[BIR] "En garde ! Petite pucelle !"

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[BIR] "En garde ! Petite pucelle !"

Message par Anaïs de Lugnan-Vellini le Dim 8 Mai - 16:38

Les semaines avaient passé et la maisonnée Lugnan avait enfin repris son cours normal. François et Astride avaient fini par quitter les lieux, le premier suivant la seconde sur ses terres d'Hendaye, à quelques lieues de Biriatou. Quant à Yvain, il était à présent tout à fait remis de la maladie qui l'avait terrassé et cloué au lit durant des semaines. Et comme pour le féliciter de ne pas avoir passé l'arme à gauche, la providence avait voulu que Rodrigue rende ses terres de Monteroni pour devenir marquis d'une obscure île de la Mer Méditerranée. Terres qui, sur les conseils du nouveau marquis de Giglio, avaient été ensuite attribuées à Yvain. Si l'éloignement de Monteroni par rapport à Biriatou avait un temps arraché une moue à Anaïs, elle s'était finalement faite à l'idée que ces terres éloignées allaient constituer une nouvelle source de revenus pour leur foyer, même si cela allait les contraindre à se rendre sur place dans un futur plus ou moins proche.

Car malgré tous ces imprévus, Anaïs n'avait pas oublié la promesse qu'elle avait faite à Yvain. Lui apprendre à se défendre. Deux mois après avoir fait cette requête, son mari semblait toujours aussi décidé. La jeune femme n'avait, quant à elle, pas d'avis sur la question. Son époux allait bientôt avoir vingt-sept ans, alors il n'allait certainement pas devenir un as du maniement des armes. Personne ne devait se faire d'illusions là-dessus. Par ailleurs, Anaïs ne transigeait jamais lorsqu'il s'agissait de combattre ou tout simplement d'apprendre à combattre. Yvain allait donc sûrement baisser les bras, prétextant qu'il n'était physiquement pas fait pour cela. Ce qui était vrai, mais la dame de Biriatou se demandait si un peu d'effort physique n'allait pas être bénéfique pour son mari. Après tout, il était bien tombé malade alors que sa vie se résumait à son fauteuil et quelques déplacements au village.

Un beau matin de fin mai, Anaïs décida qu'il était grand temps d'entamer les choses sérieuses. Les jours précédents elle avait fait faire par Henri une petite lice dans les bois, afin que le couple puisse s'exercer dans de bonnes conditions et sans être dérangé. Il ne restait donc plus qu'à ferrailler. Ou presque. Car la blonde était consciente de tout le chemin qu'avait à parcourir Yvain avant même d'envisager pouvoir se battre avec une vraie épée.
A l'aube, donc, elle réveilla Yvain, lui intima de lever en vitesse et d'enfiler les vêtements qu'elle venait de lui apporter. Une tenue qu'elle avait spécialement fait concevoir pour lui et bien plus adaptée pour s'exercer que ses vêtements de tous les jours. Elle-même était déjà habillée et coiffée, prête à en découdre.


- Préparez-vous et rejoignez moi à la lice. Et ne vous avisez pas de vous rendormir.

Sachant pertinemment qu'elle allait avoir un peu de temps devant elle, elle emmena le matériel nécessaire à ce premier entraînement à la lice et se mit à patienter, assise sur une souche. Henri avait fait du beau travail, il avait même pensé à laisser de quoi s'asseoir. Le menton appuyé sur son bras lui même posé sur un genou, elle se demandait à quelle sauce elle allait manger son mari. Anaïs allait devoir être ferme, sans devenir absolument tyrannique. Yvain allait sûrement essayer de l'amadouer avec ses jolis yeux verts et son expression souvent morose, mais rien n'y ferait. Il pourrait bouder, ronchonner, et même se rouler par terre, s'il voulait apprendre à se défendre, il allait devoir se soumettre aux conseils et aux durs exercices qu'elle lui réservait.

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Re: [BIR] "En garde ! Petite pucelle !"

Message par Yvain de Lugnan le Dim 8 Mai - 21:50

Il lui en avait pourtant rabattu les oreilles pendant des semaines de cette envie d'apprendre à se défendre, mais lorsqu'elle le réveilla pour lui dire que ce jour était enfin venu, il grommela. Il ne grommelait pas parce qu'il allait enfin obtenir ce qu'il demandait depuis tout ce temps. Il grommelait parce que sa femme savait très bien qu'il avait en horreur de se lever si tôt. La simple idée que le soleil n'était pas levé depuis très longtemps allait le déprimer pour toute la journée. Journée qui serait assurément fatigante au possible. Son épouse était une femme merveilleuse, charmante, attentionnée, mais il s'agissait aussi de la soeur d'Astride. Ce qui pouvait laisser supposer que ce gêne de monstruosité était potentiellement à l'intérieur d'Anaïs, aussi. Seuls les femmes blondes de la famille Vellini en seraient atteintes... Autrement dit, le début de cette journée laissait présager une journée merdique ! Extrêmement merdique même ! Il était sommé de ne pas se rendormir, et il n'osait pas imaginer ce qu'elle lui ferait s'il s'y essayait. Alors il ronchonna jusqu'à ce qu'elle quittât la chambre, voyant que cela n'avait strictement aucun effet. Elle n'avait pas cédé. Il était donc bel et bien sommé de descendre. Maintenant. Ce fut donc en maugréant intérieurement contre le beau temps qu'il s'assit sur le bord de son lit en jetant un oeil sur les vêtements qu'on lui avait préparés.

-Mais. Qu'est-ce que. Des torchons ?

Il se saisit de ce qu'on lui avait laissé avec un air sceptique, voire même septique. Il était obligé de s'en vêtir s'il ne voulait pas subir le courroux de sa divine épouse mais il ne le faisait certainement pas avec envie. Elle qui lui avait fait croire, en faisant prendre ses mesures, qu'elle voulait lui acheter la dernière tenue tendance du moment l'avait bien roulé dans la farine ! Il ressemblait clairement à un sac dans cette tenue. Un sac de grain bien entamé certes, mais un sac quand même. Grognon, et mal sapé qui plus est, il daigna enfin emprunter les escaliers après avoir embrassé fils et fille sur le front. Un dernier bisou avant de finir handicapé d'un bras, ou pire, mort pour cause de mauvaise chute, ou de coup mal placé. La tête dans le brouillard et la motivation au point mort, il arriva là où Anaïs l'attendait déjà, au beau milieu de la forêt, dans une sorte de zone de non-droit ; un lieu où le peu de dignité que le Lugnan avait encore allait être honteusement foulé au pied, et par une femme ! Sa femme oui, mais une femme tout de même. Que la torture commence ! Quelle idée avait-il eue... Maintenant qu'il se retrouvait là, il commençait presque à la regretter.


Dernière édition par Yvain de Lugnan le Dim 22 Mai - 15:32, édité 1 fois

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Re: [BIR] "En garde ! Petite pucelle !"

Message par Anaïs de Lugnan-Vellini le Mar 10 Mai - 21:56

En voyant apparaître Yvain, Anaïs se mordit la lèvre inférieure. Dieu qu'il était ridicule dans cette tenue ! Elle avait pourtant pris ses mesures et s'était tournée vers un excellent tailleur, son mari n'en avait pas moins l'air très bête. La jeune femme était un peu déçue, elle pensait que cela lui irait bien, mais le résultat n'était définitivement pas celui escompté. Même ajustés, ses vêtements donnaient l'impression qu'il était encore plus maigrichon qu'à l'ordinaire. Avec un peu de chance il allait s'emplumer après des semaines et des semaines d’entraînement. Avec un peu de chance.

Malgré ce petit désagrément, Anaïs était enchantée. Oui oui, enchantée. Car enfin elle allait pouvoir sortir de son rôle de mère qui l'avait tenue éloignée de tout usage des armes. Elle savait se battre, mais cette connaissance de l'art de combattre ne lui était plus utile. Au moins elle était assez agile pour jongler entre sa fille et la surveillance de son fils en un clin d’œil. Alors l'insistance avec laquelle Yvain semblait vouloir apprendre à se défendre avait fini par l'enthousiasmer, peut-être plus que de raison.  
Malicieuse, Anaïs se leva et tourna autour du Lugnan avec un œil inquisiteur. Il était grognon, très grognon. Elle savait qu'il détestait se lever tôt, mais il n'avait pas le choix. Tout le temps qu'elle allait le former, Yvain allait devoir suivre ses règles. Des règles qu'elle s'apprêtait à lui édicter dans les grandes lignes afin que tout soit bien clair dès le départ.


- Je suis désolée mais… ça va être ainsi tous les matins jusqu'à ce que je vous considère fin prêt. Cela va être fatiguant, difficile, mais nécessaire.

Anaïs n'avait pas précisé combien de temps cela allait prendre, car elle-même n'en avait pas la moindre idée. Elle allait devoir jauger ses compétences, qui devaient être proche du néant, et ses capacités à apprendre rapidement, qui ne devaient pas être beaucoup plus élevées.

- Rassurez-vous, nous allons y aller pas à pas. Je ne vais certainement pas vous faire combattre dès aujourd'hui. Je vais d'abord vous évaluer et j'adapterai votre apprentissage selon les résultats de cette évaluation. Mais avant…

La blonde fit son plus beau sourire et afficha des yeux enchanteurs. Il n'était pas très solide, elle ne pouvait donc pas lui demander, à froid, de lui montrer ce dont il était capable. Il fallait donc une petite séance d'échauffement ! Quelques tours de lice n'allaient pas lui faire de mal ! Après lui en avoir donné l'ordre, elle se mit à l'imiter, se disant qu'elle avait bien besoin de se dégourdir les jambes elle aussi. Les tours achevés, elle lui montra quelques petits mouvements à effectuer. Enfin, Anaïs s'éloigna quelques secondes et revint avec une épée en bois et un bouclier.

- Prenez ceci. Et mettez-vous en position, comme si j'étais un ennemi prêt à vous attaquer. Ne me dites pas que vous ne savez pas faire, je m'en doute. Mais je vous corrigerai.

Quelque chose lui disait qu'elle allait vivre un moment d'anthologie. Simple intuition féminine.

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Message par Yvain de Lugnan le Dim 22 Mai - 15:31

D'un oeil relativement mauvais, il la regardait lui tourner autour. Il avait la sinistre impression d'être du bétail qu'on choisit pour l'abattage du jour. Il fallait que la bête soit bien en chair et pas trop nerveuse pour faire l'affaire. Si côté nervosité il pouvait être très facilement sélectionné, au niveau de la musculature il serait assurément recalé. Tant mieux ou non, il pouvait au moins se rassurer en se disant qu'il ne serait pas abattu tout de suite et qu'il pourrait peut être revoir sa fille ce soir. C'est alors qu'il fut pris d'un hoquet. N'osant guère faire répéter à son épouse ce qu'elle venait de dire et ne préférant pas s'essayer à un grommellement avant même que l'entraînement ne soit commencé, il se contenta de rester stoïque. Au fond il était presque en train de pleurer toutes les larmes de son corps à la simple idée de devoir se lever aux aurores tous les matins jusqu'à ce qu'il soit considéré comme correctement formé. Autant dire que, lucide, il savait parfaitement qu'il allait se lever à l'aube jusqu'à la fin de sa vie... A moins que la patience de son épouse ne s'épuise avant... Par contre :

-Courir ? Pardon mais...

Pas le temps de rétorquer que la blonde lui poussait déjà aux fesses pour qu'il s'active. Ce fut donc d'un pas extrêmement hésitant qu'il entama sa course. Que diable était-il en train de faire ? Il n'avait jamais couru depuis qu'il avait appris à marcher ! Peut être une fois ou deux quand son horrible cousin le poursuivait à travers les jardins, mais il se faisait toujours rattraper et il avait fini par abandonner ; accordant plus d'importance à rester cloîtré dans sa chambre, à s'instruire. Pourtant aujourd'hui, il allait devoir inverser cette tendance, faire le vide dans son esprit pour injecter sa menue motivation dans ses jambes. Sentant qu'Anaïs ne comptait pas continuer à courir aussi lentement encore longtemps, il se força à augmenter la cadence afin de ne pas paraître ridicule dès le premier exercice. Un effort que son corps considéra comme surhumain car les tours à peine terminés, il avait déjà les deux paumes posées sur les genoux, à la limite d'expulser ses poumons par sa respiration bruyante.

Qui eut cru que devenir un chevalier servant était si complexe ! Certainement pas lui. Et alors qu'il espérait qu'elle sonnerait la fin de l'entraînement pour aujourd'hui, elle enchaîna en lui donnant ce qui lui servirait d'arme et de défense pour cette fois. Il se redressa, se saisit de son matériel en le regardant d'un air perplexe et se... mit en position ? Ne sachant guère ce que cela pouvait bien signifier, ayant regardé plutôt distraitement ce qu'elle lui avait montré un peu plus tôt, il se tint droit, le bouclier devant lui et l'épée parallèle au sol, plutôt comme s'il s'agissait d'une lance et non d'une épée. Peu confiant, il releva légèrement la tête par dessus son bouclier et demanda quand même confirmation avant de "lancer l'offensive" :


-Cela ne fait point mal ? N'est-ce pas ?

En vérité il était plus inquiet du mal qu'elle pourrait lui faire plutôt que de celui qu'il pourrait lui faire. Il savait que son épouse avait été soldat avant d'être mère, et que de ce fait elle savait très probablement éviter les coups venant de boulets de son genre.

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Re: [BIR] "En garde ! Petite pucelle !"

Message par Anaïs de Lugnan-Vellini le Dim 22 Mai - 18:50

Devenait-elle sadique ? C'était là la question que se posait Anaïs en voyant le pauvre Yvain qui semblait déjà à bout de forces. En un sens oui, car elle appréciait de le pousser dans ses retranchements, loin du fauteuil dans lequel il comatait toute la journée. Il y avait chez son époux de l'orgueil, une fierté qu'il n'exprimait que très rarement, mais qu'elle rêvait de voir apparaître. Le Lugnan était peu spontané, toujours dans la réflexion, comme coupé de toute réalité. La souffrance qu'il allait ressentir durant ces entraînements, et sûrement après grâce aux courbatures, pouvait lui être bénéfique, le rappeler à une certaine réalité. Car ce ne serait pas un mal venu d'une quelconque maladie, ce serait un mal choisi. Il voulait apprendre à se défendre, elle allait donc lui apprendre à se défendre, avec toutes les difficultés que cela comportait.

Néanmoins, Anaïs avait tout de même un peu pitié de ce pauvre Yvain. Frêle comme tout, courageux sur le tard, elle allait devoir le forcer à se surpasser en se montrant autoritaire. Ce n'était pourtant pas une recrue qu'elle allait former. C'était son mari, l'homme dont elle était follement amoureuse, même si elle avait conscience qu'il était un être chétif en dépit de sa grande taille qui permettait, de prime abord, de croire le contraire. A cause de cet amour inconditionnel qu'elle lui portait, Yvain eut donc la chance de ne pas subir un torrent de moqueries lorsque les yeux bleus de la jeune femme se posèrent sur lui. Il était ridicule. Le voir pour la première fois avec une épée en bois et un bouclier avait quelque chose de naturellement comique. La façon dont il tenait ladite épée et son bouclier rajoutait une dose de ridicule à la situation. L'espace d'un instant, Anaïs fut tentée de s'élancer contre lui, désarmée, convaincue que ce simple mouvement suffirait à faire basculer le pauvre Lugnan au sol.

Elle ne le fit pas. Tout juste arbora-t-elle un sourire malicieux sous-entendant que le pauvre Yvain allait en avoir pour des semaines d’entraînement, car il était déjà bien mal engagé.


- Ça ne va pas. Si je vous attaque et que vous êtes dans cette position, vous êtes mort. Et comme je ne tiens pas à être veuve, je vais vous expliquer comment vous devriez vous tenir. Soyez attentif.

Lentement elle se rapprocha de lui et lui demanda de fléchir les jambes. En étant raide comme un piquet, il n'avait aucun appui et pouvait facilement être déstabilisé. Elle posa ensuite ses mains sur ses bras pour lui montrer comment tenir son épée factice et le bouclier. La jeune femme recula alors de quelques pas et regarda son œuvre. Voilà qui était bien mieux ! Mais allait-il pouvoir tenir plus de quelques secondes dans cette position ? Mystère. Pour vérifier sa concentration, elle se remit alors à lui donner quelques conseils :

- Si vous n'êtes pas souple, vous êtes mort. Vous devez toujours être en capacité de vous mouvoir facilement. Vous pouvez ainsi mieux esquiver. Or entre esquiver et parer, si vous le pouvez, optez pour l'esquive.

Anaïs retourna auprès de lui et accrocha un bras à sa taille. Lentement elle lui montra comment se déplacer tout en gardant une position lui permettant de ne pas être lamentablement déséquilibré. Au bout de quelques minutes, elle revint devant lui :

- Combattre est une question d'anticipation. Pour cela ne quittez jamais votre cible des yeux. Jamais. Vous devez pouvoir deviner de quel côté vous serez attaqué, et agir en conséquence.

La blonde alla alors s'équiper d'une épée en bois et d'un bouclier. Pas qu'elle avait peur d'être blessée, mais elle préférait s'éviter un coup inutile provenant d'un Yvain pas encore très doué.

- Je vais vous attaquer et vous allez devoir esquiver mon coup, ou le contrer avec votre bouclier. D'accord ?

Sans plus tarder elle lança son attaque, d'un geste plutôt lent afin de mesurer la qualité des réflexes d'Yvain. Car il était fort à parier que de ce côté là aussi, il y aurait beaucoup de travail à faire…

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Re: [BIR] "En garde ! Petite pucelle !"

Message par Yvain de Lugnan le Lun 23 Mai - 21:13

Mort ? Même pas blessé, non. S'il s'entêtait à rester dans cette saugrenue position il mourrait au premier coup de son adversaire. Bien qu'il ne comprenait guère pourquoi, se sentant bien protégé derrière son bouclier et sa lance-épée, il suivit du regard son épouse qui s'approchait de lui afin de lui expliquer la bonne manière de se tenir. Telle une pâte à modeler à peine sortie de sa boîte, il se laissait faire sans trop broncher, profitant de ces quelques secondes de répit comme s'il était question d'heures entières. Reculé sur ses appuis, dans une position des plus inconfortable pour lui tant il n'en avait pas l'habitude, il l'écoutait déblatérer de nouvelles directives qui, s'il ne les respectaient pas, pouvaient être dangereuses pour sa vie. Encore. Et si adopter une posture clownesque passait encore, dès lors qu'il fut question de souplesse, il laissa tomber ses bras le long de son corps, le regard presque hagard. Elle voulait qu'il devienne souple. Pour sur que si n'importe quelle personne connaissant un tant soit peu Yvain eut été présent à cet instant, il serait hilare, à la limite d'en mourir tout justement. Une technique à approfondir si jamais il ne devenait pas le chevalier qu'Anaïs semblait espérer faire de lui ?

Une nouvelle fois, il se laissait modeler, bien moins confiant que la première fois. Car si tout à l'heure elle s'amusait simplement à le mettre dans une position adéquate, cette fois, elle essayait de lui faire prendre conscience de sa souplesse. Autant essayer de tordre un manche à balai, ou pire, de vicier un fond de marmite en cuivre. Le résultat serait probablement plus probant... Car raide comme il l'était, les tentatives de la blonde restèrent relativement veines. Si l'idée de ne jamais quitter son adversaire des yeux lui paraissait somme toute logique, restait toujours le problème de son incapacité à esquiver. Ne lui restait plus qu'à parer. Or, en plus d'être aussi souple que le chêne d'Allouville, il avait une force équivalente à celle d'une crevette grise. Perplexe quant à ses capacités, il suivit donc son épouse du regard -puisqu'il ne devait pas la quitter- et la vit s'équiper. Horreur ! Elle allait l'attaquer ! Pris d'une panique intérieure, il tenta de rassembler ses souvenirs concernant la position qu'il devait adopter afin de ne pas perdre l'équilibre, et surtout afin de ne pas mourir. Pour le reste, il priait, toujours intérieurement, qu'elle n'allait pas mettre toute sa force dans le coup, peu certain d'être capable de l'arrêter...

Il n'eut même pas le temps de dire qu'il n'était pas tout à fait d'accord avec cette stratégie offensive qu'elle se lançait déjà sur lui. Esquive sur le côté ? Impossible. Il allait se vautrer, et potentiellement se luxer la cheville en même temps. Parer le coup avec son bouclier ? Trop tard, il avait déjà trop réfléchi pour arriver à temps à l'endroit de l'impact, en considérant qu'il jaugeât le dit impact au bon endroit. Se plaindre et essayer de l'apitoyer ? Pas déjà... Ne restait plus qu'une solution, et pas des moindres : se rouler par terre ! Ni une, ni deux, son instinct semi primitif reprit le dessus l'espace d'une seconde et il se laissa tomber lamentablement sur le sol, les genoux en avant. S'il y avait bien une partie de son corps dans laquelle il avait pleine confiance, c'était bien ses genoux. Ils n'avaient jamais flanchés malgré les lieues et les lieues qu'il avait parcourues, en marchant bien sur. Il releva son air niais vers son épouse, cherchant dans son regard un semblant de félicitations pour avoir si magistralement évité le coup.

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Re: [BIR] "En garde ! Petite pucelle !"

Message par Anaïs de Lugnan-Vellini le Mar 24 Mai - 18:20

En attaquant son mari, Anaïs s'attendait au pire. Elle ne fut pas déçue. Alors qu'elle s'élançait vers lui en visant son torse car c'était là la partie la plus facile à atteindre pour elle, et la plus facile à défendre pour lui, Yvain s'écroula sur ses genoux. Chose incroyablement stupide qui eut au moins le mérite d'arrêter net l'élan de la blonde. Stupéfaite, Anaïs le considéra pendant quelques secondes, les yeux écarquillés, avant de froncer les sourcils, faire un pas en avant, taper du bout de sa botte droite contre l'épée en bois d'Yvain pour qu'il la lâche, et, en une fraction de seconde, coller le tranchant de son arme fictive contre sa carotide.

- Désarmé. Décapité. Désastreux, me voici veuve.

Et la sentence était irrévocable. Avec n'importe quel apprenti, elle aurait été catastrophée de voir un acte aussi stupide. Mais c'était Yvain, et dans son cas, cet acte stupide ressemblait plus à une tentative audacieuse. Tentative complètement ratée, mais c'était déjà beaucoup pour un esprit d'ordinaire si peu fantaisiste. Si intérieurement Anaïs lui pardonnait car elle savait pertinemment qu'il n'avait aucune connaissance en matière d'autodéfense, sauf lorsqu'il s'agissait d'esquiver les miasmes et les rigueurs d'un hiver, il lui était impossible de ne pas le reprendre sévèrement afin d'éviter qu'il ne reproduise plus ce type d'action.

- Par esquiver, j'entends « éviter un coup tout en veillant à ne pas se remettre aussitôt en danger ». Ici vous venez de faire une action suicidaire. Vous abaisser face à un ennemi, pourquoi pas. Mais vous êtes très grand, donc votre ennemi sera, la plupart du temps, plus petit que vous. Vous abaisser c'est donc vous exposer. Pire, en vous mettant à genoux vous perdez toute mobilité. Vous êtes donc exposé et incapable de riposter.

Après un sourire pour le rassurer, elle lui montra les quelques pas qu'il aurait pu faire pour esquiver son coup sans se mettre immédiatement en danger. Des choses toutes simples qu'elle ne manquerait pas de lui enseigner et de lui rappeler lors des très nombreux entraînements qu'il allait devoir suivre. Anaïs avait déjà une idée de l'ampleur du travail qui l'attendait et des exercices qu'elle allait lui imposer. Avant de lui détailler le menu des réjouissances, la Lugnan-Vellini demanda à son époux de se relever et s'éloigna pendant une poignée de secondes. Quand elle revint auprès de lui, elle tenait un épée, une vraie cette fois.

- Votre principal problème pour le moment, c'est votre mobilité. Vous êtes trop raide. Si vous êtes lent, si vous n'avez pas les bons appuis, si vous ne vous déplacez pas avec souplesse, vous n'arriverez à rien. Prenez cette épée. Elle lui tendit alors l'arme et reprit : Elle est lourde, ce qui fait qu'elle vous est totalement inutile si vous n'êtes pas en mesure de vous mouvoir avec, ou de la manier. L'épée doit être comme une extension de vous-même, mais une épée n'est pas plus dangereuse qu'un bout de bois si on ne l'utilise pas comme il faut, si on ne l'accompagne pas.

Tout en parlant, Anaïs avait conscience du nombre gigantesque de paramètres qu'Yvain allait devoir prendre en compte. Et pour les prendre en compte, il allait tout d'abord devoir les apprendre. Quand elle lui annoncerait tout ce qui l'attendait, son mari allait sûrement s'enfuir en courant. D'ailleurs, il en avait peut-être déjà envie. Mais Anaïs avait constaté que son envie d'apprendre était sincère. Ce qui bloquait Yvain était sa condition physique. La peur de se blesser lui-même, d'être blessé de la main de sa femme, ou de la blesser semblait le tétaniser, même s'il ne l'avouait qu'à demi-mot. Il allait devoir surmonter cette peur, et la jeune femme était prête à y passer des mois s'il le fallait.

- Pour le maniement de l'épée, nous allons attendre encore un peu. Vous n'êtes physiquement pas prêt. Vous déplacer de votre lit jusqu'à votre fauteuil, vous balader tranquillement sur le domaine ou faire votre devoir conjugal ne semble pas suffisant. Nous allons donc procéder par étape.

Anaïs prit son inspiration car la liste allait être très longue. Courage.

- Donc, en premier lieu, la condition physique. C'est à dire la souplesse, la force – ce qui va impliquer de vous muscler un peu – et l'endurance. L'autre groupe d'exercices concerne les mouvements au combat, donc tout ce qui est posture, déplacements et réflexe ou anticipation. Et dernier groupe d'exercices : initiation aux différentes armes, maniement de l'épée, je vous enseignerai des attaques et des parades.

Et oui. Tout ça. Yvain risquant de s'en aller en courant (car pour fuir il serait bien capable de courir cette fois), la blonde s'empressa d'ajouter.

- Ça va aller ? Est-ce que vous en avez fait déjà trop aujourd'hui ou vous vous sentez capable de faire d'autres exercices ? Je ne suis pas une tortionnaire, au début nous allons y aller doucement. Par contre, au bout d'un moment, vous n'aurez pas le droit de vous plaindre. Je déciderai.

Parce que s'ils devaient se fier exclusivement aux douleurs du Lugnan, ils n'allaient pas faire grand-chose !

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Re: [BIR] "En garde ! Petite pucelle !"

Message par Yvain de Lugnan le Jeu 26 Mai - 22:07

En voyant la mine désabusée, puis particulièrement dépitée de son épouse, le Lugnan comprit avant même qu'elle n'ouvre la bouche que sa feinte n'était pas celle qu'il eut du faire pour obtenir les grâces blondesques. Ses impressions furent rapidement confirmées par une sorte de petit picotement dans la gorge, comme si elle avait senti que s'il avait été question d'une vraie épée, elle ne serait déjà plus rattachée à son tronc. Il ravala donc sa salive bruyamment, comprimant encore un peu plus sa gorge contre le bout de l'arme en bois. La sentence verbale lui tomba lourdement sur la tête, qu'il baissa légèrement, accablé par le poids du reproche qui lui était fait. Cela semblait évident qu'il ne fallait pas se rouler par terre ! Pourquoi diable n'y avait-il pas songé avant de le faire ? Diantre, qu'avait-il fichu depuis toutes ces années ? Lire des contes de chevalier servant à son fils ne semblait pas suffire à l'instruire sur les bonnes pratiques du duel à l'épée. A quoi pouvaient donc bien servir ces bouquins ? On n'utilise pas des parchemins simplement pour écrire des fables qui endorment les enfants. Il faut un but. Un vrai. Il plissa légèrement les yeux à ses pensées, mais il fut promptement rappelé à l'ordre par le ton sec et cassant de sa divine -mais quand même vilaine- épouse.

Il l'écoutait sagement, tel un enfant qui venait de faire une bêtise et qui se faisait houspiller. S'il avait été malin -ce qu'il était très loin d'être-, il se serait empressé de se saisir des jambes de la blonde afin de la faire tomber par terre afin de lui prouver qu'il n'était pas complètement inutile une fois roulé dans la boue. Pourtant, cette idée ne lui traversa même pas l'esprit et il faisait simplement tout ce qu'elle lui demandait de faire. Ainsi il se releva et la regarda s'éloigner et la vit se rapprocher de lui avec une épée qui n'avait pas l'air d'être un jouet. Ses yeux s'écarquillèrent, modérément afin de ne pas montrer son appréhension extrême, mais il était à mille lieues d'être à l'aise avec cette chose en face de lui. Il s'essaya encore une fois à l'humour, dans l'espoir de s'auto-détendre :


-Un bout de bois inoffensif ? Vous avez failli m'égorger. Avec un bout de bois.

La blague qui fit un flop -comme d'habitude-, puisque la Vellini ne la releva même pas et poursuivit ses explications concernant le planning de ces prochaines semaines. Voire mois. Mieux valait-il prévoir large avec une grande gigue pareille. Il lâcha un léger soupir en comprenant qu'ils n'allaient pas utiliser l'engin de torture qu'était l'épée aujourd'hui et qu'elle réservait cet exercice pour plus tard. Ce n'était que reculer pour mieux sauter, mais le plus tard était le mieux ! En l'entendant déblatérer tout ce qu'il allait devoir faire avant d'avoir l'immense honneur de pouvoir se battre, il devenait de plus en plus déprimé. Il ne serait probablement jamais souple, il allait mettre des années et des années à avoir une masse musculaire utilisable, quant à l'endurance... Il n'allait pas pouvoir s'entraîner pendant l'hiver, ni s'il faisait trop chaud. Dans le premier cas, il risquait le coup de froid et l’alitement forcé pendant trois semaines. Tandis que dans l'autre il risquait l'insolation et le malaise. Conscient de cet état de fait, mais probablement pas tout à fait conscient de l'état actuel de son corps déjà fatigué par le peu de choses qu'il venait de faire, il répondit d'un ton assuré :

-Continuons. La souplesse peut être. J'imagine que cela est moins. Ereintant. Surtout en sachant qu'il ne deviendrait jamais un petit rat d'opéra ! Ni même un gros rat d'opéra d'ailleurs.

Une dernière question le taraudait, même s'il ne serait probablement pas concerné avant la Saint Glin-Glin :
L'épée. Est-ce obligatoire ? Puis-je choisir autre chose ? L'arc ?

Pourquoi l'arc me direz-vous ? Parce que malgré un humour plus que douteux, le Lugnan n'en restait pas moins pragmatique. Adoncques, il avait conclu que l'archer était un homme de combat, sans tous les désagréments du combat. L'archer se situe en hauteur, et de fait loin des combats, ce qui limite grandement la possibilité d'avoir un adversaire et donc d'être obligé de parer. De toute sa grandeur, il avait une vision de loin. A cela on pouvait ajouter une bonne vue générale. Dans ces conditions, ne lui manquerait plus qu'à apprendre le tir à l'arc et l'anticipation. Le programme théorique "archerie" avait l'air bien moins chargé que le programme technico-pratique "soldat de première ligne" exposé par Anaïs. Pourquoi avait-il la sinistre impression qu'elle allait refuser pour le tir à l'arc ?...

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Re: [BIR] "En garde ! Petite pucelle !"

Message par Anaïs de Lugnan-Vellini le Ven 27 Mai - 19:52

Le Lugnan était une espèce surprenante. Son habitat naturel était composé d'une demeure seigneuriale confortable, d'un fauteuil auprès d'une cheminée et d'une épouse aimante entourée de deux enfants adorables. Pourtant, il lui arrivait d'avoir certaines lubies, comme si pour se rassurer de son existence, il avait besoin de sortir de sa zone de confort. Or le Lugnan était un brin irréaliste. Et dès que les premières difficultés surgissait devant son petit nez, il était pris d'une soudaine envie de se carapater bien loin d'elles ou de les contourner astucieusement. Malheureusement pour lui, la femelle du Lugnan était un être inflexible.

- Non.

Anaïs lui sourit, et pour ne pas totalement ruiner ses espoirs, elle ajouta :

- Je peux vous enseigner les bases du tir à l'arc, mais je ne délaisserai pas votre formation à l'épée et aux armes blanches. Vous avez plus de chances de combattre en corps à corps qu'à distance.

Son refus était aussi motivé par une autre raison : elle n'était pas très bonne au tir à l'arc. La blonde risquerait donc de ne pas être en mesure de lui enseigner cette discipline comme il le fallait, d'autant qu'il n'y connaissait absolument rien. Ils pourraient faire appel à un maître d'armes, mais Yvain supporterait-il qu'un inconnu le malmène comme elle allait le faire ? C'était peu probable.

Avant de s'attarder sur les armes, il fallait déjà permettre à Yvain d'avoir une condition physique correcte. Son mari ayant suggéré de travailler la souplesse, Anaïs lui fit la démonstrations de quelques exercices. Mais ce qu'elle lui montrait, ce n'était que de la théorie pour lui. Et quand l'heure de la pratique fut venue, le pauvre Lugnan eut de nombreuses difficultés. Néanmoins, Anaïs ne le lâcha pas d'une semelle, le reprenant quand il faisait n'importe quoi, l'encourageant lorsqu'il se trouvait en difficulté, et le félicitant lorsqu'il parvenait à réussir ce qu'elle lui demandait.
Pour varier un peu, Anaïs ajouta quelques exercices de musculation qui lui paraissaient assez simples et qui ne risquaient pas de provoquer une mort subite chez Yvain.

A midi, la Lugnan-Vellini estima qu'il était grand temps de rentrer. Car s'ils avaient fait plusieurs pauses dans la matinée, elle commençait à avoir grand faim.


- Bien ! Ce fut une bonne matinée. Demain on fera à peu près la même chose je pense. Il faut y aller progressivement.

Mais bon, là il faut surtout aller manger ! A taaaaaaaaaable !

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Re: [BIR] "En garde ! Petite pucelle !"

Message par Yvain de Lugnan le Dim 29 Mai - 21:27

La bouche du Lugnan s'arqua d'une moue de déception. Elle avait bel et bien refusé qu'il se concentrât sur le tir à l'arc, se cachant derrière l'argument qu'il aurait plus souvent à faire à des adversaires au corps à corps. Ce n'était certes pas tout à fait faux, mais il était aussi tout à fait lucide : si un brigand venait à l'attaquer un jour, il serait déjà mort le temps de percuter qu'il se faisait attaquer. Néanmoins il devait faire bonne figure, donner l'impression que tout cela allait réellement donner quelque chose de positif. Si lui même n'y croyait pas, cela n'arriverait forcément jamais, mais d'ici à ce qu'il comprenne qu'il y avait le mental avant le physique... Une vie se serait passée ! Il suivit donc les exercices proposés par son épouse avec une espèce d'application, mélange entre l'envie de bien faire pour montrer à la blonde que c'était un homme et entre l'ennui profond car tout cela était bien loin de ce qu'il aimait faire de ses journées. Dieu que c'était difficile d'être un homme et de s'assurer l'amour inconditionnel d'une femme. Si seulement on le lui avait dit plus tôt, peut être y aurait-il songé à deux fois avant de tenir absolument à avoir une descendance.

A chaque fin de série, il espérait qu'elle sonnerait la fin de la journée. Malheureusement, après une petite pause qui le laissait croire que c'en était fini pour aujourd'hui, elle repartait pour de nouvelles contorsions censées apporter de la souplesse. Et à chaque fois qu'ils repartaient pour de nouvelles aventures, il se demandait pourquoi il n'avait pas demandé à ce qu'ils en arrêtent là lorsqu'elle le lui avait demander. La prochaine fois, il ravalerait sa fierté et secouerait vivement la tête de bas en haut avant de s'écrouler honteusement par terre, histoire de bien appuyer le fait qu'il était fatigué. Lui même ne savait pas où il était en train de puiser l'énergie qu'il utilisait, et cela n'était pas fait pour le rassurer. Dans quel état allait-il être cet après-midi ? Si tant est que l'entraînement ne dure pas toute la journée. Sinon, dans quel état allait-il être demain ? Dans l'hypothèse où il ne meurt pas de fatigue dans son sommeil. Plus les exercices s'enchaînaient, moins le Lugnan arrivait à s'imaginer l'état dans lequel il finirait, comme si le sport faisait griller tous ses neurones un par un. Un explication au fait que son cousin était con comme un manche à balai ? Tandis que lui n'était que raide comme ce même manche à balai ? Ce qui voudrait dire qu'il faudrait les deux cousins pour avoir un balai complet ? Hein ? Il fronça les sourcils, perturbé lui même par les pensées bizarres qu'il avait. Il fallait absolument que ça se finisse, ou il allait finir complètement con à ce rythme.

Puis, à l'instant même où son estomac commençait à faire des grognements -ce qui n'arrivait généralement jamais, il mangeait parce qu'il savait qu'il fallait le faire- son épouse décida d'enfin arrêter la torture. Il s'assit alors sur le sol, l'air hagard, comme étonné que ses prières fussent enfin entendues. Il resta là encore de longues minutes, le coeur battant et emprunt à une immense fatigue. Il se redressa enfin, difficilement, et sans mot dire se dirigea vers la maison, tel un zombie attiré par de la chair fraîche. Il huma l'air, sentant qu'Elise avait probablement préparé quelque chose de très bon, mais il avait l'impression que même les muscles de sa mâchoire n'étaient plus en état de marche. Il se contenta donc de regarder les escaliers, de soupirer en voyant l'effort surhumain qu'il allait devoir fournir pour monter toutes ces marches, et de finalement s'affaler dans son fauteuil pour s'endormir presque instantanément. Il resta avachi dans son fauteuil quelques heures et fut malencontreusement réveillé par les pleurs de Wilgeforte. Il ouvrit alors grand les yeux et essaya de s'appuyer sur les accoudoirs pour se redresser et fut saisi de douleurs sans commune mesure dans les bras. Il s'immobilisa alors, particulièrement angoissé, et appela son épouse dès que les pleurs se furent calmés :


-Ma Dame ! Il attendit de la voir poindre le bout de son nez en haut de l'escalier et poursuivit : Qu'avez-vous fait ? Je ne puis bouger.  Je me momifie !

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Re: [BIR] "En garde ! Petite pucelle !"

Message par Anaïs de Lugnan-Vellini le Lun 30 Mai - 22:28

Plus que jamais, le repas fut une bénédiction. « Plus que jamais » car en temps normal Anaïs mangeait comme un petit oiseau, contrairement à sa sœur jumelle qui était capable d'engloutir tout un garde-manger en dix minutes. Si un jour vous deviez vous retrouver sur une île déserte avec l'une des jumelles Vellini et une quantité très réservée de nourriture, priez pour que ce soit avec la blonde plutôt qu'avec la brune : vous pourriez survivre plus longtemps. Mais ce midi-là, mieux valait ne pas se trouver par hasard sur son chemin avec de bons produits dans un petit panier sous peine d'être totalement dévalisé. Car il y avait bien longtemps que la petite Dame de Biriatou ne s'était pas autant exercée intensément. Plus précisément, elle n'avait pas retouché à une arme depuis la naissance de Georges. Depuis une éternité donc. Son corps avait donc décrété qu'elle devait absolument manger pour compenser ce soudain changement dans ses habitudes. Car si elle était bien plus active sur une journée que son mari, Anaïs devait reconnaître qu'il lui faudrait, à elle aussi, quelques jours pour s'adapter à cette nouvelle routine.

Après avoir dévoré le déjeuner préparé avec amour par Élise, la jeune femme s'était empressée d'aller surveiller sa progéniture tandis que le Lugnan se reposait dans son fauteuil. Un peu trop longtemps d'ailleurs, car au bout de quelques heures, la voix angoissée de son époux résonna jusque dans les chambres. Une voix qui sonnait comme une alerte pour Anaïs, toujours aussi dévouée à l'homme qu'elle aimait. Après avoir demandé à Élise de surveiller les petits, la blonde apparut en haut de l'escalier, scrutant Yvain en fronçant les sourcils. Ce qu'elle avait fait ? Se fichait-il d'elle ? Devant cette odieuse accusation qu'elle ne comprenait pas, car ne reposant sur rien, mais qui n'en restait pas moins une accusation, Anaïs descendit les escaliers et s'arrêta devant le Lugnan.

- Ce que j'ai fait ? Rien du tout, répondit-elle sèchement avant de lever les yeux vers le plafond durant un instant, faussement pensive. Ah si ! Pardonnez-moi. Je vous ai entraîné pour vous permettre d'apprendre à vous défendre, comme vous me l'aviez demandé.

Paradoxalement, un sourire ponctua sa phrase. Elle était vexée, mais Yvain devait souffrir le martyr pour être si injuste envers elle. Ce n'était pas faute de l'avoir prévenu en lui disant que les débuts allaient être très difficiles. Mais Yvain était plus têtu qu'une mule et avait sûrement évité de penser au contrecoup de ses efforts. Son corps était encore trop capricieux pour supporter d'être bousculé de la sorte.

- Vous ne vous momifiez pas, finit-elle par le rassurer. Vous avez tout simplement des courbatures. Si cela peut vous faire plaisir, je risque d'en avoir quelques unes demain matin aussi. Vous allez simplement devoir vous y habituer pendant les premiers jours, mais à force, vous n'allez plus en avoir. En attendant, j'ai un onguent à la lavande qui vous soulagera.

Mais il ne pouvait pas rester dans son fauteuil jusqu'au lendemain. Lentement elle l'aida à s'extirper du fauteuil et passa l'un de ses bras autour de sa taille pour le soutenir dans l'ascension des marches menant jusqu'à la chambre conjugale. Après de longues minutes qui lui parurent des heures, Anaïs ouvrit la porte de la chambre et mena Yvain jusqu'au lit. Puis elle alla chercher le pot d'onguent. Il n'était pas certain que cela marche vraiment, tant Yvain aimait à exagérer ses maux, mais au moins son mari ne pourrait pas dire qu'elle n'avait pas cherché à l'aider. Assise au bord du lit, elle lui tendit le pot et lui sourit.

- Je sais que ce que je vais vous dire ne va pas apaiser vos douleurs musculaires, mais je suis fière de vous. Rien ne vous obligeait à vouloir apprendre à vous défendre, à nous défendre même, mais vous le faites. Vous êtes bien plus courageux que vous ne le pensez.

Ne fallait-il pas être très courageux pour envisager de souffrir durant autant de temps pour être prêt à défendre sa famille pour une hypothétique attaque qui n'allait peut-être jamais survenir ? Dans son cas c'était un peu suicidaire, mais cela témoignait d'une force de caractère qu'Anaïs avait plaisir à découvrir. Yvain n'était peut-être pas aussi costaud que son cousin, mais il avait bien plus de mérite !

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Re: [BIR] "En garde ! Petite pucelle !"

Message par Yvain de Lugnan le Mer 1 Juin - 22:45

Elle avait menti. Tout seul dans son lit, à ne rien pouvoir faire d'autre que réfléchir, plisser le nez à cause de la douleur, ou dormir, il savait qu'elle avait essayé de l'amadouer avec son onguent à la lavande et sa petite phrase "je suis fière de vous". Le Lugnan était peut être fatigué, tant et si bien qu'il était prêt à dire oui sans même comprendre la question, mais il n'était tout de même pas idiot à ce point. Il se momifiait ! Sinon comment expliquer que plus les heures passaient, plus il avait du mal à sentir ses bras, ses jambes, et jusqu'à ses ongles d'orteils ? Il avait commencé sa journée ronchon parce qu'elle l'avait réveillé de bonne heure, et il la finirait aussi ronchon, mais parce que son épouse avait l'air de cordialement se foutre de sa momification. A grande peine, il avait réussit à croiser ses bras au dessus de sa poitrine, tel le pharaon qui attend d'être embaumé. Au moins, s'il survivait à cette nuit, Anaïs aurait peut être pitié et le laisserait se reposer un jour ou deux avant de reprendre l'entraînement, voire l'oublier ! Il ne fallait pas trop compter sur la seconde hypothèse, car il avait bien vu qu'elle s'était plu à lui enseigner les rudiments du combat malgré le niveau extrêmement médiocre de son élève. Il ne pouvait décemment pas lui retirer cela. Il fallait souffrir pour être beau disait-on, mais il fallait également souffrir pour faire plaisir à sa épouse. Une chose que l'adage ne signalait pas. Comme pour les icebergs ou les petites lignes en bas d'un contrat, il prendrait soin de regarder la partie immergé de l'adage avant de le prendre pour argent comptant.

Malgré son manège pour essayer d'échapper à l'entraînement, malgré ses yeux de chat pour tenter de grappiller quelques heures de sommeil en plus, malgré tout ce qu'il mettait en oeuvre pour s'éviter la perte d'un membre, rien n'y faisait. Elle le contraignait à se lever, et ce de moins en moins aimablement. L'agacement dû à son refus de se bouger le cul sans doute... Ce fut donc avec une moue désapprobatrice qu'il finit par se hisser pour s'asseoir sur le bord du lit. Il s'agissait déjà là d'un grand pas pour lui, tout fourbu qu'il était. Il fit son cirque encore quelques minutes jusqu'à ce qu'un ultimatum du genre "dans dix minutes à la lice, ou vous allez passer une très mauvaise matinée". Autrement dit, une matinée encore pire qu'une matinée pleine d'exercices difficiles qui allaient le faire souffrir ! Il ne préférait même pas imaginer, et s'activa autant que faire se peut pour être "frais" et "dispo" à la lice en temps et en heures. Il arriva sur le gong, ou peut être avec une ou deux minutes de retard, mais à vue de soleil levant ça ne paraissait même pas. Il n'était cependant guère heureux de se trouver là à cette heure et dans cet état, et sa mine sévère le laissait assez bien supposer. Et pourtant, pas de pitié pour le manche à balai aujourd'hui encore. Ils reprirent quelques exercices de la veille, puis de nouveaux...

Et les jours se succédèrent selon ce même schéma encore plusieurs semaines, jusqu'à ce que les courbatures se fassent de plus en plus rares. Il ne se sentait pas plus fort ni même plus souple, mais il y voyait déjà une sacré victoire : il pouvait faire de l'exercice sans que son corps le lui fasse payer. Néanmoins, malgré cette toute nouvelle facilité à accomplir les exercices demandés, un facteur important commençait à impacter lourdement sur le physique du Lugnan : la chaleur pesante des montagnes. Il avait l'impression d'être revenu à ses débuts, lorsqu'il fatiguait après à peine un tour de chauffe autour de la lice. Il essayait de ne rien en montrer, s'étant également un peu endurci moralement à force de faire face à une douleur qu'il avait lui même causée -car les douleurs dûes aux maladies il les supportait aussi, mais parce qu'il n'avait pas d'autre choix. La maladie était une fatalité, tandis que l'entraînement était une volonté-, mais cela devenait de plus en plus dur. N'y avait-il donc pas de trêve d'été dans l'entraînement ?! Le monde avait pensé à la trêve dominicale pour éviter les combats le jour du Seigneur. Il avait aussi pensé à la trêve hivernale pour inciter les gens à recueillir des personnes en difficultés dans les rues pour qu'ils ne meurent pas de froid. Il avait même inventé la trêve de plaisanterie pour arrêter les gros lourds à l'humour vaseux. Alors pourquoi per-sonne n'avait eu l'idée de la trêve d'été, ou trêve caniculaire si ça sonne mieux... Pourquoi !

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