... Jusqu'à ce que la mort nous sépare !

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... Jusqu'à ce que la mort nous sépare !

Message par Astride Vellini le Mar 23 Aoû - 22:09

La minie blonde était au courant du mariage de Rodrigue depuis la fin du mois d'août, et pourtant sa soeur avait cru bon de le lui rappeler aux alentours du mois d'octobre. Elle avait la sinistre impression que toute sa famille cherchait à vérifier qu'elle s'était bel et bien assagie depuis qu'elle était devenue Dame d'Hendaye. Or tous ces comportements ne faisaient que l'énerver encore un peu plus. La seule véritable chose qu'elle avait apprise depuis qu'elle devait gérer des terres et d'autres personnes en plus d'elle même, c'était qu'elle ne devait pas s'énerver en présence d'autrui et se contenir jusqu'à s'enfermer dans l'antre de la bête. Si cette technique avait porté ses fruits plus d'une fois puisqu'aucune destruction n'était à déplorer à Hendaye depuis qu'elle en était responsable, elle avait le désagréable désavantage de faire exploser l'échelle de cotation de la colère astridienne. D'habitude, tout sortait aussitôt, elle n'avait donc pas le temps de ruminer, de songer à des scénarios encore pires, bref, elle n'avait pas tendance à dramatiser la situation. Maintenant, pendant la phase où elle devait contenir ses maux en attendant d'aller tout casser dans la salle créée exprès pour ça, elle avait largement le temps de se monter le bourrichon pour empirer le problème. Ainsi, d'une simple preuve du total désintérêt que Rodrigue avait désormais pour elle, elle en était arrivé au fait qu'il ne vivait plus que pour la faire souffrir et qu'elle devait le lui faire payer d'une manière ou d'une autre.

Le mois de décembre approchant, elle devait trouver une explication pour sa future désertion de longue durée. En effet, elle ne pouvait pas tout bonnement fuir ses responsabilités sous prétexte qu'elle avait un roux sur le feu à l'autre bout du monde -du monde selon Astride cela s'entend-. Si elle avait d'abord songé dire la vérité à Rozenn sur sa destination, elle s'était rapidement résignée, sachant que la brune refuserait de la laisser partir pour aller assister à un mariage où elle n'était même pas invitée. D'autant que, sa soeur non plus n'était pas invitée alors qu'elle fut la suzeraine du futur marié. Elle risquait donc de l'avoir mauvaise si la blonde lui disait qu'elle partait s'incruster sans invitation. Ne lui restait plus qu'à trouver un alibi suffisamment consistant et logique pour n’éveiller aucun soupçon. La haine toujours bien présente dans un coin de son esprit, elle avait du mal à aligner les idées positives, si bien que la seule chose qui pu franchir le seuil de sa créativité fut bien évidemment une balade à la recherche de nouvelles plantes. Une fois l'idée correctement germée, elle avait écrit à sa soeur-suzeraine afin de la prévenir qu'elle partait pour tout le mois de décembre et qu'elle serait probablement de retour pour passer le début de la nouvelle année avec elle. Parce qu'Astride était dégoûtée certes, mais Astride n'était pas non plus complètement sans coeur, et elle savait que Korantin n'aurait probablement pas le temps de descendre en Pays Basque pour le début d'année et elle ne pouvait clairement pas laisser sa soeur seule pour commencer 1465 ! Anaïs serait là, mais vu l'humour qu'ils se payaient tous les deux avec Yvain, elle ne serait pas de trop pour mettre un peu d'ambiance avec François. Il faudra d'ailleurs qu'elle se prépare à répondre aux éventuelles questions sur son voyage scientifique. Elle devait rentrer avec au moins une ou deux nouvelles plantes, sinon ça risquait de paraître louche.

Puis le mois de décembre arriva enfin. Tout était prêt dans les moindres détails pour quitter discrètement Hendaye. Elle s'était fait confectionner une robe à la mode italienne afin de se fondre plus facilement dans le décor de Giglio. Son style vestimentaire avait déjà un peu évolué depuis qu'elle était devenue Dame. Elle faisait plus attention aux mélanges de couleur, aux tâches, etc., mais le style italien était vraiment immonde. Ils n'avaient aucun scrupule à mélanger des couleurs qui n'avaient aucun rapport et elles devaient assurément toutes finir bossues vu le poids de perles et de petits machins brillants brodés dans tous les coins. Elle avait du faire refaire sa robe plusieurs fois avant d'accepter de la porter. Elle voulait bien ressembler à une italienne jusqu'au bout des ongles, mais il ne fallait quand même pas abuser ! Afin de ressembler à l'italienne parfaite -avec du bon goût cela va sans dire- elle avait également trouvé le moyen de se teindre les cheveux en noir. Noir corbeau. Noir abyssal. Sinistrement et mortellement noir. Il n'y avait plus qu'à faire la route vers Giglio incognito en se faisant passer pour un pèlerin en voyage vers Rome. Oui, la robe immonde qu'elle avait accepté de porter, ne serait portée qu'au mariage. Le reste du temps, elle se ferait discrète en portant des robes on ne peut plus simples inspirées des bourgeoises d'Hendaye.

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Message par Rodrigue de Liancy le Mer 24 Aoû - 17:36

- Le pourpoint rouge pour la cérémonie, le bleu pour le banquet.
- Vous en êtes certain ? Vous n'allez pas encore changer d'avis ?
- Plus maintenant.

A trois jours du mariage événement de Giglio, le couturier en charge de la tenue du marquis pouvait enfin souffler. Rodrigue avait longuement hésité, changé d'avis, demandé de nombreuses modifications, mais enfin, il savait qu'il serait convenablement vêtu pour ses noces. A la cérémonie, on le verrait dans un pourpoint rouge foncé aux broderies dorées tandis que son manteau et sa couronne de marquis iraient orner ses épaules et le sommet de son crâne. Pour le banquet et le bal, en revanche, il fallait être beau sans être surchargé. Après maintes hésitations entre du vert et du bleu nuit, le roux s'était décidé pour la dernière option tout en exigeant, cette fois, une limitation des broderies sur les manches. Oui, le marquis de Giglio chipotait sur le moindre détail et avait pris cette habitude depuis le début des préparatifs de son mariage avec Lucia. Le jeune homme voulait une cérémonie parfaite car il en allait du début de sa vie commune avec sa future épouse, mais aussi de l'image de l'île. Depuis l'annonce du mariage, Rodrigue savait que l'île ne parlait que de cela et avait bien compris que cet engouement pouvait lui être utile. Lui qui détestait être le centre des discussions concernant sa vie privée savait que l'île n'avait pas vécu un tel événement depuis plusieurs décennies. Il avait donc décidé de jouer le jeu jusqu'au bout, en élargissant le champ des festivités jusque dans les quartiers les plus modestes de l'île.

C'était en fait un savant calcul. Plus que la liesse populaire, Rodrigue comptait sur les retombées économiques de ce mariage. Car pour en mettre plein la vue de sa future épouse, de ses gens et des nobles du continent, il avait dû allégrement piocher dans les caisses de Giglio. Le Liancy avait aussi dépensé sur ses fonds propres et avait bénéficié du financement de quelques marchands de l'île qui voyaient là un moyen de se faire une publicité inespérée. La situation financière de l'île était bien loin d'être critique après une embellie fantastique après son arrivée au pouvoir, mais il ne fallait pas non plus exagérer au point de friser la faillite. Ainsi le marquis avait multiplié les astuces. Pour financer les travaux au sein du château pour accueillir Lucia dans les meilleures conditions, il avait fait revendre une bonne partie du vieux mobilier sur le continent. Commodes, armoires, tapisseries… tout ce qui n'était plus du goût de Rodrigue s'était retrouvé dans les cales d'un bateau et sur les marchés. Le zèle et la roublardise des marchands de Giglio avait fait le reste. Et c'est d'eux que Rodrigue s'inspira pour la confection de sa tenue de marié. Guido avait eu le bon goût de lui dégoter un couturier particulièrement talentueux mais encore trop peu connu pour être hors de prix. Le pauvre couturier s'était donc plié à toutes les exigences du marquis sans trop broncher, visant au bout du compte la reconnaissance que son orgueil recherchait depuis tant d'années plus que les écus sonnants et trébuchants. Les finances du marquisat en riaient encore.

Ses vêtements prêts, Rodrigue quitta la pièce et regagna son bureau. Sollicité de toute part, il lui arrivait de prendre quelques minutes pour lui, bien loin du tumulte qui s'était amplifié depuis la fin août. Juste après l'annonce de son mariage prochain, Rodrigue avait trouvé que le temps ne passait pas vite. Lucia était retournée chez son père, si bien qu'il ne la voyait plus autant qu'avant. Parfois elle venait lui rendre visite et ils allaient se balader, comme avant. A défaut de pouvoir se voir aussi souvent qu'ils le souhaitaient, ils s'écrivaient de brefs mots. Ils se voyaient également lorsqu'ils préparaient les noces, mais Fabrizio Casari veillait sa fille de près. Et ainsi s'écoula la vie de Rodrigue entre la fin du mois d'août et le premier jour de décembre. Amoureux, insouciant, et acharné de travail quand il ne cherchait pas à superviser les préparatifs du mariage. Paradoxalement, ce fut en entrant de plain-pied dans le mois de décembre qu'il se rendit compte que tout devenait concret et que finalement le temps passait très vite. Il ne lui restait plus que quinze jours. Quinze petits jours durant lesquels il pouvait décider de tout arrêter. Quinze petits jours pendant lesquels il pouvait avoir encore des regrets, changer d'avis et se dire qu'il faisait une erreur. Il était tombé si facilement amoureux, il l'avait demandée en mariage si rapidement… mais Rodrigue était également lucide, s'il devait épouser quelqu'un de Giglio, seule Lucia pouvait être sa femme. Et avec le recul, il comprit qu'il s'était tellement investi dans les préparatifs et dans les travaux dans le château, qu'il n'y avait aucun doute à avoir sur les sentiments qu'il éprouvait pour la Casari. Rassuré, il avait cessé de se poser des questions et s'était jeté à corps perdu dans toutes ses occupations, s'octroyant seulement de brèves pauses, car de toute façon on venait toujours le déranger. Maintenant il ne restait que trois jours, et il n'y avait pas d'homme plus serein sur terre.


*


Le jour tant attendu était arrivé tandis que la sérénité de Rodrigue avait fichu le camp. Le barbier eut d'ailleurs quelques frayeurs quand son rasoir manqua de couper la gorge du marquis un peu trop agité. Le Liancy ne s'inquiétait pas de ses sentiments, il s'inquiétait plutôt de ceux de Lucia. Et si elle changeait d'avis ? Elle avait la tête froide mais peut-être était-ce simplement une façade. Plus que la douleur si une telle situation devait survenir, c'était la peur d'avoir dépensé tant d'argent pour rien qui l'inquiétait. Quand un paysan était planté devant l'autel, c'était triste mais pas insurmontable. Mais quand cela survenait à un marquis, c'était l'humiliation et la ruine assurée. Pour se rassurer, il repensa au sourire magnifique de sa fiancée, à ses yeux intenses et à cette attitude hautaine qu'elle avait parfois. Si elle avait pu le voir ainsi, elle se serait assurément moquée de lui. Son inquiétude se reportait alors sur la sécurité. Arambour avait-elle fait le nécessaire ? Était-elle prête à intervenir avec ses quelques hommes en cas d'attaque ? Guido hocha  fermement de la tête. Tout était prêt. Et l'église ? Guido avait-il vu l'église ? La belle mais modeste église de Giglio Castello qui devait se parer d’atours si somptueux qu'elle n'aurait presque rien à envier aux cathédrales du continent. Guido hocha de nouveau la tête et conseilla plutôt à son maître de s'habiller pour justement se rendre à l'église. Le temps pressait.

Rodrigue enfila alors son pourpoint qui avait donné tant de mal au couturier, vérifia une dernière fois que sa tenue lui allait parfaitement, puis passa sur ses épaules le lourd manteau d'hermine que lui tendait un domestique. Puis vint la couronne. Et à ce moment précis, Rodrigue s'inquiéta de savoir si la couronne et le manteau de Lucia étaient bien arrivés à l'église. On lui répondit que oui et on ajouta également, avant qu'il ne posât la question, que les dernières finitions des travaux dans la suite qu'ils occuperaient lui et son épouse étaient terminées, que les tapisseries étaient toutes installées, que celle brodée aux initiales du couple étaient merveilleuse, que les cuisinières étaient toutes présentes pour préparer le banquet, que les troubadours étaient en forme et qu'il n'avait plus aucune raison de s'inquiéter. Constatant qu'il s'inquiétait tant qu'on finissait par le prendre pour un idiot, Rodrigue ajusta la couronne sur son crâne et déclara avec autodérision qu'il était grand temps de rejoindre l'église avant qu'elle ne se vidât de tous ceux qui devaient s'y trouver.

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Message par Astride Vellini le Lun 29 Aoû - 14:15

Elle n'eut aucun mal à jouer la pauvre hère en attente d'un miracle. En effet, le miracle soit disant tant attendu était particulièrement clair pour celles et ceux qui croisaient sa route : une voix. Si parfois elle se disait que ce serait peut être bien d'en avoir effectivement une, elle finissait toujours par se convaincre qu'elle n'en aurait jamais vraiment une grande utilité maintenant qu'elle était habituée à communiquer par tout un tas d'autres stratagèmes. Néanmoins, c'était assez amusant de faire croire à tous ces gens qu'elle espérait ardemment trouver un jour l'usage de la parole. Certains lui souhaitaient bonne chance, d'autres lui promettaient qu'ils iraient prier le Très Haut pour que son vœu se réalise, d'autres encore se contentaient d'une grimace comme s'ils essayaient de s'imaginer eux mêmes sans l'usage de la parole. En tout cas, grâce à cela, elle n'avait eu aucun mal à rejoindre l'Italie et la côte. Une fois arrivée là bas, elle avait du apporter quelques modifications substantielles à son mensonge afin de se retrouver à Giglio et non à Rome. C'est ainsi qu'en plus d'espérer communiquer normalement, elle se créa une irrésistible envie de retrouver une soeur perdue de vue depuis des années et des années avant de rejoindre Rome. Elle n'avait plus qu'à rester vague sur les raisons de leur séparation, comme s'il s'agissait d'un souvenir douloureux qu'elle préférerait oublier. De cette manière, personne n'oserait lui poser plus de questions sur le sujet et tout le monde se ferait une joie de simplement lui indiquer la route vers Giglio en lui souhaitant bon courage.

Sur le bateau la menant à l'île, la blonde devenue brune fut accostée par un homme qui avait apparemment eu vent de son histoire de soeur perdue et de miracle désespérément attendu.  Plus que ravie d'avoir eu l'idée d'apprendre l'italien lors de ses séjours à Monteroni, elle n'eut aucun mal à suivre la conversation que semblait vouloir lancer cet inconnu décidément trop curieux. Parce qu'en plus de lui raconter ce qu'elle savait déjà puisqu'elle avait créé ces histoires de toutes pièces, lui tenait absolument à connaître le nom de la soeur, lui promettant qu'il l'aiderait à la retrouver parce qu'il connaissait tout le monde sur l'île. Elle roula des yeux l'espace d'une demie seconde, n'ayant pas vraiment pensé à ce genre de détail désagréable. Dans son souvenir, toutes les femmes italiennes avaient un nom immonde se termina par A. Ne lui restait donc plus qu'à proposer un nom suffisamment courant en espérant que plusieurs filles de l'île porteront ce nom. Quoi que si elle faisait cela, il lui demanderait surement le nom de famille afin de retrouver la fausse soeur plus rapidement. Et là, au lieu d'avoir un seul facteur d'incertitude, elle en aurait deux, ce qui multiplierait les chances que son mensonge soit finalement démasqué. C'est alors qu'elle se souvint miraculeusement qu'on lui avait dit qu'Arambour, celle qu'elle avait recousue après son duel avec Rodrigue, avait été embauchée par ce dernier afin d'assurer la sécurité de l'île. Elle allait dire que sa fameuse soeur était la Licors lorsqu'elle se souvint de leur impressionnante différence d'âge. La Vellini avait plus de chances d'être crédible en disant qu'elle était la fille de la balafrée plutôt que sa soeur... Ses méninges turbinèrent donc à toute vitesse, essayant de se souvenir du nom de la fille d'Arambour. Hélène. Elle finit donc par accorder un sourire timide à son interlocuteur avant de sortir son ardoise pour y écrire le nom d'Hélène. L'homme la regarda alors avec un air stupéfait, s'exclamant qu'il ne connaissait personne portant ce nom sur l'île ! Embêté de ne pas pouvoir l'aider, il se senti obligé de demander plus de détails afin de tenir parole. Astride se retrouva donc à s'enfoncer encore un peu plus dans un mensonge qui commençait à devenir à la limite de l'ingérable. En l'espace d'une heure, elle était devenue la fille d'Arambour Licors, née d'un premier mariage avec un soldat mort à la guerre, et abandonnée peu de temps après la naissance d'Hélène car son nouveau mari préférait nettement concentrer ses efforts sur sa véritable fille. Elle n'avait plus qu'à trouver Arambour avant ce sinistre individu sinon elle serait dans de beaux draps. Parce qu'en plus de cela, elle n'avait bien évidemment pas décliné sa véritable identité et avait donné un faux nom lorsque l'inconnu -nommé Claudio Francizo- le lui demanda. Elle s'appelait donc Asceline Vetinel maintenant...

Une fois le pied à terre, elle salua Claudio d'un aimable sourire, bien qu'intérieurement elle n'avait qu'une seule envie : le tuer. Elle se hâta de partir en quête de quelqu'un qui saurait lui dire où elle pourrait trouver la Licors. Au bout de quelques minutes, on lui indiqua qu'à cette heure elle devait se trouver à la vigie du port en train d'inspecter les registres d'entrées et de sorties. Merveilleux. Avant qu'on vienne lui poser plus de questions sur le pourquoi une française du nom d'Asceline était venue s'enterrer jusqu'à Giglio si ce n'était pas pour assister au mariage du Marquis, elle se précipita vers la vigie et demanda tant bien que mal à voir Arambour qui, pas dupe pour un sous, remarqua rapidement de qui il s'agissait et compris donc aussi la raison de sa venue dans les parages. Elle prit donc congé auprès de ses hommes et emmena presto la minie Vellini chez elle.


-Bien. J'attends vos explications, que j'espère rapides... Mademoiselle Vetinel...

Sentant toute la pression que la responsable de la défense gigliesi venait de lui mettre sur les épaules en l'appelant ainsi, elle partit dans diverses gesticulations relativement claires avant de s'en remettre à son ardoise et sa craie. Elle avait dit d'être rapide, alors elle ne devait pas perdre son temps à essayer de faire déchiffrer ses mouvements, et elle ne devait pas non plus tourner autour du pot.

"J'ai croisé Claudio Francizo sur le bateau. Il voulait savoir pourquoi je venais. J'ai dit que" Elle redressa sa craie quelques instants, il fallait être brève mais elle avait quand même du mal à assumer ce monticule mensonger maintenant qu'elle se trouvait face à sa prétendue mère...

-Que ? Fit la brune d'un ton sec et cassant.

"J'étais votre fille née d'un précédent mariage." Dès qu'elle eu terminé d'écrire, elle mit ses mains au dessus de sa tête comme pour se protéger d'un éventuel coup.

-Et je vous aurais appelée Asceline. Pauvre de moi, je comprends pourquoi mon époux a décidé de vous abandonner en préférant Hélène. Ses yeux verts se posèrent sur la fausse brune, tandis que sa mine était impassible. J'ose espérer que vous ne causerez aucun trouble pendant la cérémonie. Ton insistant. N'est-ce pas, Mademoiselle Vetinel ?

Là encore, ce "Mademoiselle Vetinel" résonnait dans sa tête comme un avertissement. Lentement elle baissa ses mains pour revenir à une position un peu plus naturelle et hocha timidement la tête pour confirmer qu'elle ne tenterait rien pendant ce mariage et qu'elle ne ferait qu'écouter sagement. Ne voulant pas la déranger plus longtemps, elle se leva avant de s'incliner vers l'avant pour la saluer.

-Je vous garde à l'oeil. & jusqu'à votre départ vous passerez quelques heures avec votre soeur. Après tant d'années, vous devez mourir d'envie de découvrir ce qu'elle est devenu... Conclut la Licors dans un sourire en coin avant de faire signe qu'elle pouvait disposer.

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Message par Lucia de Liancy le Mar 30 Aoû - 15:50

Depuis le jour où il l'avait demandée en mariage, leur vie avait changé. Non pas parce qu'elle nageait en plein rêve éveillé, folle de joie d'avoir eu l'heur de voir le visage déconfit des soeurs Massari qui pourtant s'imaginaient déjà au bras du marquis et ravie d'être parvenue à son objectif si facilement et surtout sans vraiment jouer la comédie puisqu'elle pouvait répondre sans honte et sans aucune hésitation à qui le lui demandait qu'elle aimait le Liancy ; mais parce qu'elle avait du quitter le château afin que personne n'aille s'imaginer qu'ils fauteraient avant les épousailles. La Casari avait donc été contrainte de rejoindre ses quartiers à Giglio Porto, ce qui n'était pas pour déplaire à son père, qui d'ailleurs semblait prendre son rôle de père de la mariée très au sérieux. Il veillait à réduire le nombre de rencontres entre Lucia et Rodrigue, et, lorsqu'elle n'y tenait plus, l'autorisait à le rejoindre à la seule condition qu'ils fassent leurs balades dans les ruelles de l'île, à la vue de tous. Comme s'il voulait confirmer la suprématie de la famille Casari sur toutes les autres familles gigliesi, alors qu'en fait il essayait simplement de faire taire toute rumeur déplacée qui pourrait naître et mettre à mal le si délicat bonheur de sa fille unique. Dans l'attente de ces moments de partage avec son beau marquis, la jeune femme envoyait des pigeons chargés de petits mots vers le château. Ils étaient futiles, voire peut être inutiles vu la situation, mais comme elle ne pouvait pas s'en empêcher, elle préférait le faire que de se sentir frustrée et d'être énervée le jour où elle le reverrait. Elle le voyait si peu qu'elle voulait lui sourire plutôt que de s'en vouloir d'avoir bouder tout l'après-midi. Elle aurait des années et des années pour bouder dès lors qu'elle serait devenue Lucia de Liancy !

Lors de ces semaines d'éloignements, ils eurent également les préparatifs du mariage à faire. Comme elle l'avait fait pour le bal organisé lors de l'arrivée de Rodrigue sur l'île, elle s'était occupée d'une grande majorité de ces festivités, d'autant que cette fois elle était la principale intéressée. Elle ne tolérerait donc aucun pas de travers, aucune fausse note, aucune erreur ! Tout se devait d'être parfait et elle y veillait autant que s'il s'agissait d'un nouveau-né, d'autant plus que cela lui permettait d'oublier quelques instants qu'elle se trouvait bien trop loin de lui. Rien n'était laissé au hasard, de la tenue des ménestrels à la couleur des nappes, en passant par le menu qui serait proposé et la décoration de l'île. En effet, le marquis avait décidé que leur mariage serait un jour de liesse pour tous les gigliesi, des riches notables aux pêcheurs les plus démunis. Elle ne comptait donc pas lésiner sur l'attrait de l'île dans son ensemble et avait prévu de faire installer des guirlandes dans tous les quartiers, afin que ceux qui n'avaient pas les moyens de perdre une journée de travail puissent profiter à leur manière de la fête, dans l'espoir qu'ils s'autorisent quelques minutes pour une petite danse paysanne. En sus de tout cela, elle avait bien évidemment ses robes à faire confectionner. Ce ne fut pas une mince affaire car si elle adorait et admirait toujours le travail de ses couturières, il n'en était pas de même pour le Liancy, qui semblait passer son temps à faire faire des modifications à ses tenues. Ce qui, nécessairement, apportait également son lot de modifications aux robes de la Casari. Et ce ne fut qu'à trois jours de la date fatidique que le marquis s'arrêta enfin sur un choix ferme et définitif. Les couturières de Lucia mirent donc les bouchées doubles afin de terminer les vêtements en temps et en heures. Ce qui fut heureusement le cas. Un petit coup de pression, comme si la belle italienne avait besoin de ça pour sentir la panique envahir petit à petit son corps et son coeur !

*

Puis le grand jour arriva enfin. La Casari fut levée aux aurores par maquilleuse, coiffeuse et habilleuse venues spécialement pour la préparer. Elles passèrent donc des heures à la chouchouter et à faire d'elle une irrésistible beauté, une de celles à qui on ne peut plus dire non devant l'autel à moins d'être devenu complètement fou à lier. Afin de s'accorder avec le pourpoint rouge brodé d'or du fiancé, ses couturières avaient opté pour un total look doré avec une traîne aux motifs baroques et aux manches tombant jusqu'au sol ornées d'une multitude de petites perles immaculées. Sa coiffure n'était pas extravagante et ses cheveux simplement accrochés dans un filet perlé car elle devrait recevoir la couronne de marquise au cours de la cérémonie. Fin prête, il était plus que temps de prendre la route vers l'église. Sur le chemin, elle saluait tous ceux qui s'étaient déplacé pour la voir. Elle s'attardait généralement plus longtemps sur les petites filles dont les yeux brillaient, car à celles là elle disait dans un sourire qu'un jour elles aussi se marieraient et seraient aussi belles. Des roses étaient distribuées à tous les hommes croisés par le convoi, avec pour message d'aller l'offrir à celle qui faisait battre leur coeur. Une façon comme une autre de créer des couples et de faire perdurer la vie à Giglio ! Lorsqu'ils arrivièrent à l'église, cette dernière était déjà pleine de monde, tant et si bien que les gens commençaient à s'entasser à l'extérieur du bâtiment. Elle savait qu'il s'agissait d'un grand jour pour l'île, mais elle n'aurait jamais imaginé créer tant d'engouement. En réalité, elle avait plutôt imaginé une sorte de boycotte généralisé afin de lui faire comprendre qu'elle était dorénavant détestée de toutes les femmes de bonne famille qui se trouvaient sur l'île...

Elle fit quelques pas timides, peu habituée à tant d'attention, avant de reprendre toute son assurance, se disant que tout ce qui était en train de se passer elle l'avait voulu, elle l'avait espéré, et elle l'avait finalement eu ! Si elle avait un minimum de respect pour elle même, elle se devait de traverser fièrement le cortège et la distance qui la séparait de l'autel. Elle releva donc la tête, le menton bien droit et le regard porté vers l'intérieur de l'église. Un sourire radieux vissé sur le bout des lèvres et son père accroché au bras droit, elle s'avança d'un pas lent mais déterminé, grimpa les quelques marches du parvis sans encombres et poursuivit son chemin non sans oublier de se signer avant de pénétrer plus en avant dans l'édifice religieux. L'église était belle et bien pleine, et décorée telle qu'elle l'avait imaginé. Même Rodrigue se trouvait là comme elle l'avait imaginé. Il se trouvait juste devant elle, à quelques pas, il l'attendait et ils se regardaient tout deux comme si rien d'autre n'avait d'importance à leurs yeux. Peut-être avait-il eu raison de faire revoir son pourpoint plus d'une dizaine de fois, il était si élégant. De le voir si fringuant lui porta presque le rose aux joues et pourtant elle parvint tant bien que mal à conserver toute sa contenance tandis que son coeur battait la chamade à l'intérieur de sa poitrine. Arrivée à hauteur de celui qui deviendrait son époux d'ici peu, elle fut abandonnée par son père qui alla s'installer à sa place sur l'un des bancs du premier rang. Face au roux, elle avait envie de détendre un peu l'atmosphère et elle ne trouva pas meilleure idée que de lui chuchoter quelques mots avec son bel accent français avec un petit sourire malicieux :


-Tu es très beau, mais je suis la plus jolie. Tu ne trouves pas ?
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Re: ... Jusqu'à ce que la mort nous sépare !

Message par Rodrigue de Liancy le Mar 30 Aoû - 23:51

A l'image du château, l'église de Giglio Castello était immanquable. Rodrigue la voyait chaque jour et en appréciait son humilité architecturale qui permettait l'harmonie avec le reste du petit village perché tout en haut de l'île. La veille encore, il s'y était rendu pour constater le bon avancement des préparatifs. Mais cette fois, sur le parvis, accompagné de jeunes garçons de l'île qui maintenaient son long manteau de marquis, le Liancy prit toute la mesure du moment qu'il s'apprêtait à vivre. Car finalement, lorsqu'il avait été pris d'une espèce de crise d'angoisse alors qu'il se préparait, il était bien loin du compte. Dans sa chambre, il n'y avait pas cette foule, ni toutes ces décorations qui lui rappelaient que le jour de se marier était bien arrivé. Constatant bien vite qu'il était attendu et largement observé, il s'engouffra dans l'église avec son escouade de jeunes garçons dont les yeux ronds ne pouvaient cacher leur fierté d'être au cœur de l'événement.

Auprès de l'autel, après avoir salué d'un signe de tête tous les visages qu'il croisait, il se tourna en direction de l'entrée. Guido, son témoin, était déjà présent, il ne restait  donc plus qu'à attendre sa future femme au bras de son père. Lui n'avait personne : ses parents étaient morts, sa sœur retirée dans un couvent depuis longtemps, et il haïssait trop son cousin pour même imaginer l'inviter. Sa seule famille, elle n'était pas encore là. Il l'attendait, impatient. Durant des mois ils n'avaient pu se voir autant qu'ils l'auraient souhaité et quand ils se voyaient, il y avait toujours des yeux pour les scruter. Le vieux Fabrizio était un véritable renard, mais les nombreux baisers échangés à Florence avaient permis aux tourtereaux d'apprendre à attendre sagement les noces. A l'apparition de sa belle, Rodrigue fut bouche bée. Elle était merveilleuse, fantastiquement belle, si belle qu'il regrettait d'être borgne, car une telle femme méritait d'être pleinement admirée. Sa robe dorée relevait son teint mat tandis que les perles essaimées sur les manches et dans ses cheveux telles des étoiles achevaient de parfaire sa beauté. Alors qu'elle s'avançait, lui mourait d'envie d'aller à sa rencontre pour la serrer dans ses bras et l'embrasser. Mais Rodrigue avait conscience que les regards étaient rivés sur eux, que tous, à l'exception de quelques jalouses, l'admiraient comme il l'admirait. Mais personne dans cet église ne l'aimait comme il l'aimait.

A force de la regarder, le Liancy fut comme pris au dépourvu lorsque Lucia, une fois arrivée auprès de lui, décida de lui accorder quelques mots avant le début de la cérémonie. Des mots destinés à détendre l'atmosphère, mais qu'il mit tout de même quelques secondes à décrypter. Le roux devait assurément arborer une mine idiote, mais il se reprit rapidement et tout bas, il répondit à sa belle avec ce flegme qu'il semblait avoir soudainement retrouvé :


- Heureusement que tu es la plus jolie. Les Gigliesi ne t'auraient pas pardonné de ne pas être la plus jolie de nous deux et moi non plus.

Après tout, lors d'un mariage, qui se souciait de la tenu du marié ? Personne. Tout le monde n'avait d'yeux que pour la mariée et en observant Lucia, Rodrigue pensa que sa future épouse allait marquer les esprits avec cette tenue fabuleuse. Mais il n'était plus temps de la dévorer du regard, il aurait jusqu'à la fin de ses jours pour le faire, mais pour cela, il devait l'épouser. Ainsi débuta la cérémonie sous l'égide du père Mario qui semblait tout aussi fier que les petits garçons qui avaient accompagné le marquis de Giglio. Pourtant, Rodrigue ne remarquait presque pas l'enthousiasme dans la voix du prêtre. Toutes ses pensées étaient dirigées vers celle qui se tenait à ses côtés et s'il suivait toutes les étapes de la cérémonie, il avait hâte de la terminer pour officiellement se dire marié à la Casari. Les lectures, les chants, les témoins, les décors, tout était beau, mais Rodrigue savait que l'échange des anneaux et le moment où il poserait la couronne de marquise sur la tête de Lucia surpasseraient toute la cérémonie.

Le père Mario ne semblait jamais vouloir faire avancer la cérémonie. Rodrigue savait pourtant qu'il ne faisait que son devoir et que c'était ainsi que le mariage était célébré, mais il fut particulièrement soulagé lors de l'échange des vœux. A nouveau, il dévorait sa future femme du regard, conscient que ce moment était unique et qu'il n'appartenait qu'à eux même si l'église était pleine à craquer. Les vœux échangés, on apporta les anneaux qu'ils se passèrent mutuellement au doigt, concrétisant leur amour et la vie qu'ils allaient devoir affronter côte à côte. Mais un marquis n'était rien sans sa marquise, et quand Rodrigue prit lentement la couronne destinée à Lucia qui trônait depuis le début de la cérémonie sur un coussin pour la poser sur la tête de sa divine épouse, le jeune homme comprit qu'à présent il n'était plus seul. Giglio pouvait devenir une mine de problèmes, Giglio pouvait être attaquée, Giglio pouvait brûler, il aurait une épouse à ses côtés, une force supplémentaire pour tout affronter et le relever lors des plus mauvais jours, pour l'aimer quand d'autres le détesteraient. Ensemble, ils allaient fonder une dynastie, redonner son éclat à une île qui, en début d'année encore, sombrait entre les querelles et devenait un minable petit caillou sans âme. Ils étaient jeunes, ils étaient volontaires, Giglio c'était eux et toutes les personnes présentes dans l'église le comprenaient.

Mais quand fut venue l'heure du baiser qu'ils pouvaient enfin échanger publiquement, Giglio était devenue une idée secondaire. Seule Lucia comptait et personne n'était en mesure de le contester à en juger par l'extrême tendresse du baiser que Rodrigue déposa longuement sur les lèvres de sa femme sous une clameur qu'il remarqua à peine. Le baiser achevé, il la regarda longuement en lui souriant, sans un mot. Avaient-ils vraiment besoin de se parler à cet instant précis alors qu'ils allaient passer le reste de leur vie ensemble ? Au diable les mots, il n'avait qu'un œil, mais elle comprendrait, juste en le regardant, à quel point il l'aimait.

Ils arrivèrent séparément à l'église, ils la quittaient ensemble. Dans l'église et à sa sortie Rodrigue reconnut des marchands du continent avec qui il avait lié de bonnes relations, les notables de l'île, les infernales sœurs Massari, la timide Cristina Sapiento devenue Cristina Stazzu depuis son mariage récent avec un petit marchand indigne de sa condition, d'autres jeunes hommes notamment Rivola, le peintre qu'il avait pris sous son aile et à qui il avait déjà signifié son envie de le voir peindre une série de portraits, ou encore Gianni Alestra qui, en l'espace de quelques mois, était devenu un marchand incontournable sur l'île et qui résidait toujours au château de Giglio. Il y avait évidemment les Guantieri et une foule de monde que Rodrigue ne connaissait même pas. A croire que toute l'île était belle et bien venue à Giglio Castello. Ravi et sincèrement touché de cet engouement alors qu'il n'était ici que depuis quelques mois, Rodrigue décida d'adresser quelques mots, en italien bien évidemment, à la foule depuis le parvis :


- Peuple de Giglio, notables de Giglio, étrangers, je vous remercie pour votre présence en ce jour qui compte énormément pour moi mais aussi, je le constate vraiment à présent, pour l'île. Puisse cette journée être une fête pour tous, puisse ce jour être un souvenir agréable. Hommes de Giglio, chérissez vos épouses. Femmes de Giglio, chérissez vos maris. Parents de Giglio, chérissez vos enfants. Car moi je vais chérir mon épouse et pas un jour je ne manquerai de lui rappeler que je l'aime. Comme j'aime cette île et ses habitants, à qui je souhaite autant de joie que j'en ai au moment où je m'adresse à vous tous. Merci à vous, mes amis, mes braves Gigliesi.

Dans un dernier signe, il les salua, avant de passer son bras autour de la taille de sa femme pour prendre le chemin, entourés des invités du banquet, du château où un gigantesque banquet les attendait. La journée ne faisait finalement que commencer !

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Message par Astride Vellini le Sam 3 Sep - 11:12

La Licors ne lui avait pas menti en lui disant qu'elle l'avait à l'oeil et qu'elle devrait passer quelques heures avec Hélène. Le lendemain même de leur entrevue, soit la veille du mariage, la responsable de la défense gigliesi avait réussi à remettre la main sur elle pour lui indiquer qu'elle lui avait trouvé une activité passionnante pour l'après-midi : accompagner sa fille pour lui acheter la robe qu'elle porterait pour le mariage et la fête. N'ayant guère le choix, elle avait évidemment accepté et s'était donc retrouvée à arpenter les ruelles de Giglio avec une pipelette qui ne pensait déjà qu'à se trouver un époux "riche et beau" et qui lui achèterait "pleins de belles robes très chères". Elle qui prêtait si peu d'attention à ses vêtements et à son image en dehors d'Hendaye, et encore elle avait une forte tendance à s'habiller très simplement même là bas, se retrouvait dans de beaux draps et ne pouvaient décemment pas abandonner la petite à son triste sort sans risquer de voir les foudres arambouriennes s'abattre violemment sur elle. Dans un frisson qui lui traversa toute la colonne vertébrale rien qu'en imaginant le goupillon de la brune se fracasser sur son crâne, elle suivit la petite Licors sans broncher dans une boutiques de fringues. Elles y passèrent des heures, des heures et encore des heures pour enfin sortir de là avec une tenue que la demoiselle considérait digne d'être portée par elle. Dans un soupir de soulagement la blonde brune raccompagna sa prétendue soeur jusqu'à chez elle. En arrivant elle tomba sur Opportune et elle se se stoppa net quelques secondes. Une blonde ! Cette femme était blonde ! Pour un peu elle en aurait pleuré tellement elle rêvait de retrouver sa couleur de cheveux d'origine, plus encore maintenant que cette femme venait de lui rappeler à quel point le blond était bien plus lumineux que n'importe quelle autre couleur. Pourtant, toute émotion contenue, elle laissa simplement rentrer Hélène en restant sur le pas de la porte, et après un signe de tête elle tourna les talons. Elle fut interpellée par la domestique qui, entre deux interjections de la petite Licors, avait réussi à en placer une à l'attention d'Astride :

-Madame me fait dire qu'elle vous surveille Mademoiselle Asceline.

Si elle avait eu une cape, elle l'aurait certainement fait bouger de manière à dire "Ouais c'est bon j'm'en fout !" avant de retourner s'enfoncer dans la foule gigliesi. Mais puisqu'elle n'avait rien de telle à sa disposition, elle serra simplement les poings avant de s'en retourner dans son auberge pour lire un peu avant la journée fatidique du lendemain. Lendemain qui arriva donc bien plus vite qu'elle ne l'aurait pensé et qui s'annonçait déjà extrêmement bruyant... Le soleil était à peine levé que certains badauds étaient déjà sur le pied de guerre et parlaient -très fort, comme des italiens quoi- de se rendre à l'église afin d'avoir une place assise. Les autres répondaient de ne pas parler trop fort pour que personne n'aille leur voler leur merveilleuse idée. La minie Vellini fronça les sourcils et, imaginant que le mariage d'un marquis devait probablement être quelque chose d'important sur une île de cette envergure, se décida à envisager la possibilité que l'église soit effectivement pleine. Elle se dépêcha donc à se préparer et à vider sa chambre pour payer l'aubergiste pour se rendre à l'église. Elle n'avait qu'un seul problème, elle n'avait pas gagné en sens de l'orientation depuis qu'elle était devenue dame. Et comme elle n'avait jamais vu cette église, elle n'avait strictement aucune idée de l'endroit où elle pouvait bien se trouver. Une idée lui traversa donc l'esprit, et pas des moindres : les Licors. Elle prit le chemin vers leur maison et, après être encore une fois tombé sur la domestique, fut invitée à entrer. Apparemment, la famille qui assurait la défense de l'île n'aimait pas se lever tôt, ils ressemblaient tous à des morts-vivants à peine sortis de leurs cercueils. Elle se rassura comme elle put en se disant que leur famille devait avoir des places réservées dans l'église, à un endroit stratégique, afin d'assister au mariage tout en ayant une vision d'ensemble sur toutes les personnes présentes afin d'éviter tout incident. Et plus le temps passait, plus elle l'espérait vivement, parce qu'ils n'avaient vraiment pas l'air de s'inquiéter de l'heure !

Ils arrivèrent enfin à l'église, qu'elle n'aurait jamais trouvé toute seule d'ailleurs, et comme elle l'espérait, ils avaient bel et bien une place attitrée. Cependant Arambour ne resta pas avec eux, préférant prendre de la hauteur pour une meilleure vue. Ce qui se tenait. Il ne lui restait donc plus qu'à attendre l'arrivée des futurs mariés, et à cette idée son visage s'assombrit encore un peu plus. D'autant que, à en juger par le bruit qui venait de s'élever à l'extérieur, quelqu'un d'important venait d'arriver, et lorsqu'elle vit pénétrer Rodrigue à l'intérieur de l'église, ses sourcils se froncèrent, son coeur se serra, son âme tomba en morceaux, ... Elle qui s'était pourtant préparer à le voir, le sourire si radieux qu'il arborait rien qu'à l'idée d'épouser une autre femme qu'elle avait miné toute sa préparation. Pourquoi ! Pourquoi avait-il l'air si heureux de l'avoir quittée et d'en épouser une autre alors qu'il y a quelques mois à peine ils étaient ensemble à Mont-de-Marsan ? Pourquoi avait-il fallu qu'il vienne jusqu'ici pour trouver une femme digne de la remplacer ? Pourquoi être venu s'enterrer si loin et sur une île aussi petite ? Avait-il essayé de s'éloigner ? De se perdre au milieu de la mer dans l'espoir qu'elle ne vienne jamais le retrouver ? Avait-il à ce point peur qu'elle se rende compte qu'il l'avait oubliée alors que pour elle rien n'avait changé ? Comment avait-il pu oser l'oublier alors que c'était lui même qui avait tout fait pour qu'elle tombe amoureuse de lui ? Pourquoi ! A force de se poser toutes ces questions, elle ne remarqua même pas qu'à nouveau les bruits retentissaient dehors, annonçant assurément l'arrivée de la fameuse future mariée Lucia Casari. Ce n'est qu'en voyant la robe dorée pénétrer à l'intérieur de l'église qu'elle tomba des nues. Si elle avait pu parler, un odieux "QUOI ?!" serait sorti de sa bouche. Malheureusement, sa bouche se contenta de marquer un grand o, montrant à quel point elle était outrée de voir par qui elle avait été remplacée. Qu'est-ce que c'était que cette gonzesse arrangée comme une tapisserie de mauvais goût qu'elle ne mettrait même dans son entrée pour décrotter les godasses des hendayais qui venaient faire leurs doléances. Et pourtant, elle semblait bien la seule à ne pas apprécier le style rococo de la fiancée, car déjà Hélène se penchait vers elle, les yeux pleins d'étoiles, pour lui chuchoter :


-Je suis jalouse. J'aimerai avoir une robe comme elle le jour où je me marierai.

La minie Vellini leva les yeux au ciel, désespérée par tant de matérialisme. En tout cas le Liancy semblait avoir bien changé en quelques mois ! Si en France il semblait s’accommoder sans mal d'une vie guidée par la simplicité, il était bien loin de s'en contenter maintenant qu'il était devenu marquis. Marquis. Pourquoi fallait-il qu'il s'amuse à exhiber toutes les richesses de l'île avec leurs tenues si affriolantes tandis que certains gigliesi devaient probablement avoir du mal, rien qu'à se nourrir convenablement. Rha ! Il n'y avait rien de différent entre un marquisat et une seigneurie, elle était d'ailleurs dans une situation bien pire que celle du Liancy puisqu'elle, devait rendre des comptes à Rozenn régulièrement. Lui ? Lui n'avait que cela à faire de faire prospérer son île au lieu de dilapider les richesses pour un mariage aussi grotesque ! Avec une italienne ! Assise sur son coin de banc, la blonde brune ruminait tout son saoul, n'écoutant pas un traître mot de ce que baragouinait le curé là bas au loin. Elle ne sortit de sa torpeur ruminescente qu'au moment où le père Mario demanda à ce que ceux qui étaient contre cette union le disent maintenant ou se taisent à jamais. Tout son corps lui disait de se lever pour mettre fin à cette mascarade douteuse et elle du contracter tous les muscles qui répondaient encore à son cerveau pour s'en empêcher car, une fois debout, qu'allait-elle bien pouvoir dire ? Puisqu'elle était condamnée à se taire à jamais quelle que soit la situation qui s’offrirait à elle ! Elle avait les doigts tordus par la frustration, les yeux plissés, les lèvres pincées et les traits de son visage tirés, mais elle attendait douloureusement que l'officiant annonce les épousailles afin de la libérer du calvaire intérieur qu'elle était en train de vivre. Si elle ne fut pas soulagée d'entendre que l'odieux menteur et sa morue étaient mariés, elle put au moins détendre tous ses doigts dans un craquement. Lorsqu'ils passèrent tous les deux devant elle pour aller prendre leur bain de foule post-cérémonie, et tandis que tout le monde applaudissait avec une mine réjouie, elle ne bougeait pas. Son air sombre et grave laissait supposer qu'elle était en train de comprendre qu'il l'avait définitivement oubliée, qu'il était passé complètement à autre chose sans même se soucier de ce qu'elle pouvait encore ressentir. Elle serra une nouvelle fois le poing et, lassée par la fatalité, elle releva fièrement la tête avec un air déterminé tandis qu'elle suivait le mouvement qui la poussait vers la sortie. Elle se vengerait. Elle ne savait pas encore comment. Mais elle se vengerait. Rien qu'à cette idée, sa moue défaitiste se transforma en un sourire en coin. Vivement le jour de la vengeance d'une blonde... Et qu'on se le dise, elle serait terrible !

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Message par Arambour Licors le Sam 3 Sep - 22:06

Elle n'avait jamais aimé se lever à l'aube, et ce n'était pas pour la défense de Giglio qu'elle avait fait une exception. Elle se débrouillait toujours pour que ce soit l'un de ses plus valeureux soldat qui gère les éventuels petits problèmes matinaux plutôt qu'elle. Evidemment, elle restait toujours disponible en cas de gros pépin, mais la liste qu'elle avait donné à ses hommes en comptait assez peu. Seulement deux d'ailleurs. Assassinat du marquis ou attroupement de vaisseaux battant pavillon pirate aux portes du port. Sachant qu'il y avait très peu de chance que l'un de ces deux cas de figure se présenta, elle pouvait donc dormir tranquillement jusqu'aux alentours d'onze heures, avant d'aller commencer ses petites rondes jusque tard dans la nuit. Les malfrats et autres pilleurs aiment cette période de la journée pour commettre leurs méfaits, là où la majorité des gens dorment et ne font donc pas attention à leurs affaires. C'est à ce moment qu'elle entre en scène, laissant le choix entre le bateau et une inscription sur la liste des indésirables sur l'île, ou une coupe rapide et efficace de chaque main afin d'éviter toute récidive. A son grand damne, tous choisissaient de mettre les voiles. Trop gentille. Ainsi donc, le jour du mariage de Rodrigue ne ferait pas exception à cette logique de fonctionnement et ce fut dans un grognement qu'elle indiqua à Opportune qu'elle arriverait d'ici une trentaine et qu'Astride n'avait qu'à préparer Hélène pour sa peine.

Lorsqu'ils arrivèrent enfin, bassinés par les sempiternelles remarques inutiles de la petite Licors, elle les laissa s'installer avant de s'installer dans les hauteurs de l'église. La veille elle était venue accompagnée de Guido afin de négocier cette place de choix car, en temps normal, seuls les clercs ont le droit de monter à cet endroit. Après d'âpres discussions dont elle n'avait strictement rien compris mais dont il était ressorti qu'elle avait l'autorisation de se poster là haut à condition d'être désarmée et tête nue. Pour la première condition, elle n'avait même pas cherché à s'en défaire, pour la seconde elle fut un peu plus ennuyée, elle qui n'avait pas l'habitude de laisser ses cheveux sans coiffe. Qu'importe, c'était le prix à payer pour être tranquille et avoir une belle vue sur l'assemblée. De là haut, elle put constater que personne n'avait d'idée belliqueuse, si ce n'était Astride qu'elle surveillait avec bien plus d'attention que les autres. La liesse qu'était celle de Giglio depuis des semaines laissait planer peu de doutes concernant les intentions des gigliesi, par contre les desiderata de la française restaient flous. Elle n'avait certes pas cherché à comprendre pourquoi elle avait tant tenu à assister au mariage de celui qui fut son fiancé par le passé, mais cela ne l'empêchait pas de se méfier car elle, cela ne lui serait jamais venu à l'esprit de se rendre au mariage d'un ex compagnon.

Vint le moment de la question fatidique posée à l'assemblée, ses yeux de jade se fixèrent sur la Vellini devenue Vetinel, dans l'attente d'une réaction quelle qu'elle soit. Elle plissa les yeux et put presque ressentir toute la frustration qu'était celle de la petite française à cet instant précis. Dans un sourire en coin, elle se reposa contre le dossier de sa chaise, croisa les bras et passa sa jambe gauche par dessus sa jambe droite. Elle n'avait plus qu'à attendre sagement la fin de la cérémonie pour quitter son perchoir. A peine le dernier mot fut-il prononcé qu'elle descendait les escaliers pour se poster devant la caisse où toutes les armes devant être laissées à l'entrée du bâtiment religieux étaient entreposées. La jeune Vellini n'avait rien déposé en arrivant, elle était donc complètement désarmée, à moins que, comme elle, elle dispose d'un petit poignard de survie dans la manche. Le curé avait dit désarmé afin d'empêcher une attaque. Il n'avait rien précisé quant aux armes de défenses invisibles à l'oeil nu. Elle avait quelque peu extrapolé, mais elle ne pouvait pas laisser le roux sans défense, au cas où un autochtone peu scrupuleux des principes religieux tente de s'y attaquer par derrière et à l'arme blanche. Il lui aurait suffit de viser la tête. Tout simplement. Dès lors que sa petite famille lui passa sous les yeux, car César, lui, avait apporté sa petite épée d'apparat tel le futur chevalier qu'il rêvait d'être, elle attrapa l'Astride au regard déterminé par le bras et lui annonça la chose suivante :


-Mademoiselle Vetinel, un navire vous attend au port afin de quitter l'île dans les plus brefs délais. J'ose espérer que vous avez obtenu tout ce que vous souhaitiez de ce court séjour, car malheureusement je ne puis l'allonger davantage. S'il vous venait à l'idée de refuser mon offre, je serais contrainte de vous faire enfermer dans les geôles du château, avec tous les risques que cela comporte. Elle allongea le bras vers l'un de ses soldats et ajouta : Eduardo se fera un plaisir de vous accompagner jusqu'au port car je ne puis m'en charger personnellement pour des raisons de sécurité évidentes.

Elle ponctua sa phrase avec un sourire en coin avant de lancer un regard insistant vers le soldat benêt qui attendait sagement qu'on lui confia celle qu'il devait raccompagner au port. En effet, la veille, elle l'avait informé de cette mission après d'âpres négociations avec l'un des capitaines de bateau du port de Giglio. En effet, comment justifier d'un départ de bateau le jour du mariage du marquis ? Toute l'île était invitée sans exception, et le capitaine semblait vouloir participer aux festivités comme tous les autres habitants. La Démesquine avait donc été contrainte d'employer la manière forte en proposant une très belle bourse pleine de florins en échange de ce service. Elle avait bien évidemment été tentée d'utiliser la méthode "extra-forte" mais le pauvre capitaine n'aurait guère pu faire avancer son navire s'il avait été lesté de l'un de ses membres. Seule sa langue restait un organe susceptible d'être coupé, mais encore aurait-il fallu qu'il se laisse faire sans essayer de la mordre. En plus, la bave c'est dégueulasse.

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Message par Lucia de Liancy le Mar 6 Sep - 14:29

La jeune femme avait rougi au compliment. Elle avait beau savoir qu'elle était et resterait pour longtemps encore, jusqu'à ce que sa propre fille la détrône en fait, la plus belle femme de l'île, de telles paroles faisaient toujours plaisir, surtout en ce jour si important pour eux. Les regards croisés laissaient transparaître toute l'excitation, la joie et aussi la tendresse du moment qu'ils étaient en train de vivre ensemble. L'église avait beau être pleine, le parvis avait beau être noir de monde, elle avait cette drôle d'impression d'être dans une bulle protectrice, dans laquelle entraient parfois quelques protagonistes afin de dire quelques mots, comme Giulia et Guido, témoins de cette cérémonie. Sa bulle explosa néanmoins en milles petits morceaux lorsque le père Mario prononça les mots fatidiques, ceux qui autorisaient quiconque à se prononcer sur le mal-fondé de cette union. Un léger doute s'empara subitement de son âme, quelqu'un savait-il qu'elle avait eu pour prime dessein d'obtenir simplement le titre de marquise ? Une personne mal intentionnée allait-elle essayer de semer le trouble vis-à-vis des sentiments qu'elle éprouvait dorénavant, qu'importe le statut qu'elle obtiendrait ? Inquiète sans vouloir le montrer, elle baissa légèrement les yeux, n'osant guère porter son regard sur l'assemblée, de peur d'y croiser un regard envieux, voire pire, haineux. De longues secondes passèrent, et aucun bruit ne retentit dans la bâtisse, l'on entendait presque le son des ailes d'un ange. Soulagée plus qu'elle n'aurait dû l'être, elle releva le nez dans un sourire, prête à recevoir l'anneau symbole de leur amour, ainsi que le tout premier baiser pour lequel elle n'aurait pas besoin de se confesser.

Ce fut parée d'une couronne à laquelle elle allait devoir s'habituer et au bras du seul et unique roux de l'île qu'elle s'avança jusqu'au parvis sous les clameurs. De là, ils ne purent faire un pas de plus, tous semblaient attendre que l'un d'eux s'exprime, et évidemment elle laissa patiemment le marquis discourir, cherchant du regard celles qui devaient la jalouser à cet instant précis. Elle tomba d'ailleurs rapidement sur la laideur des soeurs Massari, à qui elle adressa un regard de défi et un léger sourire avant de poser sa main sur celle qui venait de faire le tour de sa taille. Puis, tel Moïse ouvrant la Mer Rouge, ils parvinrent à se frayer un chemin parmi la foule qui se mit ensuite à les suivre jusqu'au château qui n'était fort heureusement qu'à deux pas de là. Une fois dans la salle de réception, là où les attendait une tripotée de domestiques en tenues assorties, plateau à la main et prêts à en découdre jusqu'au bout de la nuit. Evidemment, il y avait également de grandes tables napées de blanc et pleines de victuailles dont il ne faudrait rien laisser sous peine de froisser celle qui avait eu à coeur d'organiser tout cela, aidée bien sur par quelques bonnes âmes de la gente féminine, toutes très friandes de l'organisation de mondanités. Elle se hissa alors à l'oreille de Rodrigue pour lui glisser quelques mots, rien de très sensuel mais il fallait tout de même en passer par là :


-Je te laisse te changer le premier, que les invités profitent encore quelques temps de la robe de ta divine épouse... Quoi que la prochaine est aussi affreusement belle !

Un petit sourire espiègle avant de le laisser partir et de flâner ci et là pour tailler une bavette avec de petits groupes de personnes, refusant toujours avec un grand sourire dès qu'on lui proposait un petit amuse-bouche ou un verre de vin, blaguant sur le fait qu'elle avait reçu l'ordre de ne pas tâcher sa robe de mariée et que si cela devait arriver elle n'aurait plus qu'à faire chambre à part pour sa première nuit d'épousée. A chaque fois elle se parait d'un air faussement offusqué et beaucoup lui répondaient que le marquis n'oserait jamais faire une chose pareille, qu'il aurait tort de refuser la compagnie d'une femme aussi délicieuse. D'autres, plus téméraires, lui répondaient avec aplomb qu'ils seraient ravis de lui offrir l'une de leur chambre si Rodrigue ne daignait pas l'accepter dans son lit. En fait, l'ambiance était plus que bonne et personne ne semblait envier plus que de raison la place qui était devenue la sienne. D'ailleurs, certains mêmes osaient s'aventurer sur une pente savonneuse en enviant le marquis plutôt que la marquise, n'ayant de cesse de vanter la beauté de l'italienne. Habituée, elle faisait fi, souriant parfois niaisement et d'autres fois de façon plus vilaine, notamment lorsqu'il s'agissait de notables à qui son père l'aurait peut être mariée si le marquis n'était pas arrivé sur l'île.

Vint son tour de quitter l'assemblée pour aller revêtir une tenue plus adaptée aux circonstances. Coiffure et maquillage furent revus afin de s'accorder parfaitement à la tenue bleue nuit aux broderies dorées, aucune traîne ni aucune manche risquant de tremper dans la sauce cette fois. Elle restait belle et bien apprêtée, mais la praticité de sa tenue s'était grandement améliorée. D'autant que celle ci, elle avait l'autorisation de la tâcher. La Casari allait donc enfin pouvoir picorer dans les plats en même temps que ses convives en attendant de pouvoir retrouver son époux pour une première danse. Mais avant cela, ils mangeraient et boiraient pendant des heures, puis des jeux seraient organisés jusqu'à la tombée de la nuit, qui annoncerait enfin l'ouverture du bal. Finalement, elle ne verrait que peu son beau marquis pour ce premier jour en tant qu'épouse, tant il fallait faire bonne figure auprès des invités, sans oublier personne afin qu'aucun ne se sente offensé. Et malgré toutes ces semaines passées loin de lui, cette journée supplémentaire ne la dérangeait pas outre mesure, parce qu'elle savait que le lendemain, une fois l'effervescence passée, elle pourrait enfin se l'accaparer tout entier.
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Re: ... Jusqu'à ce que la mort nous sépare !

Message par Rodrigue de Liancy le Mer 7 Sep - 0:01

Et voilà, à peine marié, sa femme lui donnait des ordres ! Mais qui pouvait décemment refuser ces petits ordres savamment prononcés par une si divine épouse ? Rodrigue lui-même aurait aimé profiter un peu plus longtemps de la vue de Lucia dans sa belle robe de mariée, hélas, elle voyait les choses autrement. Mais comme elle l'avait déjà consolé en lui promettant que sa future robe serait également magnifique, le marquis ne protesta pas et quitta la salle de réception pour se rendre à ses appartements, non sans déposer un baiser au coin des lèvres de Lucia.

Au troisième étage, Rodrigue tomba sur la petite bande de domestiques chargée d'installer les malles de sa jeune épouse et de parachever les derniers préparatifs de leurs appartements. Les rénovations avaient duré des semaines mais le marquis avait trouvé quelques petits ajustements de dernière minute à effectuer avant la fin de la journée. Des tentures à recentrer, des objets à déplacer, des vêtements à réagencer dans les placards… Rodrigue savait qu'il leur demandait beaucoup, mais il tenait à ce que Lucia soit accueillie dans les meilleures conditions. Comme par superstition, il estimait que si les premières journées de Lucia auprès de lui se passaient bien, le reste de leur vie commune se passerait aussi bien. Satisfait du bon travail des domestiques qu'il félicita au passage, le Liancy s'isola pour se changer et enfiler le fameux pourpoint bleu nuit aux broderies dorées sur les manches. Devant une glace, il réarrangea quelque peu ses cheveux et son cache-oeil, puis descendit vers la salle de réception. De retour auprès de Lucia, il lui murmura quelques mots à l'oreille, tout comme elle l'avait fait un peu plus tôt :


- A ton tour. Si tu as besoin de femmes de chambre pour t'aider à te changer, il y en a deux dans le couloir à la sortie de la salle de réception.

Son épouse partie, Rodrigue prit le relais des discussions polies, sans grands intérêts, qui étaient l'apanage de toute réception post-mariage. En temps normal, il aurait tout fait pour se dérober au moindre sujet futile, mais pas cette fois, trop heureux pour s'agacer de quoi que ce soit. Puis Lucia revint, et l'heure fut venue du grand banquet qui occupa les jeunes mariés et tous leurs convives une bonne partie de la journée dans une atmosphère incroyablement joyeuse. Durant tout le banquet, Rodrigue dévora sa femme du regard, savourant intérieurement sa joie immense d'être son époux. Car pour le moment, s'ils étaient mariés, ils ne pouvaient réellement profiter de ce statut à cause de la foule qui les entourait et les épiait. Ils se contentèrent donc des regards, des gestes d'affection jusqu'au bal où il était plus facile de se retrouver en tête à tête tandis que les invités avaient les yeux rivés sur les autres danseurs. Bien évidemment, ils dansèrent aussi, même si Rodrigue se gardait bien de participer à toutes les danse, car il n'oubliait pas qu'à la fin du bal, quand tout le monde monterait se coucher ou reprendrait le chemin de sa maison, les festivités ne seraient pas tout à fait terminées pour lui et sa femme. On le leur avait rappelé bien assez souvent dans la journée pour l'oublier. Et là encore, le rouquin voulait faire bonne impression auprès de Lucia.

La fête avait été exceptionnelle, Rodrigue n'avait toutefois pas abusé de l'alcool contrairement à certains de ses invités qui étaient particulièrement éméchés. Et ce fut un petit sourire aux lèvres qu'il vit la salle de réception se vider petit à petit, les couche-tôt ayant déclaré forfait les premiers, suivis par ceux qui avaient les chevilles gonflés à force de danser, tandis que les plus ivres étaient ramassés par leurs amis et familles afin de les faire sortir du château avec un semblant de dignité. Il ne restait plus que quelques groupes, ça et là, qui discutaient entre eux. Les jeunes mariés décidèrent donc que l'heure était venue pour eux de s'éclipser.

Rodrigue et Lucia avaient à peine passé les portes qui délimitaient la partie privée du marquis que le Liancy enlaça sa jeune épouse et la recouvrit de baisers fougueux. Ils avaient beau être seulement dans un petit couloir éclairé par quelques torches, cette soudaine solitude redonnait des ailes au roux qui ne supportait les foules que dans un laps de temps restreint. Les bras autour de la taille de Lucia, il fit quelques pas en arrière et l'attira devant une porte. Après un énième baiser et avec un large sourire, le borgne se mit en tête de prévenir sa femme avant d'entrer :


- Tu te souviens de la chambre quand tu es venue me réveiller alors que je venais de passer une nuit horrible en pensant que tu ne voulais pas m'épouser ? Et bien oublie la car elle ne ressemble en rien à ce que tu vas voir.

Arborant une petite mine énigmatique, Rodrigue délaissa un instant Lucia le temps d'ouvrir la porte, avant de l’entraîner sans plus tarder dans la pièce en espérant que tous les domestiques avaient bien fichu le camp. Satisfait de constater qu'ils étaient absolument seul, le marquis décida de présenter sa femme les lieux dans lesquels elle allait à présent passer le reste de ses jours. Tout avait été changé. La pièce avait été considérablement agrandie, rafraîchie. Les tapisseries étaient d'une finesse remarquable et l'on pouvait aisément deviner qu'elles provenaient de Florence. Contrairement à cette ville, elles n'étaient pas vulgaires, il y avait, au contraire, beaucoup de raffinement dans cette décoration, tant sur les murs que sur les tapisseries des sièges. Rodrigue avait même fait faire une tapisserie aux initiales du couple, cherchant à célébrer jusqu'au bout ce mariage qu'il espérait heureux. Le mobilier était élégant sans être trop tape à l’œil. Une table, quelques chaises, une coiffeuse pour madame, et quelques petites commodes venaient ça et là compléter l'espace. Un espace si grand que le grand lit entouré de courtines ne faisait absolument pas disproportionné dans la chambre. Finalement la seule chose qui n'avait pas changé, c'était la vue magnifique sur la mer, même si, à cette heure de la nuit, il était difficile de s'en rendre compte.

Après avoir présenté la chambre à Lucia, Rodrigue l'attira par une petite porte donnant sur couloir étroit. Là encore, tout avait été repensé. A droite, deux portes, et au bout du couloir, une troisième. La troisième donnait sur les salons privés du marquis que le Liancy ne montra que brièvement pour revenir auprès des deux portes de droite. La plus proche de la chambre était la pièce d'eau. Assez grande, elle donnait elle aussi sur la mer. Même dans cette pièce, Rodrigue avait fait en sorte que tout soit parfait. Des linges se trouvaient sur une petite étagère, et l'on trouvait un miroir, ainsi que qu'une petite commode sur laquelle se trouvait une multitude de lotions. Puis, via une porte qui menait vers la pièce d'à côté, Rodrigue guida Lucia vers le lieu qui, il le savait, risquait de devenir une véritable chapelle dédiée à la mode. A la lueur de la bougie, il allait peut-être être difficile à Lucia de considérer tout l'espace que son mari venait de lui offrir pour ses tenues, mais Rodrigue savait qu'elle allait aimer ce lieu. Il y avait des armoires, des commodes, et surtout, le jeune homme ne manqua pas de souligner à sa femme que ses malles étaient déjà là :


- Je me suis dit que si tu avais dans l'intention de t'éveiller à côté de ton époux, tu serais sûrement satisfaite d'avoir tes malles ici, fit-il nonchalant.

Puis il passa de nouveau un bras autour de la taille de Lucia pour la ramener vers la chambre. A peine étaient-ils de retour que le grand rouquin s'arrêta net, faussement confus.

- Ah. Mince. Suis-je bête ! Tiens, prends cette bougie, et retourne d'où l'on vient. J'ai oublié de te dire de regarder dans la plus grande armoire. Quelques petites choses t'y attendent.

D'un signe de la main et de son grand sourire, il la laissa retourner d'où ils venaient. Lui préférait rester dans la chambre, assis sur le bout du lit, attendant avec délectation une exclamation qui s’élèverait sûrement depuis la « pièce de Lucia » comme Rodrigue avait intérieurement pris l'habitude d'appeler cette alcôve dans laquelle on pourrait bientôt se perdre parmi les tissus et les bijoux de la marquise de Giglio.

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Message par Lucia de Liancy le Sam 10 Sep - 0:06

La jeune marquise avait pris énormément de temps pour discuter avec les différents petits groupes formés dans l'assemblée. Lorsque l'heure du bal sonna, elle n'avait pas encore pris une minute pour elle, pour reposer ses pauvres petits pieds qui la portaient depuis ce matin sans ciller. Alors, dès que la première danse fut terminée, elle déposa un délicat baiser au coin des lèvres du Liancy avant de jeter un coup d'oeil furtif en direction de son père. Elle se fraya alors un chemin parmi les danseurs afin de l'atteindre, lui qui comme d'habitude était assis sur le banc, avec un verre de vin à la main. Elle s'assit près de lui et, sans vergogne, retira ses chausses afin de laisser respirer ses orteils et ses talons quelques minutes. Ils s'échangèrent quelques banalités, comme si Fabrizio n'avait pas encore tout à fait réalisé qu'elle était devenue la marquise de Giglio, et donc celle qui avait en quelque sorte droit de fortune ou de faillite sur n'importe quel notable de l'île. Tout ce plan qu'ils avaient fomenté depuis leur première rencontre avec Guido n'avait plus beaucoup d'importance, seul le véritable amour qu'elle portait à Rodrigue comptait en cet instant. Puis, l'heure avança, son père prit congé, sous prétexte qu'il avait d'importants contrats à gérer de bonne heure le lendemain. Elle savait qu'il ne voulait pas s'avouer "trop vieux pour ces bêtises", alors elle se contenta d'un sourire avant de le raccompagner jusqu'à la porte, l'air particulièrement enjoué.

La salle de réception s'était considérablement vidée lorsque, par surprise, le roux arriva derrière elle pour l'inviter à poursuivre leur soirée aux étages supérieurs. A la fois ravie de vivre enfin un moment en tête à tête, et à la fois inquiète de ce qui allait justement se passer, elle le suivit, le coeur faisant des bonds vertigineux à l'intérieur de sa poitrine. A peine furent-ils cachés des regards indiscrets qu'elle fut assaillie de baisers, ce qui n'était certainement pas pour lui déplaire bien qu'elle ne préférait même imaginer la tête d'un potentiel domestique qui sortirait de l'ombre. Qu'irait-il raconter ? Que les Liancy n'avaient strictement aucune pudeur et, dans l'hypothèse où il exagérerait un peu, que les marquis n'étaient que deux gros pervers incapables de retenir leurs pulsions ? Le rouge lui monta légèrement aux joues, et presque en même temps, elle fut attirée vers une porte. Celle de la chambre où elle dormirait cette nuit, et tous les suivantes. Intriguée, elle offrit un petit sourire en coin à Rodrigue, le souvenir des goûts douteux du Liancy en matière de décoration bien en tête. Néanmoins, lorsqu'elle pénétra à l'intérieur de la pièce, ses yeux se mirent à briller. Il n'avait pas menti ! Cela ne ressemblait plus du tout à ce qu'elle avait vu. Elle ne voulait pas le vexer avec un commentaire taquin, pas maintenant. Elle aurait largement le temps de s'en occuper demain. Demain elle lui dirait qu'il avait nécessairement triché et qu'il avait fait appel à un décorateur, italien et de bon goût de surcroît. Pour l'heure, elle se contentait de compliments admiratifs et de remarques sur le fait qu'il était plus qu'aimable d'avoir complètement transformé cette sinistre chambre d'homme en une chambre dans laquelle elle pourrait dormir en se sentant complètement chez elle.

Arriva le moment de la fameuse pièce magique, celle où elle allait pouvoir ranger toutes ses robes sans les froisser et surtout sans avoir besoin de les compter. Jusqu'alors, elle avait toujours dû limiter ses achats afin que sa chambre ne se transforme pas en un sanctuaire dédié aux vêtements. Elle posa son regard sur les malles, déjà rapatriées de Giglio Porto. Elle allait sourire et se hisser sur la pointe de ses pieds pour le remercier de cette belle attention, mais sa nonchalance lui fit oublier bien vite de telles considérations, et elle haussa simplement les deux sourcils, les mains dans le dos, et d'un ton qui sentait bon le défi, elle lui dit, en italien parce qu'il ne méritait certainement pas son bel accent français :


-Cache ta joie ! Je vais finir par m'y noyer si tu la laisses tant déborder.

Un sourire en coin, et apparemment sa remarque fut comprise puisqu'il l'embarqua presque aussitôt vers la chambre. Et pourtant... Cette mine faussement confuse, et le discours allant avec finit de la convaincre qu'il essayait de faire le mec balèze et complètement détaché alors qu'en vérité il devait avoir au moins le même trac qu'elle. Déterminée à cesser maintenant cette mascarade, parce qu'elle aurait tout le temps de se pencher sur ses différents cadeaux le lendemain, elle se saisit de la bougie et, après l'avoir portée près de son visage afin de bien l'éclairer, elle souffla dessus avant de la reposer lentement sur la petite table de chevet, la pièce éclairée par la seule lumière de la lune à présent. Elle se pencha vers lui, qui s'était assis sur le bord du lit, et glissa une myriade de baisers dans son cou et près de son oreille, avant de lui susurrer qu'elle allait avoir besoin d'aide pour retirer cette robe qui, bien que fort belle, avait le désavantage certain d'être impossible à retirer seule.


*MOTION OF CENSURE, NEXT STEP !*


La nuit avait été courte, et pourtant la Casari se réveilla aux premières lueurs du jour. Après avoir cligné des yeux une ou deux fois, elle tomba nez à nez avec un roux encore profondément endormi. De là, elle prit pleinement conscience de la réalité de tous les événements de la veille et elle fit voler les draps sans sommation, se souvenant qu'elle avait des cadeaux en attente dans l'une des armoires de sa pièce. Essayant de ne pas faire trop de bruit malgré l'excitation qui était la sienne, elle s'empressa d'aller ouvrir le placard, tombant sur deux robes, l'une prune, l'autre vert amande. Cette fois, elle ne pu contenir plus longtemps sa joie et, se saisissant de la première robe qui lui tomba sous la main, elle se fendit d'un "HIIIIIIIIIIIIII" à réveiller les morts. Il fallait qu'elle l'enfile, tout de suite ! Sans plus attendre, elle se faufila dans la robe prune, parfaite pour l'hiver. Faussement prête, puisqu'elle ne s'était encore ni coiffée, ni maquillée, elle re-pointa le bout de son nez dans la chambre, pensant que le marquis avait dû être réveillé par le cri qu'elle avait poussé un peu plus tôt et que, par flemme suprême, il n'avait pas bougé le petit doigt pour savoir pourquoi elle avait fait ce bruit. Du coup, sans crier gare, et dans un français matinal et qui se voulait pourtant énergique :


-Ooooooh Rodrigue ! Ce robe soit très belle ! Regarde ! Mais regarde j'ai dit !

Ni une ni deux, voyant qu'il n'avait pas l'air de s'intéresser à son état de bonheur intense, elle grimpa debout sur le lit et fit quelques tours sur elle même non sans oublier de secouer le matelas avec ses nombreux petits pas.

-Hannnnnn ! Je sois ton femme maintenant ! Je sois Lucia de Liancy la marquise ! Je peux faire quoi ? Oh je sais ! Pause, et petit instant de luciadité. Non. Avant je dois manger. J'ai faim. Elle posa son regard sombre, intense, amoureux, ravi, etc. sur lui après avoir sauté du lit. Tu viens ? Alleeeeeeeeez ! Conclut-elle en lui tirant le bras pour le forcer à se lever. Pourquoi avait-il l'air si peu content de cette nouvelle journée !?
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Message par Rodrigue de Liancy le Sam 10 Sep - 22:48

Effectivement, la nuit avait été courte. Fortement agréable après tant d'émotions, mais particulièrement courte. Alors quand la voix de sa femme résonna depuis son sanctuaire vestimentaire, Rodrigue se retourna dans son lit en grommelant, estimant qu'il était encore trop tôt pour faire quoi que ce soit. Pour une fois qu'il avait l'occasion de ne pas se lever aux aurores car tout le monde comprenait qu'il n'allait certainement pas s'occuper des affaires de l'île le lendemain de son mariage, il était hors de question de quitter le lit avec précipitation. C'était oublier une chose importante : il était maintenant marié et il n'était plus le seul à décider. Lucia avait son mot à dire, et en cette matinée, elle parlait fort, trop fort. Il avait bien entendu le joli accent de sa tendre épouse, il avait bien compris que la robe était belle – sans trop savoir laquelle car il n'avait pas relevé le nez de ses draps – et que …

- Mmmhhhmhhh ?

Sa trop énergique épouse venait de lui ordonner de regarder. Que faire ? S'il commençait à relever la tête, c'en était fini de son sommeil. Elle lui demanderait de regarder ci, de faire ça...etc. Alors qu'en la jouant « homme fainéant » Lucia risquerait de se vexer. Fatigué, la tête dans le brouillard, il méditait encore la question lorsque la terre se mit à trembler. Rodrigue releva alors soudainement la tête, sa redressa, et constata que le tremblement de terre n'était rien d'autre que les jolies gambettes de sa femme qui piétinaient frénétiquement le lit. A cet instant, le Liancy comprit qu'il n'aurait pas la paix et que Lucia était bien trop enthousiaste pour lâcher l'affaire. Elle l'était tellement qu'il ouvrit enfin l’œil et regarda sa femme sauter sur le lit telle une enfant.

- Oui, la robe est très belle, finit-il par dire un sourire nonchalant vissé aux lèvres, mais c'est normal, il faut de belles robes pour habiller les belles femmes.

Et ce fut tout ce qu'il eut le temps de dire. Car maintenant elle avait faim et avait déjà retrouvé la terre ferme après avoir martyrisé le lit de ses petits pas. Manger ? Cela signifiait quitter le lit ? Oh noooon ! Mais Lucia ne lui laissait pas le choix. Elle happait déjà son bras hors du lit la vilaine ! C'était sans compter la force et l'agilité de Rodrigue, qu'elle sous-estimait visiblement, qui en un clin d’œil lui permirent d'attraper sa belle par la taille et de la ramener en son domaine : le lit. La rebelle ainsi retenue prisonnière dans ses bras, le marquis n'avait plus qu'à lui administrer une série de savants baisers sur les lèvres ou dans le cou pour la calmer quelques minutes. Amusé par le tour que prenaient les choses, le Liancy crut bon d'administrer un petit cours de français à Lucia en tête à tête.

- Oui tu es ma femme. Car ma chérie, on dit « Je suis ta femme » ou « Je suis ton épouse ».

Et comme elle était sa femme, Rodrigue décida qu'il pouvait encore se permettre quelques baisers pour lui rappeler que lui était bien son mari. Ils l'avaient tant souhaité, avaient patienté longuement, et à présent, ils devaient s'habituer à se réveiller côte à côte, ou quand l'autre l'avait décidé. Mais après avoir passé une longue journée observés de tous, Rodrigue n'était pas très pressé de sortir de cette chambre et préférait savourer ces quelques minutes avec sa femme, même s'il savait pertinemment qu'à présent, ils ne manqueraient pas d'occasions de se retrouver seuls. La petite leçon de français enseignée, Rodrigue n'avait toutefois plus de raison de ne pas accéder aux souhaits de Lucia, il relâcha donc son étreinte, s'assit dans le lit, et tendit son bras à Lucia :

- Je m'habille, nous mangeons, et je te montre ce que tu peux faire maintenant que tu es marquise. Quoi que. Ça, ça ne s'apprendra pas en un jour, très chère « Lucia de Liancy la marquise ».

Mais après tout, maintenant, ils avaient l'éternité pour tout apprendre ensemble. N'était-ce pas là l'un des plus beaux avantages du mariage ?

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