La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie II]

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La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie II]

Message par Rodrigue de Liancy le Jeu 8 Fév - 21:30

Les semaines s’étaient écoulées avec lenteur depuis les obsèques de Lucia. Une cérémonie déchirante durant laquelle Rodrigue avait dû serrer les mâchoires tout du long pour apparaître digne face au drame. Cela avait été difficile en voyant l’église pleine à craquer, en voyant la peine sincère s’afficher sur des visages connus ou non. Le marquis avait suivi le cercueil de son épouse, lui même suivi par son fils dans les bras de celle qui était devenue sa nourrice, Cristina Stazzu. Puis on avait mis le cercueil en terre, actant pour de bon la fin de Lucia de Liancy, marquise de Giglio. Aussi simplement que cela.

Restait alors le vide et les remords. Sa peine, Rodrigue la gardait pour lui. Arambour s’en souciait comme d’une guigne et il avait dû sacrifier Guido pour ne pas provoquer une crise sur l’île. Il y avait bien Cristina qui se montrait douce avec lui comme avec son fils, semblant faire de son mieux pour atténuer les angoisses du père et rendre la vie de Nerio aussi normale que possible, mais il avait du mal à s’ouvrir à elle. Il ne la connaissait finalement que peu. Elle était veuve, son mari ayant disparu en mer peu de temps après la naissance de leur fils, Pietro. Rodrigue la soupçonnait d’avoir su surmonter sa perte parce qu’elle n’avait pas vraiment choisi son mari et que les seuls sentiments à son égard étaient finalement destinés à leur enfant. Le marquis lui, traînait un boulet, un lourd secret qui rendait le deuil encore plus lourd sur ses épaules.

Au bout de deux semaines, excédé, il avait demandé à ce que l’on retire tous les portraits sur lesquels on pouvait voir sa femme. Il n’y en avait pourtant pas beaucoup, mais trop pour le Liancy qui ne pouvait que se rappeler de sa culpabilité en posant l’œil dessus. Les tableaux décrochés, on les avait rangés dans une pièce, protégés, pour les offrir à Nerio en temps voulu. Rivola avait tout à fait compris la décision du marquis et se voyait déjà devoir plier bagage avec celle qui était devenue sa femme et leur petite bâtarde, Mila, faute de nouvelles commandes à venir, quand Rodrigue lui proposa une nouvelle sorte de travail : dessiner un tombeau. La tombe de Lucia n’était pas assez belle selon lui, ni à la hauteur de l’affection que lui portaient les Gigliesi. Une affection telle que le Liancy ne se rendait que très rarement sur la tombe de sa femme car il y avait toujours un ou deux habitants pour lui rendre hommage. Il n’en prenait pas ombrage, au contraire, il l’avait compris dès le soir de sa mort : elle était la fille de Giglio, l’enfant de cette île, celle que l’on avait aimé pour sa beauté et son élégance, elle n’appartenait pas à Rodrigue, mais à tous. Pour se faire pardonner alors, il avait décidé de lui ériger un tombeau magnifique, dernier cadeau d’un époux à sa femme.

Les semaines suivant la mort de Lucia avaient aussi été l’occasion de changements. Rodrigue ne pouvait plus dormir dans leur chambre à coucher. Il détestait cette pièce où se revoyait encore en train d’essayer de réveiller Lucia, en vain. Il s’était alors fait aménager une petite chambre auprès de celles occupées par Nerio, Cristina et Pietro. Le Liancy veillait ainsi personnellement sur son fils et surveillait sa nourrice comme le lait sur le feu, encore un peu méfiant envers elle.
Pour autant, il ne dormait pas bien. Ses rêves étaient en réalité des cauchemars. Au début il rêva souvent de Lucia. Tantôt vivante, tantôt morte. Puis sa femme avait laissé place à une Astride qu’il étranglait ou au contraire, qu’il aimait. Ses rêves le perturbaient, la lettre de la Vellini plus encore. Il avait dû la relire des centaines de fois. Sa haine s’en trouvait toujours plus forte, et pourtant, il restait encore de l’amour. Il ruminait sa vengeance, il rêvait d’écraser son joli minois, de lui briser la nuque tout en regrettant d’avoir de telles pensées car elle n’était que sa créature.

Tout le monde croyait que le temps allait permettre à la plaie de cicatriser. Que le marquis et son air sombre allaient peu à peu se relever. Il n’en fut rien. Les semaines s’écoulaient lentement, sans Lucia pour égayer ses journées, sans Astride sous la main pour passer sa rage, sans quiconque à qui parler. Dans la souffrance certains se tournaient vers Dieu. Rodrigue, lui, lui avait complètement tourné le dos. Il ne croyait plus en rien. Il se rendait toujours aux messes, mais seulement pour faire de la figuration, pour que son peuple ne le croit pas mort lui aussi. Il maudissait le Très-Haut d’avoir mis Astride sur son chemin, de l’avoir fait tomber sous le charme de cette beauté blonde. Il le maudissait de lui avoir pris Lucia quand il avait enfin trouvé le bonheur. Dieu était une escroquerie, et Rodrigue était bien décidé à agir sans se soucier de ce que l’on pourrait en penser au-dessus de sa tête.
Toutefois, il fallait bien vivre. Officiellement il était encore marquis de Giglio, mais force était de constater qu’il ne gouvernait rien. Arambour était la tête pensante, celle qui faisait tout. Rodrigue ne faisait plus que signer des actes et se montrer désagréable lorsqu’il paraissait aux réunions. Les notables lui pardonnaient son attitude, la mettant sur le compte du deuil difficile à faire après l’assassinat de sa femme par son bras-droit. Ils lui pardonnaient aussi parce qu’ils savaient la Licors dure en affaire et qu’à présent ils pesaient tous leurs mots et leurs actes.

Il y avait la souffrance certes. Le vide et une certaine solitude également. Néanmoins Rodrigue occupait son esprit à tout autre chose qu’aux affaires de l’île. Sa tête était tournée vers Hendaye. Astride l’y attendait et il avait bien l’intention de répondre à son invitation. Il voulait se venger, mais comment ? Au début, Rodrigue avait tout simplement envisagé de la faire souffrir, mais au fond, il l’avait déjà fait et c’était la raison pour laquelle Lucia reposait sous terre. La mort devint alors rapidement la meilleure des solutions. Par son amour pour elle, il l’avait façonnée de façon monstrueuse. Elle ne comprenait rien aux relations humaines et restait obnubilée par lui. Le borgne reconnut qu’il en était de même pour lui. Il lui avait suffit de la voir pour retomber amoureux et malgré l’acte d’Astride, malgré la haine qui grandissait jour après jour, il restait un fond d’amour pour elle. Il ne pouvait pas le supporter. Le Liancy avait donné naissance à une meurtrière ? Il abattrait la meurtrière.

Le marquis préparait donc son voyage. Il prévoyait d’être à Hendaye en mai ou en juin. Cela lui laissait le temps de régler quelques menus détails. A commencer par son testament. Rodrigue ne savait pas exactement comment il allait éliminer Astride ce qui allait le forcer à improviser selon la situation. L’improvisation comportait forcément plus de hasard qu’un plan fermement établi et il n’était pas à exclure que les choses lui échappent. Il pouvait également laisser sa peau sur le chemin aller comme sur le chemin retour. Préparer sa succession et mettre ses affaires en ordre avant de partir était donc une obligation. Une obligation mais aussi une formalité. S’il mourait, Nerio devenait le marquis de Giglio. En cas de minorité, les clés de l’île étaient confiées à Arambour Licors. Les intérêts personnels de l’enfant étaient eux confiés à trois personnes : à Arambour, au grand-père de l’enfant et à sa nourrice, Cristina Stazzu, afin de plaire aux notables qui n’auraient sûrement pas apprécié de voir une française avec les pleins pouvoirs. Quant au reste, il ne s’agissait que de dons ou d’indications diverses sur ses derniers souhaits.
Il lui restait à trouver une raison de s’éclipser durant des semaines. Là encore, ce fut une formalité. La retraite sur le continent, en France était une parfaite raison. Le marquis se sentait malheureux, n’était plus en mesure de gérer ses affaires et avait besoin de prendre l’air. Moralité, il avait besoin de se recentrer, de faire un retour vers Dieu tandis qu’Arambour endosserait officiellement les habits de régente. Pas de discussion possible.

Mi-mai, Rodrigue quittait l’île, seul. Il n’avait pas voulu d’escorte en justifiant qu’il partait comme un pèlerin et qu’il s’en remettait à Dieu pour le bon déroulé de son voyage. Dans ses bagages il n’avait pas oublié de prendre la bague de fiançailles offerte par Astride quelques années auparavant. Il ne l’avait jamais jetée, seulement remisée au fond d’une commode avant de l’oublier, jusqu’à la mort de Lucia.
Son trajet était alambiqué, mais il lui fallait brouiller les pistes. Il accosta en Italie, s’acheta une monture, passa en France, parcourut de nombreuses lieues dans le sud avant de franchir les Pyrénées dans le seul but de contourner Biriatou et son infâme cousin.

Un peu avant la mi-juin, le marquis voyageur arrivait à Irun, non loin d’Hendaye. Là-bas, il prit une chambre dans une auberge et vendit sa monture. Il poursuivrait son chemin à pied pour plus de discrétion. Touchant à son but, Rodrigue prit le temps de prévenir de son arrivée dans une brève missive qu’il fit partir vers Hendaye.



Dans deux jours, après la tombée de la nuit, je serai là.
Personne ne doit avoir vent de ma présence ou même la suspecter.

R.

A la lecture de ce mot, nul n’aurait su dire si c’était là l’annonce de l’arrivée d’un amant ou d’une menace. Rodrigue, lui-même, n’en avait pas la moindre idée.
Toujours est-il qu’il se prépara pour sa dernière étape. Dans sa chambrette il s’installa tranquillement et se mit à raser sa barbe. Il savait qu’Astride le préférait sans et elle ne pouvait voir en ce changement que le signe d’une bonne volonté et la preuve qu’il ne venait pas en ennemi.
Sa toilette achevée, il sortit faire un tour dans les ruelles d’Irun, profitant de ses dernières heures de solitude et de liberté. Bientôt, sa vengeance serait consommée.

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Message par Astride Vellini le Dim 18 Fév - 22:26

Si la minie blonde avait eu quelques scrupules en voyant le visage souriant de Lucia alors que son bateau quittait le port, ils laissèrent rapidement place à sa désobligeante indifférence. Après tout, elle ne s'était pas rendu à Giglio afin de se faire des amis, mais bien pour reprendre ce qu'on avait osé lui voler. Un étrange sourire satisfait avait donc prit place sur les lèvres de la Vellini et ce pendant toute la traversée, tandis que son esprit réfléchissait déjà aux mots qu'elle allait coucher sur le vélin une fois revenue sur la terre ferme. Elle aurait pu gagner quelques heures en le rédigeant pendant le voyage, mais elle avait peur qu'une vague ne fasse glisser sa plume et l'oblige à tout réécrire. Le courrier devait être parfait en tous points, il n'était donc pas question qu'une tâche d'encre tombe à un endroit inopiné ou qu'une lettre soit plus grande que les autres. Ainsi donc, dès que son pied eut foulé le sol du continent italien, elle se dirigea vers la première auberge qu'elle vit, et surtout qu'elle connaissait pour y avoir déjà passé quelques nuits. Quelques brouillons trouvèrent l'âtre de la cheminée avant que la lettre parfaite ne soit rédigée et confiée -accompagnée de quelques écus et d'un sourire radieux auquel il était difficile de résister- au capitaine qui l'avait conduite jusqu'ici. Guillerette, elle sautilla dans les ruelles de la ville portuaire jusqu'à la tombée de la nuit. Rien ne la contraignait à reprendre la route pour Hendaye dans l'immédiat. Rodrigue n'y serait pas avant elle de toute façon.

Les jours de voyage passèrent sans que l'étrange sourire ne quittât le visage d'Astride. Ce sourire n'avait rien de semblable à celui qu'elle arborait avant d'avoir éliminé ce qu'elle considérait comme un simple obstacle. Il n'était plus teinté d'innocence et de juvénilité, il semblait faux et malsain. Si la gamine avait bien grandi, il était évident qu'elle ne l'avait pas fait de la meilleure des façons et que plus rien ne serait facile pour elle à partir de maintenant. Au fond, elle savait qu'elle avait fait une erreur en supprimant Lucia. Trop fière pour se lamenter d'avoir fauté, car personne au monde ne pouvait pardonner un tel acte, elle préférait continuer à se mentir à elle même en faisant montre d'une assurance hors du commun. Il était trop tard pour reculer, elle devait aller jusqu'au bout, quelques soient les conséquences. Ce fut donc une toute nouvelle Astride qui reparu enfin à Hendaye dans le courant du mois d'avril. Ses yeux ne se mirent pas à briller en apercevant les premières fleurs du printemps. Elle avait même envie de les piétiner, de faire brûler toutes ces belles fleurs qui l'avaient poussée à l'assassinat. Elle n'en fit pourtant rien, n'ayant pas envie de s'attirer les suspicions de ses gens et encore moins celles de sa soeur qui, d'après les informations obtenues par un François toujours aussi gras et gai, avait donné naissance à une énième fille. Elle ne s'était donc pas trompée en l'écrivant dans sa lettre pour Rodrigue...

Les jours s'écoulèrent lentement sans que personne ne revit la blondinette franchir le seuil du laboratoire dans lequel elle passait pourtant le plus clair de son temps auparavant. Elle écoutait les doléances avec un certain détachement et se contentait de passer dans les ruelles d'Hendaye en faisant des signes de main et des sourires forcés à qui voulait bien les voir. Ce port trop longtemps laissé à l'abandon par celle qui devait en assurer la gestion était devenu comme une priorité, comme s'il était devenu nécessaire pour elle de faire prospérer l'économie du village, lors qu'avant seule la bonne santé de ses habitants l'importait. Chaque jour elle faisait guetter le coursier et le pigeonnier à son domestique, dans l'espoir de recevoir une réponse, quelle qu'elle soit. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle attendait encore, ne sachant plus vraiment elle même si elle avait envie de le revoir ou non après ce qu'elle avait fait.

Puis arriva enfin le moment où Andore débarqua dans son bureau, agitant une lettre avec un grand sourire, persuadé que si elle était si attendue depuis le retour de la Vellini, c'est qu'elle devait contenir une très bonne nouvelle. Non sans forcer son propre sourire, elle remercia celui qui avait ardemment veillé pour obtenir ce précieux document avant de lui faire signe qu'il pouvait s'en aller. Loin de préférence, car elle ne savait pas encore ce que cette lettre contenait et ne savait donc pas encore comment elle allait y réagir. Et puis finalement, à la lecture des quelques lignes, celle qui s'imaginait euphorique il y a de cela quelques mois fut tout bonnement inexpressive car rien ne laissait présager un retour en bon termes. Evidemment, rien non plus ne laissait penser qu'il venait dans le seul but de se venger. C'est pourquoi elle ne pouvait tout simplement pas réagir à ces quelques mots, tout aussi dénués d'émotion qu'elle même en cet instant. Alors elle pencha lentement la tête et s'exécuta, en congédiant séant le seul domestique de la maison, prétextant que pour le remercier d'avoir si vaillamment veillé sur son courrier, elle lui offrait quelques jours de repos bien mérités, qu'elle continuerait de subvenir à ses besoins durant cette période et qu'elle lui ferait parvenir un message dès qu'il devrait revenir.

Ne lui restait plus qu'à attendre deux jours. A la fois interminables et trop courts. A la fois heureux et terrifiants. A la fois pleins d'amour et pleins de haine...

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Re: La trahison mérite la pire des punitions ! [Partie II]

Message par Rodrigue de Liancy le Mer 21 Fév - 22:04

Irun constituait pour Rodrigue le dernier rempart avant Hendaye et un destin embrumé. Le rouquin s’était surpris à aimer déambuler dans cette ville, comme si elle avait été une mère qui l’aurait serré dans ses bras pour le retenir d’aller faire une bêtise. De retour dans sa chambre il avait cherché le sommeil, en vain. Il lui restait à la fois peu et énormément de temps avant de revoir Astride. Le lendemain allait être une journée de repos, le surlendemain, il ne partirait qu’en fin d’après-midi. Cela lui faisait du temps pour envisager plusieurs hypothèses concernant ses retrouvailles avec la Vellini.

En réalité, ces heures furent surtout l’occasion pour lui d’être assailli par le doute. Il avait quitté Giglio avec la ferme intention d’en finir définitivement avec Astride. Pourtant, si près du but, il se demandait si cela avait la moindre utilité. Lucia ne reviendrait pas. Quant à Nerio, il ne semblait pas en danger d’après la lettre d’Astride. La question de l’équilibre mental de la belle blonde entrait aussi en jeu. S’il avait brûlé la lettre dans laquelle elle confirmait sa culpabilité, il se rappelait de chaque mot qui la composaient. Ils l’avaient hanté durant des semaines, et plus il se les remémorait, plus il pensait qu’elle avait perdu la raison. Pouvait-il interrompre la vie d’un être qui ne semblait plus savoir ce qu’il faisait ? En avait-il le droit ?
Malheureusement, cette folie, c’était lui qui l’avait causée. Et qui savait ce qu’elle allait pouvoir faire à l’avenir ? Là était le danger. Pour l’avenir donc, pour Lucia, pour Nerio, pour le principe, une chose était certaine, il regagnerait Giglio après avoir accompli ce pourquoi il était parti.

A moins de mourir avant. La possibilité n’était pas à exclure avec une Astride qui ne semblait plus dotée de toute sa tête. Mais lui-même n’était plus certain d’être tout à fait sain d’esprit. Ses sentiments restaient contradictoires. Dans ses pensées, dans ses rêves, il la haïssait et l’aimait. Et s’il ne pouvait s’empêcher de penser que toute cette histoire ne résultait que de l’amour qu’il ressentait pour elle, parfois il se demandait si Astride n’était tout simplement pas une sorcière. C’était une théorie qui pouvait se tenir, elle l’avait charmé, avait longuement refusé ses avances avant de céder et de le piéger à tout jamais dans ses filets. Quand il avait voulu reprendre sa liberté, elle était venue la lui reprendre de force. Elle connaissait les plantes, leur utilité, comment en faire des poisons, pourquoi pas des philtres ? Au fond, n'était-ce pas ce côté un peu sorcière qui l’avait charmé, sa passion pour la nature, pour les plantes, elle qui semblait être une fleur parmi tant d’autres ?

A présent, il ne savait plus quoi penser. Aussi quand Rodrigue prit le départ, sa seule certitude était qu’il devait mener sa vengeance à bien. Peu importait le moyen, peu importait le temps qu’il mettrait pour cela, peu importait ce qu’il allait devoir faire pour y parvenir, mais il le ferait.
Le Liancy ne marchait pourtant pas bien vite. Dissimulé derrière sa capuche, il allait évidemment paraître suspect à quiconque le croiserait, ce qui le forçait à poser le pied le plus tard possible en Gascogne. S’il arrivait à Hendaye au moment où tous les paysans rentraient chez eux, il ne lui resterait plus qu’à faire demi-tour et repousser son arrivée.

En bon voyageur, il avait bien calculé son coup. Le soleil venait de se coucher quand il posa le pied en Gascogne. Aussitôt ressurgirent les souvenirs de sa première rencontre avec Astride, ici, en Gascogne. Quand Rozenn lui avait demandé de veiller sur sa sœur, cette blondinette muette que personne ne comprenait. Lui avait pris le temps. Bien mal lui en avait pris en fin de compte. Qui aurait cru que bien des années plus tard il reviendrait en Gascogne pour se venger et prendre une vie qui, jadis, lui paraissait si innocente.

Il faisait nuit lorsqu’il arriva auprès de la maison de la Dame d’Hendaye. Personne à l’horizon, tout semblait calme. Rodrigue s’approcha de la porte, retira sa capuche et, de nouveau, hésita. Comment se comporter ? Comment allait-elle réagir en le voyant devant sa porte, imberbe, comme un fiancé qui revient auprès de sa dulcinée après une longue absence ? Elle allait se méfier, sûrement, tout comme lui. Allait-elle être hostile ? Lui savait qu’il ne devait pas l’être, ou en tout cas, ne pas le montrer.

Après deux trois minutes de réflexion et d’hésitation, le marquis laissa son poing s’abattre sur la porte et frappa plusieurs coups. Après cette longue méditation, Rodrigue avait convenu que la seule attitude qui s’imposait était la prudence, car il s’apprêtait à se jeter dans la toile d’une araignée aussi désaxée que lui…

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