La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

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La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Astride Vellini le Mar 31 Oct - 20:50

Cela faisait bientôt un an que la blondinette avait quitté ses falaises et son cloître en construction afin d'aller assister en catimini à la pire des mascarades qu'il lui eu été permis de voir. L'une de celles à laquelle elle n'aurait même pas eu l'audace de penser s'il lui avait été demandé d'imaginer un scénario pour la prochaine pièce dramatique à présenter devant le Roi et sa Cour. Cela faisait donc bientôt un an qu'elle ressassait ce passé dont elle n'arrivait pas à se défaire, et ce malgré les efforts de son bienheureux cousin qui avait tenté plus d'une fois de lui changer les idées en l'invitant régulièrement à sortir pour visiter les habitants d'Hendaye. Sans doute avait-il pensé que de se trouver proche de ces paysans puants mais toujours reconnaissants dès lors qu'on pensait à eux allait lui faire oublier le gouffre sans fond qui avait pris place dans son coeur à cause de ce misérable rouquin. Plan qui aurait probablement pu fonctionner sur le long terme si aucun drame n'était survenu tandis qu'elle se trouvait en plein hiver à sauver les quelques ploucs enrhumés de ses terres, ne sachant pas qu'un message urgent l'attendait devant sa porte. Sa soeur, la seule avec qui elle parvenait à communiquer, avait eu la merveilleuse de passer l'arme à gauche un soir de février, sans même lui laisser le temps d'essayer de la sauver. Le roux, le seul qu'elle avait fini par aimer dans ce bas monde, l'avait larguée comme un vieux gland pourri que même un tamia n'oserait pas stocker pour survivre l'hiver. Ce même roux qui avait eu l'audace de se marier quelques mois plus tard sans même prendre la peine d'inviter la famille qui l'avait accueilli, offert des terres et un travail qu'il n'avait assurément pas mené à bien. En y repensant, cette situation était tout bonnement ridicule. Il y a quelques années de cela, sortant à peine du couvent, la petite Vellini ne connaissait rien aux relations avec les autres et se souvenait simplement des innombrables moqueries dont elle avait été la cible parce qu'elle n'avait pas eu la chance d'être dotée de la parole. Partant du principe que tous les hommes étaient vils et manipulateurs, elle avait décidé de ne s'attacher à personne, pas même au garde que ses soeurs avaient cru bon de lui refourguer, sous prétexte qu'elle était inadaptée au monde extérieur. Pourtant, à force de persévérance, ce garde du corps qu'elle se refusait tout bonnement d'aimer avait fini par faire pousser quelques sentiments amoureux dans le coeur de cette petite blonde. Si tout cela lui avait permis de découvrir toute une palette de nouvelles émotions indispensables à tout être humain, sans doute aurait-il mieux valu que cette boîte de Pandore ne soit jamais ouverte par celle qui était incapable de les comprendre...

Le mois de février 1465 avait donc signé la mort cérébrale de la Dame d'Hendaye. A partir de cet instant, elle n'avait plus eu qu'une seule idée en tête : éliminer l'obstacle qui la séparait d'un bonheur qu'elle se considérait en droit d'avoir. De fait, son laboratoire initialement créé dans le but d'apaiser les maux de ses gens s'était rapidement transformé en une succursale de la torture par l'empoisonnement : un lent, douloureux et sadique empoisonnement. Elle avait compulsé des dizaines de livres afin de recenser les plantes les plus toxiques pour l'homme, les endroits où elle pourrait les trouver, leur période de floraison, le mode d'ingestion, les effets induits par leur consommation, et tout autre détail qu'il pouvait être intéressant de connaitre. A l'issue de ces quelques mois de recherches intensives, enfermée dans un laboratoire sombre et poisseux qu'elle ne quittait que pour aller écouter les doléances sans intérêt de celles et ceux dont elle n'avait plus rien à faire, mais dont elle était contrainte de s'occuper afin de n'éveiller aucun soupçon de la part de sa suzeraine de soeur, elle avait finalement défini une petite liste de plantes qui correspondaient parfaitement aux critères qu'elle s'était fixés. Tout cela l'avait poussée aux mois printaniers, la saison parfaite pour constituer ses stocks et faire quelques essais avant de partir pour l'aventure de sa vie pour la mort d'autrui. Elle avait d'abord songé récupérer les mourants d'Hendaye pour faire ses expériences, mais elle abandonna rapidement cette idée puisqu'elle aurait été incapable de savoir si la mort était survenue suite à l'ingestion du poison ou non. Aussi, une autre idée germa rapidement dans son esprit : empoisonner les criminels plutôt que de les pendre ou de les torturer avec ces machines infernales qui coûtaient un bras, voire plusieurs si on voulait une collection bien fournie histoire de varier les plaisirs. Autorisation fut demandée à la suzeraine de soeur pour que tous les bandits d'Urtubie soient rapatriés dans les geôles d'Hendaye. La dite soeur ayant récemment du enterrer son époux tant aimé, il était assez facile d'obtenir des faveurs aussi futiles que celles là. Quoi que fondamentalement triste pour sa soeur, ayant pleinement conscience que son amour pour Korantin était d'une puissance telle qu'elle aurait pu creuser à main nue un tunnel à travers les Pyrénées, elle ne parvenait pas à oublier son objectif ne serait-ce que quelques heures. Cette idée de bonheur absolu l’obsédait bien plus qu'il ne l'aurait fallu...

Les saisons continuèrent donc à s’enchaîner et c'est ainsi que l'année s'écoula, rythmée par les décès au sein de sa famille et les nombreuses et douloureuses morts des brigands qui avaient la mauvaise idée de sévir en Urtubie. 1465, une année mortelle ! Mais une année qui avait permis à la Vellini d'en découvrir beaucoup sur des plantes qu'elle n'aurait peut être jamais eu l'idée d'étudier en d'autres circonstances. Le froid s'était à nouveau installé, les jours devenaient de plus en plus courts, la mélancolie gagnait chaque jour un peu plus de terrain. Ce fut l'un de ces jours déprimants qu'elle choisit pour lancer la première phase de son plan pour un bonheur inaliénable. Sereinement installée à son bureau, à la lueur d'une bougie qui éclairait si délicieusement son visage juvénile et ses yeux d'ordinaire mutins devenus en quelques mois la preuve de sa détermination morbide, elle se saisit de sa plus belle plume. Elle hésita quelques instants sur la formule de politesse à employer et finalement, muée par la force de son irrésistible envie de retrouver ce qu'elle avait perdu, les mots coururent instinctivement sur le vélin tandis qu'un sourire en coin vint accompagner son regard fixe.



Au Marquis de Giglio, Sa Magnificence Rodrigue de Liancy,
De la Dame d'Hendaye, Dame Astride Vellini,

Salutations.

Tu trouveras sans doute que mon courrier est bizarre mais comme tu m'as pas invitée à ton mariage pour que je puisse te féliciter en personne, me voilà face au vélin pour te les transmettre de façon épistolaire. C'est vrai que j'aurai pu le faire plus tôt, mais comme tu dois certainement t'en souvenir, mes printemps et mes étés sont toujours très occupés par toutes les fleurs que l'on peut voir en ces saisons ! A l'automne, j'ai pensé que quitte à être en retard, autant attendre ton anniversaire de mariage pour que mon courrier ne tombe pas trop comme un cheveu sur la soupe.

Je m'ennuie en hiver, surtout que l'ambiance est assez sinistre ici depuis les décès d'Anaïs et Korantin. Je me suis donc dis que j'allais m'inviter à Giglio pour le retour du printemps ! Le temps de faire tranquillement le voyage jusqu'en tes terres reculées. Le temps surtout que plus de bateaux fassent la liaison entre le continent et ton caillou flottant. C'est à croire que tu as cherché par tous les moyens à m'empêcher de te retrouver ! Je trouve ça honteux de vouloir me cacher des plantes que je ne connais peut être pas encore, alors je ne te laisse pas vraiment le choix ! Prépare toi juste à me voir arriver d'ici le mois de mars.

Je viendrai avec un cadeau t'en fais pas. Je ne suis pas sans gêne non plus !

Passe le bonjour à ton épouse et à Arambour.

Astride.

Les Hommes étaient vraiment doués dans l'art de la manipulation, même elle n'échappait finalement pas à cette règle. Dieu que tout cela ne ressemblait pas à la frêle et enfantine Astride Vellini.

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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Rodrigue de Liancy le Mer 1 Nov - 22:49

Bien loin d’Hendaye, l’ambiance était radicalement différente à Giglio. Depuis deux mois l’île était en fête. L’héritier tant attendu était enfin arrivé. Et si la population était ravie, Rodrigue, lui, était le plus heureux des hommes sur Terre. Il mettait quiconque au défi de lui trouver UNE personne plus heureuse que lui. Il avait une épouse divine, et maintenant, le petit Nerio. Son avenir à Giglio était un peu plus assuré par cet enfant qu’il chérissait. Le borgne avait toujours adoré les enfants mais avait longtemps estimé être incapable d’être père. Or depuis la naissance de Nerio, il lui semblait inenvisageable de ne pas donner plein de frères et des sœurs à celui qu’il nommait avec humour « L’Héritier ». Il s’était néanmoins bien gardé de faire part de son souhait à Lucia si tôt après la naissance de leur fils, de peur de se voir opposer un refus tout net.

Son amour pour son épouse était également à son apogée. Quand bien des hommes se détournaient de leur femme le premier enfant arrivé, lui n’économisait pas son temps pour Lucia. Bien que débordé de travail, il gardait toujours du temps pour elle, s’arrangeait pour la voir, l’embrasser tendrement avant de s’éclipser, happé par ses affaires. Ses journées étaient ainsi très longues, mais Rodrigue était sur un tel nuage qu’il se moquait bien de rester éveillé du lever au coucher du soleil. Fort heureusement, les affaires étaient si bien ordonnées qu’il n’était pas nécessaire d’en arriver à une telle extrémité.

Rodrigue ne savait pas s’il fallait mettre ça sur le dos d’une simple coïncidence ou véritablement de la naissance de Nerio, mais tout allait bien à Giglio. Pas de crise, les notables étaient calmés maintenant que l’héritier prévu dans le contrat signé avec le Liancy avait pointé le bout de son nez, les marchands avaient fait une belle année, les finances étaient au beau fixe et s’il restait encore des pauvres sur l’île, le marquis avait su capter leur cœur par sa simplicité avec eux et par quelques pièces qu’on leur offrait aux grandes occasions.

Mais si tout allait bien, les réunions, les requêtes restaient toujours ennuyeuses et redondantes. Rodrigue s’y pliait avec professionnalisme et ne se plaignait pas. Cependant, il commençait à ressentir de la lassitude lorsqu’il s’agissait de travailler avec Guido. Celui-ci restait loyal, honnête, franc, mais en prenant du grade en passant d’homme à tout faire à Monteroni, à celui d’homme à tout faire à Giglio, il avait engrangé un certain excès de confiance et, paradoxalement, une certaine raideur qui commençait à agacer le marquis. Il n’avait aucune raison d’être materné, encore moins depuis qu’il était lui-même devenu père.

Malheureusement pour le marquis, il se trouvait justement en entretien avec Guido lorsqu’un grouillot apporta une missive. Et si d’habitude il attendait la fin des entretiens pour ouvrir les courriers, l’ennui que lui prodiguait le Bariani l’incita à ouvrir la lettre à peine arrivée entre ses mains. Et s’il y avait bien une lettre qu’il ne s’attendait pas à lire, c’était bien celle là. Astride. Astride lui écrivait. Gentiment. Et s’annonçait. Rodrigue cligna des yeux, puis fronça les sourcils, relut la lettre. Il n’y avait pas d’erreur. Pas d’injure, pas de ressentiment. Si elle ne l’avait pas oublié, le temps semblait avoir fait son œuvre et il semblait avoir été pardonné. Après quelques minutes de silence, Guido se racla la gorge, désirant savoir ce qui préoccupait tant le marquis dans cette lettre. D’une voix qui ne cachait rien de sa surprise, Rodrigue répondit alors :


- Astride Vellini arrivera ici en mars. Pour une visite.

Au nom de son ancienne fiancée, Rodrigue vit le visage de Guido se crisper. Il ne l’aimait pas, il ne l’avait jamais aimée, et sûrement devait-il craindre pour Lucia un quelconque retour de flamme entre les deux amants. Pourtant, rien de cela n’était venu à l’esprit du borgne. Tout cela était du passé, tout cela était fini. Il aimait Lucia, elle venait de lui donner un fils adorable et escomptait agrandir cette famille. Il n’y avait pour Astride aucune place, à part celle d’amie. Et si Rodrigue était étonné, et aussi un peu mal à l’aise, se demandant comment les retrouvailles allaient se passer, il ne voulait pas laisser le moindre doute s’immiscer dans l’esprit de son homme de main.

- Lis la lettre. Elle est amicale, je pense qu’elle vient avec de bonnes intentions. De toute façon si elle se comporte mal, il suffit de la remettre dans le premier bateau et de lui interdire de reposer un orteil à Giglio.

Guido semblait sceptique, protesta vaguement se disant que s’annoncer de cette façon n’était pas polie, qu’il fallait se faire inviter et non pas s’inviter soi-même. Puis il abandonna, comprenant que Rodrigue n’allait pas refuser cette visite. Et il avait raison. Tout lui réussissait, alors s’il pouvait faire la paix avec celle qu’il avait tant aimé, il le ferait. C’était une bonne occasion. Tout juste demanda-t-il à Guido de faire preuve de discrétion :

- Lucia ne sait pas que j’ai été fiancé. Et je ne veux pas qu’elle le sache. Cette histoire est terminée et pour tous, il vaut mieux qu’elle ne soit pas abordée. Et vu le ton de cette lettre, je pense qu’Astride partage mon avis.

L’ordre était donc clair et Guido l’avait bien compris en acquiesçant de sa tête boudeuse. Et comme si de rien n’était, Rodrigue posa la lettre sur le bord de son bureau et reprit son travail. Le soir en retournant auprès de Lucia, après l’avoir embrassée, il lui expliquerait qu’il aurait une amie à lui présenter en mars. Une amie, car les choses étaient ainsi faites que ce n’était que comme cela qu’il considérait Astride à présent. Et au fond, jamais il n’aurait dû en être autrement.

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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Astride Vellini le Dim 5 Nov - 21:37

La mini blonde avait continué à peaufiner son plan machiavélique pendant encore deux semaines après avoir envoyé son coursier sur l'île de Giglio, considérant qu'il aurait besoin d'au moins ça pour faire l'aller-retour et lui rapporter une réponse de la part du rouquin. Certes le message qu'elle avait envoyé n'impliquait pas nécessairement de réponse puisqu'elle s'était imposée sans même chercher à demander s'il était d'accord, mais rien ne l'empêchait de lui dire qu'elle était loin d'être la bienvenue. Car évidemment, c'était ce genre de réponse qu'Astride s'était préparée à encaisser et à contrer avec une liste d'arguments longue comme le bras. Elle avait notamment prévu tout un argumentaire choc sur le fait qu'elle était devenue Dame d'Hendaye, et que depuis ce jour ses gens ne s'étaient jamais plaint de quoi que ce soit la concernant. Pour celui qui devait la connaître probablement mieux que tous les autres, ça ne pouvait que prouver qu'elle s'était assagie. Au quinzième jour, la blondinette se tint à la fenêtre au dessus de l'entrée toute la journée, guettant l'arrivée d'un coursier qui ne pointa jamais le bout de son nez. Irritée mais pas découragée, le seizième jour suivit strictement le même schéma. Lorsque le soir tomba à nouveau sur Hendaye, elle fronça les sourcils et dans un excès de rage incontrôlée elle tira sur le rideau de la fenêtre qui l'avait cachée pendant deux jours et le jeta par la dite fenêtre avant de la claquer, toujours énervée, parce que le froid s'était invité dans la pièce. Elle contraignit alors l'un de ses domestiques à faire le guet pour les jours suivants, parce qu'elle n'avait certainement pas que ça à faire d'attendre que Mônsieur le Marquis se décide à lui répondre. Force fut de constater après plus d'une semaine d'attente supplémentaire, que le roux n'avait pas du tout l'intention de lui accorder le moindre intérêt.

En y repensant, quelques jours après cette déconvenue imprévue, la blondinette se dit que ceux qui avançaient l'hypothèse que l'amour et le mariage rendaient les gens naïfs et idiots n'avaient pas complètement tort. Comment avait-il pu croire une seule seconde, lui qui la connaissait probablement mieux que tout le monde, qu'elle pouvait avoir passé l'éponge sur ce qu'il lui avait fait ? Comment pouvait-il seulement croire qu'elle ne vouait pas une haine viscérale contre celle qui avait la vie qu'elle aurait du avoir ? D'autres auraient été pris de pitié face à tant de naïveté. Pas Astride. Ce qu'elle prenait pour une envie malsaine de lui balancer au visage tout le bonheur qu'il avait accumulé loin d'elle ne faisait que la conforter dans l'idée qu'elle devait purement et simplement se débarrasser du parasite qui avait pris possession du coeur de son Rodrigue. Les fêtes de la Saint Noël et de la Nouvelle Année aidant, la minie blonde abandonna ses projets morbides histoire de s'occuper un peu de sa population enrhumée et pour visiter ce qui lui restait de famille. L'hiver n'avait jamais été une saison où Yvain se portait comme un charme, elle avait donc fait le déplacement pour s'assurer qu'il n'aille pas rejoindre Anaïs dans la tombe, laissant le soin à Rozenn de s'occuper de Geroges et Wilgeforte à 100% -contre environ 50% actuellement-. La fameuse Rozenn qui elle aussi avait un peu de mal à se voiler la face ces temps-ci, le temps d'encaisser définitivement le coup pour la disparition de Korantin. Au milieu de tout ça, Astride trouvait enfin une utilité à être muette, elle n'était pas tentée de lâcher à tout le monde ce qu'elle avait prévu de faire, et elle pouvait merveilleusement bien faire semblant que tout allait bien -encore mieux vu que tous les autres allaient mal-. C'était la pure ambiance, mine de rien elle avait hâte de se faire la mal, même si c'était pour se farcir la tronche de cette pu*ain d'italienne pendant des jours et des jours, le temps d'inspirer confiance.

Le jour de son départ pour l'Italie sonna enfin, elle mit tout en ordre afin que son absence passe presque inaperçu et prit la route avec son mortel petit baluchon. Tout se passa sans encombres, et d'auberges en auberges elle parvint enfin sur le quai du port où elle trouverait un bateau qui l’emmènerait à sa funeste destination. Après quelques échanges rondement menés grâce à sa fidèle ardoise de poche et surtout grâce aux écus gracieusement ajoutés au deal, elle avait fini par trouver son moyen de transport. Départ prévu pour le 1er mars aux premières lueurs du jour. Loin d'elle l'idée d'être en retard et de louper le coche, elle avait donc pris place dans l'auberge au pied du port. De sa fenêtre elle pouvait presque voir les voiles du bateau sur lequel elle allait monter. Trop excitée pour fermer l'oeil, elle s'était enroulée dans sa couverture et avait gardé les yeux rivés sur la mer toute la nuit. Elle s'était probablement assoupie quelques heures sans s'en rendre compte, mais une chose était certaine : à l'instant même où la noirceur de la nuit commença à être grignotée par la lumière du jour, elle s'était redressée et avait dévalé les escaliers pour rejoindre le port. Un sourire radieux sur le bout des lèvres, le capitaine fut bien surpris de la voir si matinale et ne manqua pas de rire grassement après avoir dit qu'il avait proposé cette heure si peu accommodante dans l'espoir de pouvoir la laisser sur le quai avec un air déconfit. Ce pauvre homme était bien loin de s'imaginer qu'il allait devenir complice d'un noble meurtre en acceptant cette passagère aux airs si angéliques.

Lorsqu'elle posa le pied sur le sol de Giglio, la blondinette s'arrêta quelques instants avant de jeter le reste de sa bourse à celui qui l'avait si aimablement conduite jusqu'ici. Sachant qu'elle ne pouvait pas passer inaperçu au milieu de cette masse de gens à la peau mâte et aux cheveux noirs, elle se dirigea spontanément vers la tour depuis laquelle la responsable de la défense de l'île surveillait les allers et venues maritimes. Elle n'eut même pas à s'y rendre, puisque la Licors vint directement à sa rencontre, sa mine toujours si impassible et son goupillon toujours ostensiblement arrimé à sa ceinture. La raison pour laquelle la blondinette devait user de ruse pour éliminer la femme la plus protégée de l'île se trouvait maintenant face à elle, et elle n'avait pas envie de rire. Comme d'habitude. S'étant préparée psychologiquement à prendre des faux airs de petite fille sage lors de la traversée entre le continent et l'île, elle eut l'occasion de mettre en pratique ce qu'elle avait travaillé en faisant de grands gestes à l'attention d'Arambour, avec un magnifique sourire de façade. A première vue, elle ressemblait en tous points à une jeune femme de 17 ans pleine de vie.


-Dame d'Hendaye, bienvenue sur l'île de Giglio. J'espère que vous vous portez bien, ainsi que Mademoiselle Vetinel. Veuillez me suivre je vais vous conduire au château. Nous ne vous attendions point si tôt en mars.

Le ton n'avait pas été aimable. Ce qu'on pouvait naturellement attendre d'Arambour. Sauf qu'en plus du ton malaimable, la minie blonde avait senti dans ces quelques mots tout le poids des reproches et des mises en garde qu'elle n'était pas en droit de lui faire parce qu'on lui avait probablement demandé de l'accueillir comme n'importe quel autre invité du marquis. Après un petit instant de flottement, Astride répondit avait un hochement de tête énergique, son sourire toujours vissé sur les lèvres comme s'il s'agissait du seul moyen qu'elle avait trouvé pour ne pas ruiner sa couverture. Elle devait paraître naturelle, et pour ça elle devait redevenir celle qu'elle était avant de rencontrer Rodrigue. Soit une femme insouciante, souriante et facile à surprendre. De tout ça ne restait plus grand chose, pour ne pas dire rien. Enfoiré de roux.

-La Dame d'Hendaye pour le marquis. dit la Licors dans un italien plus qu'approximatif et avec un accent à couper au couteau avant de se pencher légèrement en avant pour prendre congé et retourner surveiller ses bateaux jusqu'aux alentours de midi.

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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Rodrigue de Liancy le Lun 6 Nov - 18:36

Non, Rodrigue n’avait pas répondu. Et pour cause, il n’avait tout simplement pas su quoi répondre. La lettre reçue semblait assez claire pour ne pas nécessiter une quelconque réponse. Astride avait pris la résolution de venir et il n’y avait rien à redire à cela. Quant à ce qu’il avait pu apprendre par ailleurs, notamment la mort d’Anaïs, il préférait échanger avec elle directement, puisqu’elle venait. Cette nouvelle l’attrista car elle n’était pas dans l’ordre des choses. Son cousin se mourait depuis des siècles et était toujours là, alors que sa bonne épouse reposait aujourd’hui entre quatre planches. La nouvelle de la mort du mari de Rozenn l’attrista également, mais un peu moins, car la peine allait surtout pour la veuve plus que pour le défunt, qu’il n’avait finalement que peu connu.
Alors que répondre à une lettre disant « J’arrive ! » et « deux personnes dans ma famille sont mortes ! » ? Rien. Et puis si Astride se plaignait de ce silence, il n’avait qu’à dire que le coursier s’était perdu.

Les semaines étaient ainsi passées. Le marquis avait néanmoins fait réserver une chambre du château pour Astride. Proche d’une petite bibliothèque dans laquelle il avait trouvé une poignée de traités de botanique – sûrement déjà obsolètes – cette chambre était la plus indiquée pour occuper la jeune femme si elle venait à s’ennuyer. Hormis cela, rien ne venait troubler la quiétude hivernale du château, ou même de l’île qui tournait au ralenti en cette saison. Sauf peut-être les pleurs du petit Nerio, mais personne ne s’en offusquait, surtout pas son père. Le Liancy continuait de s’émerveiller à propos de son fils qui grandissait à une vitesse folle. En réalité il grandissait à une allure tout à fait normale, mais les parents ne sont jamais très lucides concernant leur progéniture.

Puis en mars, alors qu’il travaillait dans son bureau, on toqua à la porte. Rien de très anormal, cela arrivait assez souvent, peut-être trop à son goût, mais lorsque Guido parut dans la pièce, Rodrigue comprit à sa tête des mauvais jours qu’Astride était arrivée. Chose confirmée quelques secondes plus tard dans un ton sec, désapprobateur, mais néanmoins professionnel lorsque le Bariani demanda au marquis ce qu’il devait faire.


- Conduis la ici. Fais terminer les derniers préparatifs de la chambre et fais y porter ses bagages.

Tandis qu’il donnait ses ordres, Rodrigue s’était levé et avait commencé à rassembler ses papiers pour les ranger. Une fois Guido sorti, il s’assit et se mit à gratter sa barbe. Une certaine appréhension venait de le saisir. Avait-elle changé ? Comment se comporterait-elle ? Sa lettre était amicale, mais peut-être que devant lui elle allait de nouveau se braquer, comme au « bon » vieux temps ? Mais surtout, comment, lui, devait-il se comporter ? Il l’avait quittée et n’avait plus donné signe de vie presque deux ans auparavant. Ces deux années avaient-elles tout effacé ? Rendaient-elles tout normal ?

Il en était là de ses interrogations lorsque la porte s’ouvrit de nouveau. Pas de Guido à l’horizon, mais juste ce visage bien connu de la Vellini. Naturellement Rodrigue se leva et vint à sa rencontre pour l’accueillir.


- Bonjour, dit-il en souriant.

Il resta quelques secondes à la regarder. Elle n’avait pas tant changé que cela. Ses cheveux étaient toujours aussi blonds, ses yeux toujours aussi bleus. Tout juste ses traits avaient perdu de leurs rondeurs adolescentes. Elle faisait plus femme et, ainsi, était plus belle qu’elle ne l’avait jamais été. Le borgne sentit son cœur se serrer mais pour chasser le malaise qu’il sentait approcher, il enchaîna banalement :

- Bienvenue à Giglio, j’espère que tu as fait bon voyage. La belle saison débute tout juste, il arrive que la mer soit encore un peu lunatique.

Ne sachant que faire, à savoir s’il devait lui faire la bise, ou lui serrer la main, il l’invita tout simplement à prendre place sur la chaise devant le bureau. Puis il s’installa dans son fauteuil et reprit, honnête, entrant dans le vif du sujet :

- Ça fait longtemps. Je suis désolé de ne pas t’avoir prévenu pour mon mariage, mais je crois qu’il n’y avait pas de bonne solution. Te prévenir… ne pas te prévenir… J’espère que tu ne m’en veux pas. Ou plus, du moins.

Après une pause de quelques secondes durant lesquelles il se gratta de nouveau la barbe, il demanda, de nouveau souriant :

- Dame d’Hendaye alors ? C’est plutôt joli comme coin. Tu te plais dans ton nouveau rôle ?

Rodrigue en pleine galère ? Si peu.

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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Astride Vellini le Sam 11 Nov - 13:20

D'Arambour la Terrifiante, elle était passée à Guido le Malappris. Si la présence de la première n'avait rien de très rassurant juste parce que son aura dégageait quelque chose de stressant, celle du second ne l'était pas beaucoup plus vu qu'il avait du mal à cacher qu'il ne pouvait pas la sentir. Il y a deux ans, elle aurait fait la moue en demandant pourquoi à la terre entière mais là c'était différent. Là elle avait eu tout le temps d'apprendre à faire semblant, à mentir, à manipuler, à devenir une femme quoi. Alors en voyant la gueule de ce Guido qui la détestait, la petite blonde fit un sourire radieux, qui ne cachait rien d'autre qu'un sourire en coin narquois, et elle le suivit avec son air faussement guilleret, sautillant dans les couloirs comme elle le faisait à l'époque quand elle était de bonne humeur. Tout ce cinéma pour se mettre dans la peau du personnage avant de se retrouver face à celui qu'elle était venu récupérer coûte que coûte.

Il finit par l'abandonner devant une porte et après avoir replacé ses jupons d'émeraude bien plus classes que les haillons qu'elle portait la dernière fois qu'elle avait vu Rodrigue, elle donna un coup et poussa la poignée sans même attendre de réponse. Après tout, l'Astride d'il y a deux ans n'aurait même pas pris la peine de toquer ! Alors pourquoi prendre des gants ? Une fois le premier pied à l'intérieur du bureau, elle eu un léger mouvement de recul du buste en voyant les odieux poils roux qui jonchaient les joues et le menton de celui qu'elle harcelait presque tous les jours pour que sa peau soit lisse comme la soie. Ce qui aurait du être une moue désapprobatrice se transforma finalement en un sourire laissant apparaître toutes ses petites dents blanches, tandis que ses yeux trahissaient encore un peu le vide intersidéral qui trônait alors dans son esprit. Elle ne tarda pas à se reprendre, et lorsque Rodrigue se retrouva à sa hauteur -façon de parler- il n'y avait plus que son petit regard mutin que l'on pouvait remarquer. Toujours aussi muette, elle se fendit d'une petite révérence de circonstance en levant légèrement les pans de sa robe tout en se penchant sa tête sur le côté avec un sourire lumineux.

Alors qu'il parlait de la mer, la blondinette ne l'écoutait déjà plus. Une habitude qu'elle était bien loin d'avoir perdu. Du moins cette fois ce n'était pas parce qu'elle ne voulait pas entendre ce qu'il avait à dire ou parce qu'elle s'ennuyait déjà. Elle était en train d'utiliser toute sa matière grise pour se souvenir de ce qu'elle était, de la réaction qu'elle aurait du avoir dans cette situation. Elle ne pouvait pas se contenter de sourire niaisement toute la journée, elle n'avait jamais été comme ça. Certes elle souriait toujours beaucoup, mais jamais sans raison particulière. La seule présence du rouquin pouvait-elle être considérée comme une raison particulière ? Certainement pas ! Il ne fallait pas qu'il croit qu'elle tenait encore à lui ! En tout cas il ne fallait pas qu'il s'en rende compte maintenant, sinon elle risquait de se faire dégager vite fait de l'île. Il fallait la jouer fine, sans entrer dans l'ignorance à excès. Elle ne put empêcher ses yeux de regarder le plafond à ce moment là, seule expression du profond soupir intérieur qui l’étreignait : la vie d'adulte, c'est vraiment trop compliqué. La minie blonde revint à la discussion à l'instant où il lui proposa de prendre un siège. Elle hocha une fois la tête et prit place sans se faire prier.

A la remarque sur son mariage, elle haussa simplement les épaules, ses deux paumes vers le hauts, signe qu'elle comprenait son embarras et qu'elle ne lui en voulait pas vraiment de ne pas l'avoir prévenu. A ce moment là encore, elle bénissait le Très Haut de lui avoir refusé la parole. Elle n'était pas tentée de lui dire qu'en vérité elle était venu à son mariage, et qu'elle avait simplement fait usage de savants stratagèmes. Avec le recul, elle avait compris que c'était une idée complètement débile, et que si Arambour n'avait pas eu pitié d'elle, elle n'aurait jamais pu le mener à bien. Au moins cette fois, son plan avait été mûrement réfléchi et elle n'avait besoin de l'aide de personne pour s'en sortir ! Elle allait enfin pouvoir mener quelque chose de bout en bout, toute seule. C'était presque un rêve qui se réalisait, elle qui avait toujours réclamé d'être indépendante. Entre deux interventions de Rodrigue, elle prit quelques instants pour imiter un verre et un pichet avec ses mains ; elle prendrait bien quelque chose à boire malgré toute cette eau qu'elle avait vu depuis son départ du continent ! L'eau salé n'avait rien de très ragoûtant, surtout lorsqu'elle était agitée.

Elle plissa les yeux quand le sujet d'Hendaye fut évoqué. S'y plaisait-elle ? Ne s'y plaisait-elle pas ? Là elle eu un mouvement bien connu : les ronds avec la tête. Quand elle faisait ça, il était admis par le commun des mortels que ça voulait dire "oui" et "non" à la fois. En d'autres termes, qu'elle ne savait pas vraiment quoi répondre et qu'elle était obligée de s'emparer de son arme secrète pour pouvoir développer une réponse, parce que ses mains et son visage n'allaient pas suffire à exprimer tout le fond de sa pensée. La chose fut donc faite, et son ardoise dégainée de son sac aussi vite que le goupillon de la ceinture d'Arambour. Fort heureusement, lorsqu'elle écrivait elle n'était pas dénuée d'expression et ses mimiques trahissaient toujours ce qu'elle était en train de note avec sa craie.


« Des choses sont bien, comme guérir des gens ! D'autres sont nulles, comme payer les impôts ou régler les problèmes  des autres ! »

Avec cette remarque, elle savait qu'elle ferait réagir alors elle redressa le nez et fit un grand sourire pour montrer que c'était certes nul, mais qu'elle s'acquittait de son devoir avec beaucoup d'attention. Et parce qu'elle n'était pas venue jusqu'ici pour parler d'Hendaye, parce que sinon elle avait un tas de choses à dire comme le fait qu'elle avait fait construire un cloître pour son neveu et qu'elle avait fait chuter le taux de criminalité à Urtubie et ses alentours. Les raisons devant rester obscures, il valait mieux ne pas en parler oui. Un exploit, mais un exploit qui devait absolument rester secret si elle ne voulait pas se retrouver à ramer en pleine mer déchaînée. Du coup, attitude typiquement astridienne, elle mit les deux pieds dans le plat ! Après avoir effacé les quelques mots de son ardoise, elle posa une question à son tour et retourna l'ardoise en direction de Rodrigue en se redressa de son siège, les deux bras tendus vers lui avec son sourire et son regard d'ange, comme déjà prête à partir à l'assaut.

« Comment va Lucia ? Je peux la voir ?  »

Étonnamment, même si au fin fond d'elle même elle avait été tentée d'écrire "Comment va cette sale garce italienne ? Tu me la présenterais que je puisse la buter tout de suite ?", rien de tout ça ne s'était remarqué. La volonté inébranlable avait quand même quelque chose de vraiment effrayant.


Dernière édition par Astride Vellini le Dim 3 Déc - 15:05, édité 1 fois

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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Rodrigue de Liancy le Sam 11 Nov - 18:09

S’il n’avait pas oublié qu’Astride était muette, Rodrigue avait néanmoins légèrement peur d’avoir perdu sa faculté à la comprendre sans trop de mal. Quand elle haussa les épaules à l’évocation du mariage, lui, haussa un sourcil, vaguement surpris, avant de lui sourire. Il avait compris, et cette petite satisfaction lui rappelait le bon temps où il était l’un des rares à la comprendre. Peut-être que depuis d’autres avaient réussi à l’imiter. Il l’espérait car il savait que Rozenn n’était guère douée dans cet exercice. Anaïs y arrivait un peu plus, malheureusement le Très-Haut avait décidé de la rappeler à lui. Plus que la satisfaction de voir qu’il la comprenait toujours, il y avait celle de voir qu’elle ne semblait pas souffrir de son mariage. L’impression qu’il avait eue de sa lecture de la lettre semblait donc confirmée : la Vellini était passée à autre chose. Comme quoi Guido en faisait bien trop.

En constatant qu’elle avait soif et qu’il avait manqué à tous ses devoirs, Rodrigue s’excusa, se leva et se dirigea vers un petit buffet d’où il sortit deux verres, une bouteille de vin et un pichet d’eau. Il n’y avait rien de surprenant à ce que l’on trouve de quoi boire dans son bureau. Quand il devait travailler des heures durant, il fallait bien boire. Et quand il devait écouter Guido geindre et s’inquiéter de tout pendant de longues minutes, le vin était le bienvenu. Avec modération, bien évidemment. Après avoir déposé les verres sur le bureau qui le séparait d’Astride, il crut bon d’ajouter :


- Je ne sais pas si tu aimes encore les tisanes. Si c’est ce que tu préfères je peux toujours demander d’aller en faire préparer une. Sinon, sers-toi.

Après s’être servi en vin, le Liancy observa Astride attentivement. Oui, elle avait vieilli, peut-être mûri aussi. Mais il semblait rester en elle cette pointe d’insouciance ou de désintérêt pour les choses sérieuses. Toutefois, il crut comprendre qu’elle s’était clairement accommodée des petits tracas que rencontrait le noble dans la gestion de ses terres. Elle n’avait de toute façon pas vraiment le choix, sous peine de voir de bien plus gros soucis retomber sur sa petite tête blonde, même s’il ne doutait pas que Rozenn veillait au grain.

Puis, sans transition aucune, elle se mit à écrire sur son ardoise et à réclamer Lucia. Pour le coup, le marquis fut un brin déstabilisé. Plus que de revoir Astride, il avait longtemps craint la rencontre entre les deux femmes. Il avait peur de l’attitude que pouvait avoir Astride, mais aussi de voir Lucia développer des soupçons quant aux liens qui avaient pu les unir par le passé. Et s’il avait été rassuré par la gentillesse et l’éventuel gain en maturité de son ancienne fiancée, il y avait trop d’inconnues dans cette équation pour être totalement rassuré.

De son début de malaise, Rodrigue ne montra pourtant rien. Il était resté stoïque quelques secondes avant d’adresser à Astride un grand sourire. Et pour cause, puisqu’il était question de Lucia, il allait aussi être question de leur fils.


- Lucia ? Elle va tout à fait bien. Et, je ne sais si tu l’as appris aussi, mais nous avons eu un fils, Nerio, il y a cinq mois. Lucia est sûrement avec lui en ce moment.

Il marqua une pause pour se demander s’il était utile de lui dire que Lucia ne savait rien du lien qui les unissait jadis. Puis il jeta un nouveau coup d’oeil à la Vellini en face de lui et, la trouvant totalement sereine, décida finalement de ne pas aborder un sujet qui pourrait s’avérer douloureux.

- Je vais te montrer où se trouvera ta chambre afin que tu te familiarises un peu avec les lieux. Il est facile de se perdre ici. Ensuite je te présenterai Lucia.

Ils quittèrent rapidement le bureau et s’engagèrent dans un nouveau couloir. Le grand rouquin prenait le temps de tout expliquer à Astride, conscient que peut-être allait-elle encore l’écouter seulement à moitié, comme avant, ou tout simplement ne rien retenir, car s’agissant de l’orientation, elle n’avait peut-être pas changé non plus.

Puis ils débouchèrent sur un couloir avec des portes de chaque côté. Le marquis expliqua que certaines de ces chambres étaient occupées à l’année, d’autres seulement quand des invités venaient séjourner quelques semaines. Il remarqua d’ailleurs qu’il n’avait pas demandé combien de temps elle avait prévu de rester. Cela n'avait finalement que peu d'importance, elle pouvait rester aussi longtemps qu’elle le voulait tant qu’elle ne causait aucun désordre. Enfin, au bout du couloir, ils arrivèrent devant une porte aussitôt suivie d’une autre. Rodrigue ouvrit la première. Elle donnait sur une chambre agréable, pas trop sombre, avec une jolie vue sur la mer. Comme prévu, les effets personnels d’Astride y avaient été déposés et la chambre était tout à fait prête.


- La porte à côté donne sur une petite pièce avec des parchemins et des ouvrages que j’ai triés à mon arrivée. Il y a quelques traités de botaniques dans le lot. Ils sont écrits en latin, mais si cela t’intéresses tout de même, je les sortirai pour toi.

Après quelques minutes passées dans la petite suite, Rodrigue et Astride reprirent le couloir en sens inverse, passèrent une porte donnant sur un petit escalier, puis sur un nouveau couloir, jusqu’à une grande porte. Celle-ci ouverte, ils arrivèrent sur un dernier couloir et une dernière porte. Rodrigue toqua pour la forme puis passa la tête.

- Lucia ? Mon amie Astride est arrivée.

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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Lucia de Liancy le Mer 22 Nov - 22:15

Elle qui ne jurait que par les nouvelles robes, les nouvelles peintures, les nouvelles teintures, bref, elle qui voulait toujours être à la pointe de la mode dans tous les domaines possibles et imaginables avait un peu changé d'avis depuis quelques mois. Déjà parce que quand on est ronde comme une baleine échouée sur la plage, se fringuer devient un calvaire à peine concevable mentalement au début de la grossesse. La première chose qu'elle abandonna pour Nerio fut donc le style, bien qu'elle s'était jurée de revenir aux bonnes habitudes de classe et de distinction une fois sa taille de guêpe retrouvée. Force était de constater qu'un peu moins de six mois plus tard, les robes à froufrous n'avaient pas encore fait leur retour dans la garde robe de la marquise, qui leur préférait des tenues belles mais considérablement plus simples. Le vomi de bébé, tout ça... Malheureusement, elle n'avait pas abandonné que ça pour pouvoir s'occuper de son fils adoré. Quand on a le ventre si gros qu'on ne peut même plus voir ses pieds, les activités deviennent toutes d'une complexité hors du commun. Elle avait donc passé le dernier mois de sa grossesse dans les couloirs du château, entre sa chambre, la salle à manger et la salle d'eau. Autant dire qu'elle n'avait pas été mécontente d'être enfin délestée de ce poids, même si elle avait souffert un martyr d'enfer pour le faire sortir de là où il se trouvait. Les vieilles mégères de Giglio qui avaient cru bon de la prévenir que donner la vie était à la fois le plus insupportable et le plus merveilleux moment de la vie d'une femme n'avaient pas menti. Elle avait vraiment cru mourir de douleur, tout en étant habitée par l'immense satisfaction d'avoir donné naissance à un nouvel être humain. Dieu qu'il était étrange d'être une femme !

Toujours était-il que, en mars, la Casari s'était pleinement remise de ses émotions et s'occupait de son fils comme s'il s'agissait du bijou le plus précieux de toute sa collection. Même le plus pur des saphirs ne pouvait pas rivaliser avec ce petit truc rond, chevelu et baveux. Surtout baveux d'ailleurs vu qu'l commençait à faire ses premières dents. Comme s'il était nécessaire de s'aérer la langue et le palais pour améliorer la poussée des dents, le petit rouquemoute avait une tendance certaine à garder la bouche ouverte, histoire de faire profiter à tout le monde de sa petite dent et de sa salive dégoulinante.


-Dire que tu vas devenir le futur marquis de Giglio. J'espère que tu sauras mieux te tenir quand tu seras plus grand. Hein Nerio ?
-Brrrr brrrrr. Répondit-il en gigotant bras et jambes tout en bavant dans un sourire rayonnant digne d'un bébé de bonne humeur.
-Tant que tu continues à sourire ainsi, quand tu auras toutes tes belles dents tu seras au moins aussi beau que ton père.
-Brrrr brrrrr.
-Quoi ? Encore plus beau que ton père ? Tu crois que c'est possible ça ? Dit-elle en rigolant.

Son presque-monologue fut interrompu par un bruit à la porte. Sans même avoir le temps de répondre quoi que ce soit, la tête de son rouquin fit irruption de la pièce. Comme gênée d'être ainsi prise en flagrant délit de discussion avec un bébé, elle le reposa délicatement dans son berceau et frotta ses mains contre ses jupes avec un sourire radieux. Ses yeux trahissaient encore un peu la fatigue qu'elle avait accumulé entre la grossesse et les courtes nuits, mais elle n'avait jamais perdu son sourire pour ne pas inquiéter plus que de raison son rouquin. Certes il était son époux et avait de fait des devoirs envers elle, mais il était aussi et surtout responsable de la stabilité de l'île. Même si la nouvelle de cette naissance avait calmé les notables et nettement amélioré la prospérité de l'île, il ne fallait pas se relâcher et continuer à veiller sur les familles gigliesi. Dieu qu'il n'était pas toujours aisé d'être la femme d'un marquis !


-Mah ! Astride. Fit-elle de son bel accent italien, roulant dangereusement les R.  Fais chercher Cristina pour veiller sur Nerio, nous serons mieux à discuter au salon n'est-ce pas ?

Elle se déporta ensuite sur le côté pour apercevoir leur invité. Elle ouvrit alors la bouche pour se présenter avant de la refermer presque aussitôt, tel le poisson en quête d'oxygène. Cette fille ! Elle avait tout d'une poupée. Une magnifique poupée fait main par les artisans les plus brillants, du peintre au couturier. Elle cligna lentement des yeux, comme perturbée de voir à quel point cette fille ne ressemblait pas du tout à celles qu'elle avait l'habitude de croiser sur l'île. Elle ne ressemblait même pas à celles qu'elle avait pu voir lors de son voyage à Florence. Elle prit finalement conscience de sa posture ridicule et se redressa pour reprendre toute sa contenance. La Casari tenta de ne pas trop dévisager cette petite blonde au teint de porcelaine et aux yeux bleus tandis qu'elle se présentait, en français bien entendu :

-Bienvenue à Giglio Dame Astride. Je suis Lucia comme Rodrigue a du vous dire. Je espère que vous vous plaire sur la île. Je suis en hâte que vous me racontez comment c'est la France. Je suis... Non. Je ai. Oui je ai toujours voulu visiter ce Royaume. Il doit être si joli ! Elle marqua une pause, le temps de se faufiler vers la sortie. Il faut que Nerio dorme, nous allons parler en bas ce sera mieux.

Oublié que Rodrigue lui avait dit que leur invité était muette ? Peut être un peu oui.
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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Astride Vellini le Dim 3 Déc - 16:19

Evidemment qu'elle tournait toujours à la tisane. Que pouvait-elle bien boire d'autre ? Le vin, qu'il soit rouge ou blanc, avait un arrière goût extrêmement désagréable en bouche qui la contraignait à boire autre chose dans la foulée pour ne pas garder la bouche ouverte pendant dix minutes le temps de l'aérer. Quant à l'eau, plate, elle était généralement insipide et pour peu qu'elle n'ait pas été bouillie pouvait contenir un nombre tout à fait impressionnant de maladies connues et inconnues. De fait, n'ayant rien perdu de son attitude parfois capricieuse, elle secoua vivement la tête de gauche à droite en repoussant gentiment la bouteille et le pichet. Une tisane fut donc commandée au premier domestique qui eu le malheur de traverser le couloir. Tisane qui lui fut ramenée presque aussitôt, tandis que Rodrigue se mettait à briller d'amour pour Lucia et son... fils ? Pour un peu la blondinette aurait pu en lâcher sa tasse tant elle était tombée des nues d'apprendre cette heureuse nouvelle complètement merdique. Ses yeux s'étaient agrandis l'espace d'un instant et elle ne trouva rien de mieux pour cacher sa stupéfaction que de boire une gorgée de tisane en fermant les yeux avant d'ouvrir la bouche comme si un "haaaaa ça fait du bien" pouvait en sortir.

Voyant qu'il se levait, elle fit de même sans avoir écouté ce qui avait initié cette sortie. Il était habituel chez la minie Vellini de n'entendre que ce qui l'intéressait et en l’occurrence les diverses explications du Liancy afin qu'elle ne se perde pas dans les couloirs du château ne faisaient pas du tout partie des choses qui la passionnait sur l'instant. Cela dit, même en de très bonnes dispositions psychologiques elle n'aurait rien écouté puisqu'il était question de son sens de l'orientation. S'il était une chose qui posait problème à Astride, en sus de sa sociopathie flagrante, c'était son exceptionnelle capacité à se perdre même sur ses propres terres. L'avait-il oublié, ça aussi, ce foutu connard ? Intérieurement, elle fulminait. A l'extérieur, seul son grand sourire figé demeurait intact, dodelinant de la tête d'un air guilleret comme si elle tentait de retenir tout ce qu'il était en train de raconter. Ils finirent par arriver dans une pièce, vide. Elle en conclu donc qu'il l'avait emmenée dans sa chambre avant d'aller visiter Lucia. Se remémorant la façon dont elle aurait réagi deux ans plus tôt, elle colla ses deux paumes et tapota doucement le bout de ses doigts pour montrer qu'elle était contente, sans avoir l'air d'une enfant qui sautille partout en tapant dans ses mains, et afin de s'assurer que tout était clair et qu'elle n'avait pas envie de rester plus longtemps, elle serra le poing et dressa son pouce avec assurance.

IIs quittèrent donc cette petite pièce dont elle ne se souvenait déjà plus de l'agencement et traversèrent de nouveaux couloirs qu'elle ne prenait pas la peine de mémoriser pour enfin se retrouver devant la porte de l'horreur. Avant de se retrouver tête à tête avec cette espèce de catin italienne et son bâtard de rejeton, la minie blonde tapota ses jupes pour les remettre en bonne place et se para de sa plus belle gueule d'ange, prête à vivre l'enfer. Lorsque la porte s'ouvrit en grand pour laisser apparaître Lucia et le berceau, la blonde se contenta de ravaler sa salive sans rien perdre de sa superbe. Le mensonge, la tromperie, la manipulation, des arts d'adulte dont elle devait absolument continuer d'user pendant encore quelques semaines, et ce sans défaillir un instant. Usant. Mais ô combien nécessaire. Elle ne put que remarquer que l'immonde brune était en train de la dévisager, comme si elle n'avait jamais vu de blonde de sa vie. Quoi que cette hypothèse était tout à fait plausible, ces machos d'italiens ne laissant jamais sortir leurs femmes si ce n'était pour les marier à de riches nobles français. Celle là s'étant mariée sur l'île, elle ne l'avait donc probablement jamais quittée. Astride retint tant bien que mal un sourire en coin moqueur, en plus d'être une catin, c'était une ignorante godiche. Ce qu'elle ne put retenir par contre, c'est son visage mutin et rieur lorsqu'elle entendit Lucia parler en français. Ridicule !

En chemin, elle fut contrainte d'écouter les interminables palabres de l'italienne. A cet instant, elle se félicitait de n'avoir jamais prêté attention aux gens lorsqu'ils parlaient de choses complètement inutiles. Elle se surpris encore à être bien heureuse d'être muette, ainsi elle ne se sentait pas frustrée de ne pas avoir le temps d'en placer une. Au moins, certaines rumeurs disaient vrai : les italiens sont bavards, très bavards. Deux grandes portes furent poussées avec force pour laisser paraître le salon de réception. Quelques ordres partirent ça et là, certainement pour faire amener de quoi boire et de quoi manger. S'il était une chose qu'on ne pouvait pas retirer à la Casari, c'était qu'elle tenait la mesnie d'une main de maître pour que Rodrigue n'ait pas à s'inquiéter de ces futilités. La Vellini, elle, en aurait-elle été capable ? Cela dit, ce rouquin serait-il devenu marquis s'il était resté avec elle ? Brrrrr. Elle secoua vigoureusement la tête de gauche à droite pour chasser ces idées de son esprit, elle ne devait pas se détourner de son objectif, sous aucun prétexte ! En d'autres circonstances, elle aurait probablement admiré la poigne de cette femme. C'est con hein ?


-Je ai fait apporter des jus de fruit. Je espère que vous aimez ?

Astride hocha gentiment la tête, les jus de fruit c'était bien aussi. Lucia haussa alors le sourcil, comme si elle ne se rendait compte que maintenant qu'elle n'avait pas encore entendu le son de la voix de la blondinette.

-Vous pouvez parler Madamoiselle Astride. Je comprends très bien le français ! Je parle pas toujours bien mais pour comprendre c'est facile.

Ce fut au tour d'Astride d'hausser le sourcil et de se tourner vers Rodrigue d'un air interrogatif genre "tu lui as pas dit que j'étais muette ? T'es con ou tu le fais exprès ?". Instant gênance bonjour !

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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Rodrigue de Liancy le Dim 3 Déc - 20:27

Tout se passait pour le mieux. Mais cela se passait beaucoup trop bien pour être honnête. Rodrigue était ravi de voir sa femme accueillir la jeune blondinette avec amitié et prévenance. Quant à l’attitude cette dernière, elle était tout bonnement parfaite. Elle était calme, se comportait bien, et le Liancy se prenait à espérer qu’il en serait de même tout le long de son séjour. C’était sans compter le petit grain de sable dans la machine pour l’instant trop bien huilée. Lucia avait oublié le plus important : qu’Astride était muette. Vint alors un immense moment de flottement, un malaise grandissant, d’autant que la Vellini semblait interroger le rouquin du regard. Que faire ? Se lever pour soi-disant chercher quelque chose qui se trouverait dans le dos d’Astride pour qu’elle ne puisse pas voir qu’il fait de grands signes à sa femme pour lui indiquer qu’elle venait de commettre une bévue et que leur invité était muette ? Ou jouer franc-jeu en espérant que ladite invité était vraiment devenue une adulte qui ne s’offusquerait pas de l’erreur de Lucia ? C’était un peu risqué, connaissant Astride, mais après tout, Rodrigue était chez lui et il était encore libre de dire ce qu’il voulait. Pour autant, il décida d’opter pour la protection de sa femme en prenant son erreur sur ses épaules.

- Hum, toussota-t-il doucement avant de s’adresser à Lucia en français, de sorte qu’Astride ne se sente pas exclue, Astride est muette. Elle ne parle pas. Je pensais te l’avoir dit. Puis à Astride, avec un sourire gêné au coin des lèvres. Je suis désolé, j’ai dû oublier de prévenir.

Le sujet en resta là et le malaise se dissipa rapidement autour des boissons et de la nourriture qu’on avait apportée. Et ainsi commença le séjour d’Astride Vellini sur l’île de Giglio.

*

Les jours avaient défilé. Les semaines aussi. Au bout de trois semaines, Astride était toujours là, et Rodrigue n’avait aucune idée de sa date de départ. Il n’avait pas encore osé le lui demander. Dès le début, cela aurait été indélicat. Après deux semaines, c’était un peu court également. Mais si cette question le taraudait, c’était parce qu’il était, au fond, particulièrement pressé de la voir quitter l’île.

Est-ce que les choses se passaient mal ? Absolument pas. Astride se montrait adorable et avait su conquérir le cœur de Lucia et de tout le personnel du château. Ses manières étaient excellentes et il n’y avait pas le moindre nuage au dessus de Giglio. Lucia ne cessait de louer la beauté de la dame d’Hendaye et déplorer son mutisme. Tous trois se baladaient régulièrement ensemble, passaient souvent la soirée ensemble dans un des salons du château et quand Rodrigue travaillait, c’est à dire la plupart du temps, Lucia et Astride trouvaient bien à s’occuper sans lui.

Alors pourquoi le marquis était-il si pressé de voir son ancienne fiancée partir ? Justement parce qu’elle était son ancienne fiancée et qu’il avait bien vite remarqué que ce qu’il croyait disparu ne l’était pas. Au moment de leurs retrouvailles, il s’était senti mal à l’aise, mais avait mis ça sur le compte de son incapacité à savoir comment se comporter avec celle dont il s’était séparée dans de mauvaises conditions. Mais ce malaise avait persisté. A chaque fois qu’il la voyait, Rodrigue se souvenait du temps où ils étaient fiancés. Des bons moments, comme des mauvais. Et surtout, il ne pouvait s’empêcher de faire le même constat qu’à leurs retrouvailles : elle n’avait jamais été si belle.

Et cette beauté, Lucia en parlait tellement qu’il ne pouvait l’occulter. Il lui arrivait même de parler d’elle le soir, alors qu’ils n’étaient que tous les deux, prêts à aller se coucher. Dès lors l’inévitable arriva : il rêva d’Astride. Rodrigue aurait adoré en faire des cauchemars, il aurait eu ainsi la conscience un peu plus tranquille. Mais les rêves qu’il faisait étaient doux, tendres, comme ceux qu’ils faisaient du temps où il s’imaginait avoir la Vellini pour épouse.

Alors la gêne s’accentua de nouveau. Il tâchait de ne rien montrer, d’être le plus naturel du monde. Lucia, a priori, ne se rendait compte de rien, tellement enchantée par sa nouvelle amie. Astride semblait ne rien remarquer non plus. Quand ils se baladaient tous les trois, il lui arrivait parfois de se mettre en retrait, de laisser ces dames marcher devant. Mais il ne le fit plus à partir du moment où il comprit une chose qui, à ses yeux, était une chose terrible : il les aimait. Toutes les deux.

Le marquis de Giglio était amoureux de deux femmes, et ne pouvait épancher son mal-être. Il n’allait certainement pas en parler aux premières concernées, ni à Guido qui avait un profond respect pour Lucia et une haine sans limite pour Astride. Alors il essayait encore et toujours de jouer sa petite comédie. Celle du mari totalement heureux, sans pensées négatives. Avec Lucia il était pleinement heureux, ce n’était pas le soucis. Mais il y avait la petite image entêtante des cheveux blonds et des beaux yeux d’Astride. Il devait aussi jouer le rôle de l’ami en bon terme, celui qui n’avait plus aucun sentiment amoureux, qui était un mari parfait, un père attentif. Mais selon lui, il ne pouvait être un mari parfait quand ses pensées vagabondaient d’une femme à une autre.

Rodrigue évitait alors de se trouver seul à seul avec Astride. Mais cette fois, il avait fait une entorse à ses propres dispositions. Il devait, il voulait surtout, savoir quand la Vellini allait enfin prendre le bateau qui la ramènerait chez elle. Et tout redeviendrait comme avant. Son souvenir s’estomperait, peu à peu, cesserait d’être entêtant, et il n’y aurait plus aucun danger. Tous deux se promenaient sur les hauteurs de l’île quand, d’une voix détachée, Rodrigue demanda :


- Combien de temps as-tu prévu de rester ? Lucia va redouter ce moment, elle t’adore. Je crois même que si tu pouvais rester indéfiniment, elle te forcerait à rester.

Il avait dit cela en souriant, mais tout en parlant, il s’imaginait une telle situation et voyait à quel point elle aurait été terrible pour lui. Fort heureusement, il n’y avait aucune chance que cela arrive. Rodrigue guetta néanmoins sa réaction, de son œil vif. Elle allait sûrement prendre son air malicieux, voire mystérieux, et il ne serait pas plus avancé. Mais il sourirait, bêtement, parce que spontanément son cœur se serait gonflé d’amour pour elle, car il n’avait pu s’arrêter d’aimer son air ingénu. Tout comme il n’avait finalement pu s’arrêter de l’aimer tout court.

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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Astride Vellini le Jeu 4 Jan - 19:54

Si on lui avait dit que ce qui était en train de se passer allait réellement se passer un jour, elle l'aurait certainement pas cru. Comment penser une seule seconde qu'elle aurait pu, non pas tolérer mais, apprécier la présence de Lucia ?! Le rouquin lui même devait être étonné qu'elle parvienne à la supporter ! C'était pourtant pas le genre de la maison de réussir à se faire des amis comme ça... En général ils étaient soit rebutés par le fait qu'elle était pas foutue de décrocher un mot, soit ils fuyaient en courant bien vite en s'apercevant que le caractère de la blondinette n'allait pas du tout -non pas DU TOUT- avec sa gueule d'ange. De toute façon, si lui n'était pas étonné, Astride l'était bien assez pour elle même. Pour un peu, elle avait failli en oublier le but de sa visite sur ce caillou flottant qui servait de fief à l'odieux bâtard qui l'avait larguée. La pauvre était tiraillée entre l'envie d'exterminer tous les obstacles qui se dressaient face à elle et celle de garder la potentielle seule amie qu'elle n'aurait jamais dans ce monde bien peu compréhensif. Avec Lucia, elle redevenait tout simplement la petite blonde mignonnette qu'elle était alors qu'elle sortait à peine du couvent.

Heureusement, ou malheureusement, ces petits moments de flottement avaient fini par s'estomper pour laisser la place à son irrépressible envie de posséder ce qui lui avait déjà appartenu. C'était à se demander s'il était vraiment question d'amour pour la minie Vellini. Après tout, elle n'avait aucune espèce d'idée de ce à quoi c'était censé ressembler. Est-ce qu'il fallait avoir l'air niais et candide comme Lucia savait parfaitement le faire dès que le roux était dans les parages ? Est-ce qu'il fallait dire oui, même si au fond on avait juste envie de l'envoyer chier ? Est-ce que ça voulait dire considérer l'autre comme une réincarnation de Dieu sur terre, le respecter, le chouchouter, lui faire des bisous sans arrêt... Eurk. Ce n'était peut être que de la jalousie possessive finalement, comme un enfant qui veut pas qu'on lui offre le même jouet que les autres mais qui veut LE jouet des autres. Remotivée à bloc par elle même -puisque personne d'autre n'allait s'en charger de toute façon-, c'est dans cet état d'esprit de vainqueur qu'elle avait accepté de faire une balade en tête à tête avec Rodrigue.

Toujours aussi peu observatrice, elle n'avait pas remarqué de changement quelconque dans le comportement de son hôte. Il faut dire que, comme elle, il jouait peut être la comédie lui aussi. En vrai il avait peut être juste envie qu'elle dégage de son espace visuel pour le laisser mener sa petite vie tranquille de marquis avec femme, enfant, sujets, et cet espèce de boulet idiot et moche de Guido. C'est d'ailleurs sur cette pensée qu'il lui posa la question fatidique du départ. Elle s'arrêta net, comme percutée de plein fouet par un vent violent ayant puisé sa source au coeur de la mer. Elle relança pourtant son pas, quoi qu'un peu moins vivement, en entendant vaguement la suite de la phrase. Pourquoi il s'était senti obligé de remuer le couteau dans la plaie en lui disant que Lucia l'adorait ? Comme si de rien n'était, la blonde se fendit d'un grand sourire radieux comme pour le remercier de ce qui s'apparentait plus ou moins à un compliment. Elle haussa ensuite les épaules en prenant un air interrogatif, montrant qu'elle n'avait pas encore vraiment réfléchi à la date de son départ.

Elle fit alors quelques ronds sur elle même, la main au dessus des yeux, à la recherche du port de l'île. Si elle devait partir, elle devait se renseigner sur les bateaux en partance ! Non pas qu'elle était mauvaise nageuse, mais étant donné qu'elle ne savait déjà pas se repérer sur une route bien droite, il était extrêmement peu probable qu'elle trouve la côte en étant au beau milieu d'un banc de sardines. Pis, elle était bonne nageuse certes, mais de là à se faire la longueur Giglio-Argentario fallait quand même pas exagérer. Elle gonfla finalement les joues et baissa les bras tout en vidant bruyamment l'air qu'elle avait emmagasiné dans sa bouche. En somme, elle ne savait pas où était le port. En un saut elle fit un demi-tour sur elle même et se planta face à Rodrigue, les mains sur les hanches, les jambes écartées, l'oeil déterminé. Et là, comme pour casser ce tableau de sérieux, elle fit des vagues avec l'une de ses mains en haussant le sourcil. Ouais, ça voulait dire qu'elle cherchait le port. On fait pas plus clair !

Le port avait été promptement trouvé, tout comme un bateau en partance pour le continent. Elle avait décliné plusieurs offres, attendant celle qui lui permettait d'avoir disparu de la surface de l'île au moment où tout le monde se rendrait compte qu'elle avait foutu une merde monstre avant de partir. Elle s'était débrouillée pour trouver quelque chose qui faisait que sa victime ne mourrait pas sur le coup, mais le délai d'incubation et donc de mort restait tout de même relativement court. Il fallait donc que tout soit bien planifié, sinon elle allait se retrouver avec le goupillon de la Licors en travers de la figure avant d'avoir eu le temps de dire ouf -façon de parler-. Un bateau qui partait en début d'après-midi avait donc fini par se présenter. Heure parfaite ! Elle allait pouvoir passer un dernier repas "tranquille" avec ses hôtes avant de se barrer vite fait bien fait, direction la planque à Hendaye pour attendre le retour du rouquin prodigue. Ce sans mourir des atroces sévices que lui auraient fait subir Arambour et son air machiavélique. Franchement, on pouvait se demander qui était la pire des deux...

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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Lucia de Liancy le Mer 24 Jan - 23:23

Apprendre le départ de sa nouvelle amie l'avait bien évidemment beaucoup peinée. Pourtant elle comprenait bien que cette charmante petite blonde avec qui elle avait passé presque toutes ses journées depuis près de trois semaines se devait de retourner auprès de ses gens, en France. Pendant un instant elle s'était mis à la place de son marquis, imaginant toutes les responsabilités qui pouvaient peser sur celles et ceux qui avaient des terres à gérer. Elle en était arrivée à la conclusion qu'Astride avait quitté Hendaye depuis trop longtemps pour qu'elle puisse se permettre de la retenir encore quelques jours pour en apprendre encore un peu plus sur toutes ces plantes que l'on pouvait faire infuser pour les boire. Tant pis, elle se réhabituerait bien à l'unique présence de Guilia. Même si cette dernière était par défaut bien plus causante, le niveau intellectuel de la conversation allait considérablement régresser. Elle n'allait plus rien apprendre si ce n'était les derniers ragots de Giglio Porto. Passionnant. Seule avec Nerio, l'italienne soupira longuement, se disant que le bateau qui allait emmener la blondinette quittait le port en début d'après-midi. Afin de ne pas manquer le coche, car les marchands avaient tendance à partir à l'heure quitte à laisser sur le quai ceux qu'ils s'étaient engagés à embarquer, la maîtresse de maison avait prévu de déjeuner de bonne heure. Ce qui ne dérangeait personne, puisque son marquis et leur invitée se levaient tous les deux aux aurores. Par la force des choses, elle ne faisait également plus de grasses matinées depuis quelques temps, la faute à un bébé qui n'avait pas encore compris que la nuit était faite pour dormir et non pas pour hurler à la mort pour réclamer de l'attention.

Le moment fatidique du dernier repas à trois venait à peine de sonner que le visage rayonnant d'Astride passa la porte de la salle à manger. L'italienne ne tarda pas à répondre avec un sourire tout aussi lumineux, l'un de ceux qu'elle avait l'habitude d'offrir à Rodrigue quand elle ne mourrait pas de fatigue. D'ailleurs, comme s'il s'était senti appelé par cette part d'elle qu'il avait été l'un des seuls à connaître jusque là, le marquis se présenta à son tour. Radieuse malgré le voile de tristesse qu'on pouvait lire dans ses yeux, pour qui s'en approchait suffisamment près, elle les invita à prendre place autour de la table copieusement garnie. La Casari n'avait pas fait dans la demie mesure pour ce dernier déjeuner. Elle avait bien l'intention de laisser un bon souvenir de son île à la petite française, couvant le secret espoir de se voir inviter un jour chez elle en guise de remerciement. Une telle occasion de visiter ce Royaume qu'elle ne pouvait qu'admirer à travers les récits des marchands gigliesi ou de son époux ne pouvait certainement pas se manquer !


-Vous devez tout manger avant de partir ! Dit-elle d'un ton rieur, avant de rire franchement en voyant la mine déconfite du tout petit bout de femme à côté d'elle.

Tout se déroula dans la joie et la bonne humeur, comme tous les repas qu'ils avaient pu partager tous les trois depuis l'arrivée d'Astride. Malheureusement, cet instant n'échappait pas à la règle qui disait que toutes les bonnes choses avaient une fin. Ce fut en voyant Astride se lever pour préparer la dernière tisane qu'elle comprit que ce soir elle dînerait seule avec Rodrigue, que ce soir Guido reviendrait les surveiller en se fondant dans le décor comme une contrefaçon de peinture de Rivola. Etonnament, même si elle n'avait pas compris pourquoi il avait pris ses distances à l'arrivée d'Astride, la brune n'avait pas été déçue de son absence. Très serviable et fidèle, ça elle ne pouvait pas lui enlever, mais un tantinet idiot et collant tout de même. A la réflexion, s'il n'avait pas été au service de son époux, il aurait probablement formé un couple parfait avec Giulia. Bref ! Elle fut heureusement sortie de ces drôles de rêveries par le retour de la dame d'Hendaye, chargée de son plateau sur lequel trônaient trois tasses encore fumantes. Intriguée, comme toujours, l'italienne posa son regard sur son hôte afin qu'elle lui dise ce qu'elle avait infusé cette fois. Rituel habituel, la blondinette posa les tasses avant de dégainer son ardoise sur laquelle il était aujourd'hui écrit "laurier".


-Oh ! Je connais le laurier. Il y en a dans le repas souvent. C'est très bon !

Ravie de voir qu'elle s'était améliorée depuis ces trois semaines, elle s'enfila sa tasse d'une traite après avoir sagement attendu qu'elle refroidisse. Elle avait déjà fait la douloureuse expérience de la tisane trop chaude plus d'une fois. Elle avait donc fini par comprendre que malgré l'odeur alléchante, il fallait faire preuve de patience pour en apprécier le goût. Une fois la dernière gorgée au fond de son estomac, elle se redressa d'un bond, ne voulant pas mettre sa nouvelle amie en retard pour cause de larmoiements intempestifs et enfantins. Courageuse et surtout persuadée qu'il ne s'agissait que d'un au revoir, elle se saisit donc de la petite main de la blonde, et après un sourire malicieux à Rodrigue, accompagné signe de main silencieux, elle embarqua celle qui devait quitter son île afin de l'emmener au port. Si l'italienne avait beaucoup appris sur les plantes durant ce court séjour, elle avait également appris que la blondinette n'était pas infaillible et que son sens de l'orientation n'équivalait pas ses connaissances de la flore, loin de là ! C'était même à croire que les informations de géolocalisation ne pervenaient même pas jusqu'à son cerveau, bloquées par un énorme mur de "laissez à mes neurones la joie d'en apprendre encore plus sur les fleurs, j'ai pas de place pour les trucs inutiles !"

Après des au-revoirs bien plus heureux qu'elle ne les avait imaginés grâce à l'éternel sourire enjoué d'Astride, l'italienne avait profité de sa sortie pour passer à Giglio Porto afin de saluer son père. Elle avait également fait un détour au marché pour rendre visite au vendeur d'étoffes chez qui elle continuait de se fournir régulièrement malgré son couturier attitré. Elle n'avait pas oublié ses racines et cette simplicité semblait convenir aux gigliesi qui la saluaient tous chaleureusement, alors qu'elle était aussi celle qui profitait en partie des impôts qu'ils payaient. De bonne humeur, elle commanda deux rouleaux de tissus, ceux là même que le marchand lui avait vivement recommandés parce qu'ils correspondaient parfaitement à ce que les nobles dames du continent portaient. Il n'en fallait pas plus à la Casari pour dégainer sa bourser, rien n'était trop cher pour avoir l'air encore plus belle à l'oeil de son marquis.

Ce ne fut qu'au soleil couchant qu'elle revint au château, quelque peu fatiguée. Elle n'en fit pas grand cas, après tout cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas passé une après-midi entière à se balader dans les rues de Giglio et sa santé actuelle n'avait rien de comparable à celle qu'elle tenait avant de donner naissance à son fils. Elle ne désespérait cependant pas de retrouver sa forme olympique avec l'arrivée des beaux jours. Le soleil avait un effet bénéfique pour qui savait en profiter. Elle passa à tout hasard dans le bureau de Rodrigue, espérant bien l'y trouver afin de lui dire qu'elle allait se coucher sans dîner. Heureux hasard, il s'y trouvait encore ! Elle lui sourit amoureusement avant de lui glisser un baiser sur la joue et :


-Tu peux dîner sans moi. Je pense avoir assez mangé ce midi pour survivre à un jeûne de trois jours. J'ai peut être vu un peu trop grand. Je vais me coucher maintenant, n'oublie pas d'aller embrasser Nerio avant de me rejoindre tout à l'heure ! Fit-elle dans un clin d'oeil complice, parce qu'elle savait pertinemment qu'il s'exécuterait sans rechigner tant il aimait son fils.

Elle quitta alors le bureau afin de rejoindre leur chambre ainsi que les bras de Morphée. Des bras qui ne tardèrent pas à l'étreindre tant sa fatigue s'était accentuée. Des bras qui l'étreignaient si fort que son coeur s'en voyait contraint de battre avec bien plus de ferveur pour ne pas se trouver trop confiné. Une ardeur à laquelle il n'était pas habitué et qui n'eut pas l'effet escompté. Sans même s'en rendre compte, il s'était finalement arrêté, éreinté. Pourquoi l'esprit serait-il le seul à pouvoir se reposer avait-il fini par se demander. Il fut alors, lui aussi, happé par l'avide Morphée.

Rose était le laurier...
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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Rodrigue de Liancy le Ven 26 Jan - 18:19

Lucia était morte. Elle ne respirerait plus jamais. Elle ne bougerait plus jamais. Elle ne sourirait plus jamais.

Rodrigue ressassait cette pensée, enfermé dans son bureau. Il avait fini par fuir. Fuir le tumulte du château après sa macabre découverte. Fuir les regards des domestiques qui, comme tout le monde, avaient été alertés. Fuir le docteur qui lui avait confirmé ce qu’il craignait. Fuir tous ces oiseaux de malheur qui s’occupaient déjà de la défunte. A peine la mort passée, les créatures terrestres se chargeaient de préparer le dernier voyage de sa victime. Le prêtre devait être arrivé. Rodrigue n’avait pas encore voulu le voir. Ou plutôt, il n’avait pas pu.

A peine la porte de son bureau passé, il avait fondu en larmes. Jamais il n’avait autant pleuré. Le choc, la peine, la douleur, tout faisait tressauter son corps qui semblait vouloir extirper ses émotions. Rodrigue l’avait perdue. Son bonheur. Son amour. Sa femme. La mère de son fils. A cette pensée, le borgne serra les poings, cherchant l’once de courage qui restait en lui. Il était marquis de Giglio mais aussi un père. L’île avait perdu sa marquise tant aimée, son si jeune Nerio, sa mère. Pour eux, il devait se calmer, faire face, être digne. Rodrigue respira profondément, posa les mains à plat sur le bureau et chercha à se concentrer. Il lui fallait remonter le fil de la soirée et de la nuit, se rappeler comment il en était arrivé là, à pleurer. Tout lui paraissait irréel, et pourtant, pour affronter le drame, il savait qu’il devait se remettre les idées claires, bien qu’il avait l’impression de devenir fou.

La dernière fois qu’il l’avait vue vivante, c’était dans ce bureau. Lucia semblait n’aller pas trop mal, même si elle regrettait les excès du midi. Il se souvenait de son baiser sur sa joue. Le dernier. Puis elle était partie. Il l’avait rejointe une heure après, le temps de manger trois fois rien, lui même n’avait pas très faim, et d’embrasser leur fils. En arrivant dans leur chambre, il avait trouvé Lucia couchée, ce qui n’avait rien d’anormal à première vue. Il l’observa alors, silencieux, comme tous les soirs. Elle était si belle même quand elle dormait qu’il trouvait un grand apaisement à la regarder quand il la rejoignait tard, après une longue journée de travail. Mais son œil acéré détecta quelque chose qui sortait de l’ordinaire, mais quoi, il avait eu bien du mal à le dire. Rodrigue venait à peine de tourner le dos au lit pour se changer lorsqu’un doute le saisit. Le silence dans la chambre était parfait. Pas un bruit, comme s’il avait été tout à fait seul. Il se retourna subitement, s’approcha au bord du lit pour essayer d’entendre ce qui manquait dans la pièce : le très léger bruit de la respiration de sa femme. Rodrigue fronça les sourcils, il n’entendait rien. Une profonde inquiétude fondit sur lui lorsqu’il ne remarqua aucun mouvement de la poitrine de Lucia. Doucement alors, il lui prit la main, essaya de la réveiller en l’appelant. Elle ne réagit pas.

- Lucia ? Eh ? Tu m’entends ?

Agiter sa main n’eut pas de meilleur résultat. Le Liancy s’assit alors au bord du lit, secoua vaguement ses épaules. La tête brune de son épouse roula sur l’oreiller, inerte. Le marquis se figea. Non. Ce n’était pas possible.

- LUCIA ?!

Saisit cette fois par la panique, il posa ses doigts sur un poignet pour sentir le pouls. Rien. Puis sur l’autre. Non plus. Enfin sur son cou. Aucune pulsation.

D’un bond il avait gagné le couloir, le parcourut à grandes enjambées et alla tambouriner à la porte du docteur qui logeait au château depuis la naissance de Nerio. Après de brèves, mais probablement confuses, explications, ils regagnèrent tous les deux la chambre.

Rodrigue ne se souvenait plus vraiment de la suite. Il ne se rappelait pas les mots utilisés par le médecin pour lui annoncer la mort de sa femme. Juste son visage, profondément bouleversé. Il ne comprenait pas. Lucia était en excellente santé ! Elle était vive, pleine de joie, rarement malade et s’était remise de ses couches sans complications. Comment avait-elle pu mourir, ainsi, dans son lit ? Seule. Sans lui. Sans prêtre.

Il avait fini par délivrer les sanglots qui l’étranglaient depuis quelques minutes. Tendrement il s’était assis au bord du lit, avait pris Lucia dans ses bras et s’était mis à la pleurer. Pourquoi l’avait-elle abandonné ? Ils étaient si heureux. Pourquoi était-elle partie ? Pourquoi elle le laissait seul ? Et Nerio ? C’était trop tôt, ils avaient tant d’années à vivre ensemble, ils voulaient d’autres enfants, ils… Pourquoi ? Il n’avait plus envie de la lâcher, il avait presque envie de lui hurler de se réveiller, d’arrêter de jouer la comédie, que ça n’avait rien de drôle. Mais il n’obtint aucune réponse et le sage médecin dû s’employer pour lui dire qu’il fallait avertir tout le monde de la terrible nouvelle. Rodrigue le repoussa d’abord d’un geste violent du bras, resserra son étreinte autour de la morte et soupira. On lui prenait sa femme, et on ne lui laissait que trop peu de temps avec elle. A contrecœur, il recoucha Lucia et se tourna vers le médecin.


- Allez prévenir Arambour Démesquine. Elle est au second étage. En passant, prévenez notre femme de chambre. Enfin, allez chercher le prêtre. Soyez discret. Je ne veux pas que tout le monde le sache tout de suite…

Rodrigue resta en paix avec Lucia quelques minutes. Puis arriva la dame de chambre, éplorée, parlant trop fort au goût du marquis, mais elle allait devoir préparer la tenue de la défunte pour la veillée, il devait donc faire avec sa bruyante manifestation de tristesse. Bien que la discrétion ait été demandée, des domestiques se présentèrent spontanément à la chambre, et au bout d’un certain temps, beaucoup furent finalement au courant de la tragédie. Arambour, elle, ne paraissait toujours pas. Le médecin revint aussi, prévenant que le prêtre suivrait sous peu. Tout ce monde qui passait, s’affichait avec un air triste commençait à dégoûter le marquis. Épuisé, il se retira dans son bureau.

Et maintenant il attendait. La rumeur quitterait le château, se propagerait aux alentours, puis sur toute l’île. On annoncerait officiellement la chose que tout le monde sait depuis longtemps. Et lui, Rodrigue, serait toujours seul, sans Lucia.

Il ne pleurait plus, mais il se sentait vide. Surtout, il se sentait désemparé. Il pensait à Nerio à qui on cherchait activement une nourrice. Il n’allait pas être le premier ni le dernier à grandir sans sa mère, mais il ne pouvait s’empêcher de trouver la chose injuste. Et la question qui le taraudait n’était plus « Pourquoi ? », mais « Comment ? ». Le médecin n’avait pu lui donner de raison, ou n’avait pas voulu le faire malgré son insistance.

Et dire que quelques heures auparavant, il était parfaitement heureux. Il savait que maintenant, il ne pouvait plus jamais l’être.

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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Arambour Licors le Mar 6 Fév - 21:15

Lors qu'elle se trouvait dans l'une des salles d'entrainement du château à faire comprendre à l'un de ses bons à rien qu'il était peu opportun de ne justement rien faire dès qu'elle se trouvait dans les parages, la porte s'ouvrit. De dos et ne sachant guère de qui il pouvait s'agir, le poignard de sa manche s'en vit retiré et jeté pour aller se nicher dans les boiseries déjà bien amochées de la dite porte. Elle soupira, sentant bien malgré elle que cette intrusion ne présageait rien de bon. Il n'y avait de toute façon que les oiseaux de mauvaise augure, généralement forcés par une tierce personne d'un statut supérieur, qui osaient se déplacer pour venir à sa rencontre. Aussi se retourna-t-elle afin de poser ses prunelles d'émeraude dépourvues d'émotion sur ce qui semblait être une simple boniche. Son regard n'en fut que plus morne, quelle absurdité allait-elle apprendre ? Était-il vraiment nécessaire de lui en faire part au beau milieu de la nuit ? D'ailleurs, pourquoi diable cette guenon se trouvait là à cette heure ?

-Parlez. Idiote. Croyez-vous que je n'ai que cela à faire de regarder vos genoux s'entrechoquer ?

La domestique s’exécuta donc de sa voix tremblante, tenant des propos relativement incohérents mais dont la Licors avait su tirer l'essentiel : ça allait être un bordel sans nom. Elle posa nonchalamment sa main sur son front avant de laisser tomber son épée aux pieds du garde qu'elle sermonnait encore il y a quelques instants.  Dieu qu'elle aurait préféré continué à n'avoir que cela à gérer. Après l'avoir sèchement sommé de ranger la salle, elle remit sa sombre cape en fourrure sur ses épaules et récupéra son poignard toujours planté dans la porte avant de faire le tour de toutes les entrées du château afin d'en ordonner la fermeture. L'ordre était simple et clair, personne ne devait entrer ni sortir du château tant qu'elle n'avait pas demandé en personne à ce que les portes soient ré-ouvertes. Seul le prêtre avait bien évidemment la permission d'intégrer l'enceinte du château, car bien que peu croyante, elle ne pouvait que comprendre qu'il soit nécessaire d'aider l'âme de la marquise à rejoindre le Très Haut.

Ceci fait, elle quitta le château quelques instants, par une issue qu'elle seule connaissait et qui lui permettait d'entrer et sortir sans être vue, le temps d'organiser l'arrivée d'un nouvel hôte au sein de sa propre demeure. Elle réveilla d'abord Opportune, lui faisant clairement comprendre qu'elle aurait à jouer la soupirante transis et compréhensive d'ici peu. La jeune femme était depuis si longtemps à son service qu'elle avait développé un nombre certains de talents dont bien peu de domestiques pouvaient se vanter,  tant les missions qu'elle recevaient parfois n'avaient rien à voir avec celles que l'on donnait habituellement aux misérables dames de compagnie. La Licors n'avait de toute façon guère besoin d'une dame de compagnie, elle savait parfaitement s'habiller seule contrairement à ce qui lui servait bien malheureusement de fille. Il existait donc entre Arambour et Opportune une sorte de confiance mutuelle, quand bien même le lien hiérarchique demeurait intact. Ce fut ensuite César qui se vit sortir du lit, prévenu qu'il allait apprendre à devenir un homme cette nuit. Quoi que ronchon d'avoir à se lever lors que même les étoiles ne semblaient pas vouloir se montrer, il n'en fut pas moins ravi une fois pleinement éveillé et prêt à recevoir sa leçon. Pas peu fière qu'au moins l'un de ses enfants lui soit semblable, elle afficha un léger sourire en coin avant de poser sa main sur la tête de son fils :


-Vous devrez patienter encore un peu. Je puis cependant vous dire que vous aurez besoin de toutes vos forces & de tout votre armement. Profitez donc du temps que je vous laisse pour manger & vous échauffer César.

Elle quitta enfin la maison, laissant son empotée de fille dans son sommeil profond. Elle risquait d'être bien trop bruyante lors que tout cela nécessitait une infinie discrétion. Ne lui restait donc plus qu'à retourner au château, à envoyer Guido auprès d'Opportune. Aucun homme ne saurait résister aux charmes d'une femme, moins encore les hommes tels que lui. Guido fut prestement trouvé, errant comme une âme en peine dans le couloir qui menait au bureau de Rodrigue, n'ayant semble-t-il aucune idée de la façon dont il devait agir. Après quelques brefs échanges, elle apprit qu'il n'avait pas encore vu ni le marquis, ni le médecin. En somme, il n'avait croisé que quelques autres hères, tous aussi en peine qu'il ne l'était lui même. Sans mal, elle réprima un sourire machiavélique et de son morne ton habituel, ne trahissant pas le moins du monde qu'elle mentait ouvertement :

-Je ne sais si cela pourra vous aider, néanmoins ma dame de compagnie a vécu il y a quelques années de cela une situation similaire à la vôtre. En effet, mon époux nous a brusquement quitté, lui aussi, & sans que nous nous y attendions. Peut-être serait-il opportun que vous en discutiez afin de ne point commettre d'impair ? Il n'est point aisé de trouver les bons mots dans ces cas là & sa sensibilité de femme saura assurément vous aider.

Elle lui indiqua la voie qu'elle empruntait afin de rejoindre ses quartiers, lui expliquant sans détours qu'elle avait donné l'ordre d'empêcher quiconque d'entrer ou de sortir afin que la rumeur ne s'ébruite pas avant une déclaration officielle, qu'il n'était pas dans l'intérêt de l'île que cela se sache par des moyens détournés. Ne lui restait plus qu'à corrompre le médecin, pour que les informations qu'il transmette à tout à chacun soient strictement celles qu'elle voulait. Elle l'écouta donc lui décrire ce qu'il avait vu et ce qu'il avait diagnostiqué. Fatiguée d'avoir tout cela à gérer à la lueur de la chandelle, elle se massait lentement la tempe tout en réfléchissant à la meilleure façon d'accuser Guido pour ce crime. Car depuis le début elle n'était pas dupe. Cette mort ne coïncidait que trop parfaitement avec le départ de la Vellini pour qu'il s'agisse d'un simple hasard. D'autant moins sachant que la marquise se portait à merveille. Si elle se trouvait douée dans l'art de la manipulation, la petite blonde qui avait eu l'audace de se faire passer pour sa fille cachée n'était pas en reste. En d'autres circonstances, elle l'aurait probablement admirée pour cette mise en scène de génie. Malheureusement, cette extraordinaire pièce de théâtre minutieusement préparée avait impliqué de la tenir éveillée plus que de raison, et en cela elle ne pouvait guère se permettre plus que de la respecter pour avoir si bien tenu son rôle.

Son air morne toujours vissé sur le visage, elle ramena enfin sa carcasse jusqu'au bureau où devait très certainement l'attendre Rodrigue depuis près d'une heure. Elle soupira légèrement, jeta un regard vide de sens par la fenêtre dans l'espoir d'être encouragée par les quelques rayons glacials qui émanaient de la lune, puis reporta toute son attention sur la porte qui la séparait encore de celui qu'elle avait devoir, aussi, manipuler pour le bien de l'île. Sans remords ni scrupule, elle se décida enfin à toquer, d'une façon telle qu'il ne pouvait pas douter de l'identité de celle qui allait le déranger lors qu'il ne voulait probablement voir personne à cet instant précis.


Entrez. Dit-il d'une voix éteinte
-Marquis. J'ai fait fermer les portes du château.

Il leva son œil rouge mais maintenant sec vers Arambour et hocha de la tête : Bien. Cela évitera à d'éventuels curieux de s'y présenter...
-Cela évitera surtout que cette nouvelle ne s'ébruite avant que nous ne puissions communiquer à ce sujet. Les rumeurs, il n'y a rien de pire.
Elle marqua une courte pause, sans une once d'empathie pour le marquis, et reprit : J'ai également pris la liberté de faire enfermer Guido.
- Pardon ? Pourquoi cela ? Dit-il en se rendant compte qu'il ne l'avait pas encore vu depuis le drame.

La responsable de la défense ne manqua pas d'hausser le sourcil à cette question et répondit tout simplement : Car c'est le seul que nous puissions accuser pour le décès de la Marquise.
Il hoche de la tête, cette fois d'incompréhension : Accuser ? Pourquoi voulez-vous accuser quelqu'un ?
-Seriez-vous devenu sourd en sus de votre cécité partielle ? N'avez-vous donc point écouté les mots du médecin ? Comment diable pensez-vous que votre épouse est passée de vie à trépas ?
- Le médecin n'a pas été très bavard sur les causes de la mort. Du moins avec moi... Que vous a-t-il dit ?

Le marquis baissa la tête pour se frotter les tempes avec la ferme impression d'être dans une autre dimension.

-Il s'agit d'un empoisonnement. Adoncques je vous laisserai deviner qui peut en être l'auteur. Je me permettrai néanmoins un indice, elle n'est plus ici.
Il releva soudainement la tête : Impossible ! C'est même grotesque. Pourquoi empoisonner Lucia ? Le médecin s'est forcément trompé dans ses constatations. Puis la fixant plus sévèrement : Et pourquoi accuser Astride ? Elle est partie depuis de nombreuses heures et s'entendait parfaitement bien avec Lucia !
-Ce n'est point moi qui l'accuse. Vous l'avez déduit seul.
- Parce que je ne suis pas totalement stupide contrairement à ce que vous semblez penser. Vous me parlez d'empoisonnement puis d'une femme qui n'est plus ici. D'ailleurs je ne suis pas d'humeur à jouer aux devinettes. Si vous accusez quelqu'un dites le sans détour et avec des preuves !
-Bien. Dans ce cas, la Dame d'Hendaye est seule coupable du décès de votre épouse, qui, je vous le rappelle, était en parfaite santé jusqu'à présent. Si la mort spontanée est une réalité, elle reste largement minoritaire dans les causes effectives de décès. Par ailleurs, comment ne point accuser la Dame d'Hendaye ? Vous savez tout aussi bien que moi qu'elle maîtrise parfaitement l'herboristerie. Dois-je vous rappeler que cet art n'est point uniquement fait pour sauver des vies & qu'il peut tout aussi bien les prendre ?

Il frappa du poing sur la table, ulcéré par cette idée, mais plus encore, par le fait qu'elle soit probablement la réalité : Et Guido ? Quel argument allez-vous utiliser pour le faire passer pour ce qu'il n'est pas ? Ajouta-t-il, comprenant cependant que la situation était délicate. Si meurtre il y avait bien eu, et qui plus est par Astride, bien que cette hypothèse lui paraissait fantaisiste, Guido n'allait pas manquer de l'accuser lui aussi...

Arambour ne put s'empêcher de sourire en coin en entendant la question qui lui était posée.
-Sous-estimeriez-vous celle que vous avez vous même nommé pour assurer la sécurité de l'île ? N'ai-je point dit que j'avais fait enfermer votre homme de main ? La fuite est une preuve irréfutable de culpabilité.

Il leva les mains, s'avouant vaincu, maintenant obsédé par l'idée d'un assassinat de Lucia, sans pour autant croire qu'Astride y était pour quelque chose.
- Puisque vous assurez la sécurité de l'île, j'ose espérer que vous aurez des preuves à m'apporter quant à la culpabilité d'Astride car je n'en vois aucune. Que des suppositions. Il serra les poings, nerveux, avant de poursuivre : perdre ma femme est déjà assez difficile. Que l'on vienne me dire après coup que cela pourrait être un assassinat l'est encore plus. Que l'on accuse Astride l'est également. J'espère que vous savez ce que vous faites et surtout, que vous ne laisserez aucune langue se répandre en rumeurs.
Elle se pencha légèrement en avant, et répondit sommairement, détachée comme à son habitude : Puisqu'il m'est demandé de réunir des preuves, permettez que je me retire. Pour ce qui est des langues, ne vous en faites guère, elles seront muettes. Ou coupées.
- Bien.

Il la laisse s'éloigner de quelques pas avant de l'interpeller : Puisque Guido n'est pas disponible, faites parvenir la nouvelle par une brève annonce. Ne parlez pas des circonstances, allez au plus court. Les explications viendront en temps voulu.

Elle hocha lentement la tête avant de quitter le bureau. Demander à Arambour de faire court, c'était comme demander à un cordonnier de faire des poulaines : une évidence. Après un dernier soupire, elle retrouva enfin la douce chaleur de son foyer. Il était grand temps d'apprendre à son fils ce que cela faisait de torturer et tuer un homme...

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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie I]

Message par Rodrigue de Liancy le Mer 7 Fév - 23:05

La porte venait à peine de se refermer sur Arambour que les nerfs de Rodrigue se crispèrent de nouveau. De nouveau aussi, il frappa du poing sur la bureau. Astride. Son esprit l’avait sciemment ignorée jusqu’ici. Parce qu’il ne pensait qu’à Lucia, parce que l’hypothèse d’un meurtre ne lui avait pas effleuré l’esprit. Sa femme était morte et peu importait la raison de cette mort car aucune ne pouvait lui paraître juste ou supportable. La Licors avait, elle, une vision plus lucide des choses, et le médecin l’avait bien compris car c’était à elle qu’il avait parlé d’empoisonnement. Pas à lui. Lui n’était maintenant que le veuf, le pauvre marquis dont la femme avait été lâchement assassinée, l’idiot qui n’avait pas su la protéger, celui qui se retrouvait avec un héritier en bas âge sur les bras avec le risque de le voir un jour suivre sa mère dans la tombe. On allait le plaindre. Déjà il avait vu les yeux compatissants et émus des domestiques. Arambour avait l’avantage d’être honnête, mais elle l’était trop. Le mot « empoisonnement » était un coup de poignard supplémentaire. L’associer à Astride était enfin une idée odieuse, une idée qui lui faisait horreur. Mais au fond de lui, une idée crédible.

Qu’il avait été soulagé quand Astride avait enfin pris la direction du port en début d’après-midi ! Les jours qui s’étaient écoulés entre le moment où il lui avait demandé quand elle partait et son départ effectif avaient été une torture pour lui. Son amour pour la blondinette n’avait cessé de croître, au point de devenir invivable. Il comptait les jours le séparant du départ de la Vellini, et redoutait chaque instant passé avec les deux femmes qu’il aimait. Un jour même, alors qu’il se trouvait seul avec Astride, le Liancy s’était senti perdu, sa fidélité mise à rude épreuve. L’espace d’un instant, il avait voulu prendre Astride dans ses bras, l’embrasser comme auparavant. Il avait compris qu’il la désirait, cette jeune femme qui était plus belle encore qu’à l’époque où il ne jurait que par elle. Lui qui avait déjà espacé les moments qu’il passait avec elle avait dû s’inventer une lourde charge de travail pour l’éviter encore, alors qu’il n’avait absolument rien à faire en cette période. Il prenait alors ce temps pour songer à Lucia pour ne plus penser à Astride. Mais quand il revenait auprès de sa femme, il était impossible d’éviter le sujet « Astride », tant la marquise l’adorait. Alors il jouait la comédie, cherchant à ne pas trahir ses pensées concernant Astride car elles n’étaient sûrement pas celles auxquelles Lucia aurait pu s’attendre. Durant des jours encore, il tenta alors tant bien que mal de ne pas céder aux appels de l’amour qui ne pouvaient être que couplés avec ceux de la trahison.
Son dernier tête à tête avec Astride la veille de son départ lui avait d’ailleurs prouvé qu’il était plus que temps que tout cela cesse. Il ne lui avait pas marqué plus d’affection que d’habitude, mais son œil vif n’avait pu s’empêcher de l’observer avec attention, détaillant ses cheveux blonds, sa démarche légère, son sourire jadis mutin qui semblait à présent plus sensuel ; cherchant à deviner ses courbes fines sous sa robe se demandant si ce corps qu’il avait connu par cœur avait lui aussi changé. Il s’était laissé aller à ses pensées, comme s’il profitait de ce dernier moment en se disant que, fort heureusement, le lendemain tout serait terminé.

Rodrigue était alors incapable d’approuver les accusations d’Arambour envers Astride. Oui c’était possible. Non il ne fallait pas que ce soit la vérité. Toutefois, les mots d’Arambour ne cessaient de tourner dans sa tête jusqu’à l’étourdissement. Le marquis se sentait dans un état second, au point qu’il mit un certain temps avant de comprendre qu’il avait finalement quitté son bureau. Longuement il erra dans les couloirs, retourna auprès du corps de Lucia que l’on continuait de préparer pour la veillée. Il se sentait inutile, on s’occupait à peine de sa présence. Il n’était plus là que pour recevoir des condoléances. Rodrigue tourna alors les talons, ayant cette impression que la nuit ne passait pas vite. Il ne voulait pas dormir, il ne voulait pas travailler. Il n’avait même plus envie de vivre. Déboussolé, il se souvint qu’il avait un fils, il lui prit alors l’idée de le voir avant de se raviser. Il devait dormir profondément, ou gardé par des domestiques en attendant que l’on trouve une nourrice. Lassé, il finit par s’établir dans une chambre vide pour tenter d’y trouver le sommeil.

En vain. Le soleil avait fini par illuminer la chambre sans que le marquis n’ait pu fermer l’œil auparavant. Lucia, Arambour, Astride, Nerio, tout s’était bousculé dans son esprit. Un nouveau jour se levait, mais Lucia était toujours morte. Sans conviction, toujours aussi démuni, il erra de nouveau jusqu’à ce qu’on lui indique que Lucia était prête pour la veillée et que son père ainsi que quelques notables étaient arrivés pour lui rendre hommage. Le marquis se força alors à faire un brin de toilette, à se changer, afin de paraître présentable. Il n’avait envie de voir personne, mais il n’avait pas le choix.
Tout lui fut pénible. Voir Lucia si belle, si paisible sur son lit de mort. Voir son père fondre en larmes et avoir à le réconforter alors qu’il était aussi dévasté que lui. Voir les notables immobiles, entourés des domestiques, tous profondément émus. Le Liancy se sentait mal. Toute cette foule lui donnait l’impression d’être privé de son deuil. C’était sa femme, mais elle était à tout le monde. Au bout de quelques temps, il retourna à son bureau. A peine était-il installé qu’on toqua à la porte pour lui apporter une missive. Une fois seul, il l’ouvrit pour se changer les idées, comme n’importe quelle lettre qu’on lui apportait chaque jour.  


A Rodrigue,

J'espère que Lucia n'a pas trop souffert. Je l'aimais bien finalement. C'est dommage qu'elle m'ait volé ce qui était à moi et que j'ai été obligée d'en arriver là pour le récupérer... C'est mal de voler n'est-ce pas ? Personne ne voulait me faire justice alors je l'ai faite moi même, comme à Hendaye. Au moins je sais que même s'il est mortel, le laurier rose a bon goût. Elle me l'aurait dit sinon, non ?

En tout cas maintenant tu peux revenir, il n'y a plus rien qui t'empêche et je pense que j'ai grandi comme tu le voulais. Tu sais que j'ai fait construire un cloître pour François à Hendaye ? Il m'aide souvent avec les illettrés du village. Ils ne comprennent jamais rien quand je leur fais des signes mais tu vois je ne m'énerve pas, je demande à François de traduire.

Ton fils te ressemble beaucoup, il est roux comme toi. Je suis sûre qu'il deviendra grand et beau lui aussi. Il est juste un peu plus vieux que ma nièce qui va naître bientôt, ils se marieront peut être qui sait ?

Je t'attendrai à Hendaye,

Astride.


Son cœur flancha. Il lui sembla aussi manquer d’air. Arambour avait vu juste et lui n’était qu’un sombre idiot. Un idiot qui par sa faiblesse n’avait pas su protéger sa femme. Un idiot qui se sentait irrésistiblement attiré par celle qui pendant ce temps préparait son crime avec soin. Un idiot désirant le diable incarné dans une jeune femme blonde et qui semblait perdre le sens des réalités. La lettre le prouvait. Entre gentillesses et cruauté teinté d’une profonde indifférence pour la vie. Rodrigue prit sa tête entre les mains. Qu’avait-elle fait ? Qu’avait-il fait ? Il se sentait coupable. La mort de Lucia était de sa faute. Il avait aimé Astride, l’avait conquise avant de comprendre qu’elle n’était pas faite pour les choses de l’amour. Puis il était parti, était tombé amoureux de Lucia, oubliant sa première conquête. Mais elle, elle ne l’avait pas oublié. Dans sa tête, il lui appartenait toujours, et lui même avait eu l’impression qu’Astride était toujours sienne. Cette idée seule était finalement une trahison, une tromperie. Pire, il avait eu la naïveté de croire qu’elle avait changé, et l’avait introduite à Giglio sans aucune méfiance. Guido, lui, avait compris.

Brusquement, Rodrigue ordonna à un domestique qui passait dans le couloir d’aller chercher la Licors. Elle arriva quelques minutes plus tard, impassible, comme toujours. Il fallait agir vite, aussi il entra dans le vif du sujet :

- Vous aviez raison. Pour Astride. Fit-il en agitant la lettre devant elle, blanc comme un linge, lui laissant la possibilité de la lire si elle le désirait.
Arambour récupéra la lettre du bout des doigts et la parcourut rapidement des yeux, sourire narquois au coin des lèvres.

- Adoncques, que suis-je censée faire à présent ?
- Débarrassez-vous de Guido. Impossible d'annoncer que la Dame d'Hendaye est l'auteur du crime. Et pas de procès, il parlerait et ce serait risqué. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser des rumeurs se propager.Rodrigue grimaça, haïssant chaque mot qu'il était en train de prononcer. Pour le bien de l'île, il faut sacrifier Guido. Tuez-le, faites disparaître le corps et faites une annonce disant que la marquise a été empoisonnée par Guido, qu'il a disparu et que nous le recherchons pour le juger.
La Licors déroula alors l'annonce toute prête.
- Signez en bas. A moins que vous ne préfériez effectivement l'empoisonnement. J'ai trouvé que l'étouffement était d'un meilleur effet pour un homme.
Elle n'avait définitivement aucune empathie.
Surpris, Rodrigue resta incrédule devant l'annonce, mais épuisé, il apposa sa signature sans un mot. Arambour avait les mains libres pour agir à sa guise.

- Vous pouvez disposer. Et merci, dit-il tête basse, en soupirant.
Arambour se pencha légèrement vers l'avant, signe qu'elle allait se retirer, puis ajouta tout de même quelques mots avant de disparaître :
Il est au fond de la Méditerranée depuis cette nuit.

Cette révélation fit vaciller Rodrigue, mais il ne répondit pas et la laissa sortir. Elle était sa femme de main, maintenant elle était son cerveau. Arambour savait la marche à suivre alors que lui n’était qu’une loque à présent rongé par le remords et la sensation de devenir fou. En lui naissait une haine profonde contre Astride. Une haine teinté d’un amour qui ne semblait pas vouloir le quitter. Mais elle avait tué. Elle avait tué par amour pour lui, mais elle avait tué l’être auquel il tenait le plus avec son fils. Elle avait tué le bonheur qu’il avait enfin réussi à avoir et qu’elle ne lui avait jamais donné. Jamais il ne trouverait plus la joie qu’il avait connue avec Lucia. Jamais plus il ne serait heureux. S’il devait se remarier, Astride trouverait un moyen de revenir briser cette union. En réalité, l’idée même de savoir Astride en vie quand Lucia allait bientôt rejoindre la terre le rendait malade.

Il était certain à présent d’être maudit. Par son amour pour Astride, par son attirance toujours existante pour elle, il avait contribué à la mort de Lucia.
Au bout de quelques heures, il quitta son bureau et gagna la grande salle où l’on rendait hommage à Lucia. La mine sombre, il ordonna à toutes les personnes présentes de quitter les lieux et de s’éloigner. Quiconque serait vu dans le couloir adjacent serait chassé du château sur le champ. Il voulait être seul avec sa défunte épouse, enfin seul pour se recueillir. Tous s’exécutèrent sans un mot et quand il se fut assuré d’être seul, Rodrigue s’agenouilla auprès de son épouse, prit sa main et la baisa tendrement. Sa peau était froide. Le cœur du marquis se serra.


- Je suis désolé Lucia. Tellement désolé. Tout est de ma faute. J’aurais dû être plus prévoyant. Je la croyais une amie, et elle était venue te tuer. Pour moi. Parce que je n’ai jamais su te dire qui elle était vraiment pour moi. Parce que… je n’ai jamais su comprendre qu’elle était dangereuse. Que le poison, elle ne fait pas que l’offrir. Il est sa raison d’être.

Rodrigue marqua une pause avant de fondre en larmes.

- Je t’aime tant, mais je ne te méritais pas. Je ne t’ai jamais méritée. Tu étais si belle, si fière, si douce. Tu étais un ange alors que l’on m’a destiné au diable. Je t’ai tuée parce que j’ai été négligent, je t’ai tuée parce que je t’ai aimée alors que je ne suis qu’un misérable qui ne te méritait pas. Pardonne-moi… pardonne-moi… Veille sur Nerio. Parce que j’ai peur pour lui. J’ai peur de ce qui peut lui arriver. Je suis si maudit que j’ai peur de le perdre comme je viens de te perdre. J’ai été un mauvais mari, je suis certain d’être un mauvais père. Veille sur lui. De là haut, veille sur lui. Moi je ne mérite rien que l’Enfer. Et j’irai. Je ne mérite pas d’être au Paradis à tes côtés, je ne suis pas quelqu’un de bien. Mais j’irai en Enfer. Pour toi. Parce que je te promets que je ne laisserai pas ta mort sans réponse. Je te le jure. Car c’est tout ce que je peux faire. Je suis désolé mon amour. Tellement désolé...

La voix étranglée, il s’effondra au sol. Il avait fait une erreur, et il la réparerait, mais Lucia ne reviendrait jamais. Et bientôt il ne pourrait plus voir son beau visage. Par sa faute.

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