quelques traités de botaniques dans le lot. Ils sont écrits en latin, mais si cela t’intéresses tout de même, je les sortirai pour toi.

Après quelques minutes passées dans la petite suite, Rodrigue et Astride reprirent le couloir en sens inverse, passèrent une porte donnant sur un petit escalier, puis sur un nouveau couloir, jusqu’à une grande porte. Celle-ci ouverte, ils arrivèrent sur un dernier couloir et une dernière porte. Rodrigue toqua pour la forme puis passa la tête.

- Lucia ? Mon amie Astride est arrivée.

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