Ah nan mais oui mais nan...

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Ah nan mais oui mais nan...

Message par Lucia de Liancy le Ven 22 Avr - 22:17

Sa dernière danse avec le Liancy fut le théâtre de diverses émotions, tant de son côté que du côté du marquis. Tous deux ne savaient plus vraiment comment s'aborder et se contentaient donc de gestes, de regards, de postures qui en disaient plus ou moins long sur ce qu'ils espéraient. La salle de réception commença à se vider à la fin de cette ultime danse, comme si l'intensité qu'ils y avaient mis avait sonné le glas du bal. En bonne organisatrice qu'elle était, elle se plaça près de la porte afin de saluer celles et ceux qui quittaient le château pour rejoindre leurs demeures respectives. Elle échangea quelques mots avec la majorité des convives, recevant leurs remerciements et leur félicitations avec le sourire au lèvres. Seuls les quelques grincheux habituels partirent sans un mot, presque en grommelant qu'on ne les ait pas invités plus explicitement à dormir au château. Ceux là, la jeune femme les saluait cordialement avant d'hausser les épaules, songeant qu'on ne pouvait guère faire plus explicite que de préciser dans l'invitation que ceux qui souhaitaient rester au château à l'issue du bal n'avaient qu'à le signaler dans leur réponse. Dès lors que tous les invités eurent quitté la salle de réception, elle salua le marquis qui l'avait rejointe d'un aimable signe de tête avant de partir pour rejoindre sa chambre.

Fatiguée, elle poussa lentement la porte de ses quartiers, commençant déjà à retirer ce qui pouvait l'être. Elle ne prêta pas immédiatement attention à ce qui se trouvait sur son lit, puisqu'elle se dirigea presque machinalement vers le siège de son petit secrétaire afin d'y déposer ses affaires et de revêtir ses habits de nuit. Elle se dirigea ensuite doucement vers sa petite salle d'eau pour retirer ce qui restait encore de son maquillage. Sans même prendre la peine de retirer les diverses pinces qui retenaient sa coiffure, elle s'approcha enfin de son lit, déjà somnolente. C'est alors que les deux boîtes lui sautèrent aux yeux, l'apeurant presque, ne s'attendant pas à trouver quelque chose sur son lit. Elle retrouva alors une mine éveillée, le temps de lire le petit mot et surtout d'ouvrir les paquets. En voyant qu'il s'agissait d'un message du marquis, Lucia cligna bêtement des yeux et afficha un sourire ravi. Avec envie, elle ouvrit la première boîte et tomba nez à nez avec une superbe robe de jour aux teintes lavandes et écrues. Intriguée de savoir ce qu'il pouvait y avoir dans la seconde boîte, elle l'ouvrit alors et découvrir une seconde robe, pour les sorties mondaines cette fois, dans des tons plutôt rouges et mordorés. Sa fatigue reprit néanmoins rapidement le dessus et elle eut tout juste le temps de pousser les boîtes par terre avant de s'endormir entourée par ses deux nouvelles et magnifiques robes.

Le lendemain elle fut réveillée par un éclat de lumière en pleine tête. Un grognement plus tard, elle se redressa rapidement sur son lit, les yeux grand ouverts. Elle n'avait pas réfléchit à un moyen de rester au château après avoir bêtement refusé la veille ! Il était encore tôt -voire très tôt-, le marquis dormait peut être encore avec un peu de chance. Il ne lui restait cependant que peu de temps pour songer à son stratagème. Tout en se levant pour aller se placer devant son miroir pour constater l'étendue des dégâts dans ses cheveux, elle se mit à penser en marmonnant. Quelques minutes plus tard, dès que le carnage capillaire fut rattrapé par une simple mais efficace coupe "cheveux au vent" elle se saisit de sa poudre pour le teint. Si elle devait paraître devant le marquis, pire encore pour s'excuser de sa petite boutade d'hier, il fallait qu'elle soit impeccable, et vêtue de l'un des présent qu'elle avait reçu. Naturellement, son choix se porta sur la première robe. Car bien que voir le marquis pouvait être considéré comme un événement important, l'heure n'était pas aux frous-frous mais à la beauté dans son plus simple appareil. Malgré l'empressement qu'elle y mettait, elle perdit une bonne heure à se pomponner. Il ne lui restait plus qu'à espérer que le maître des lieux dormait encore, que la soirée l'avait épuisé lui aussi.

Elle sortit enfin de sa chambre, à la recherche d'un domestique. Elle ne tarda pas à tomber sur l'une des servantes que Rodrigue avait assigné au second étage. Après avoir reçu avec un sourire légèrement crispé le compliment concernant sa fraîcheur matinale, elle demanda où elle pouvait trouver Guido. La seule personne autorisée à entrer dans les appartements du marquis. L'indication lui fut donnée, elle remercia d'un geste et se hâta à la rencontre de l'homme à tout faire du rouquin. Lorsqu'elle tomba enfin sur lui, elle fut accueillie par un évident :


-Mademoiselle Casari, vous êtes somptueuse ce matin.

En temps normal, elle aurait ajouté "car d'habitude je ne le suis point ?" avec un sourire en coin qui en mettait mal à l'aise plus d'un. Pourtant ce matin elle n'avait pas le temps de jouer, et elle se contenta d'un sourire de remerciement avant de rentrer dans le vif du plan qu'elle avait échafaudé en se démêlant les cheveux. Si le Bariani ne cacha pas son enthousiasme en voyant qu'elle avait la ferme intention de rester au château près du marquis, il émit cependant une remarque concernant sa propre survie :

-Êtes-vous consciente que vous me demandez de réveiller mon maître, pour lui mentir ?
-Evidemment. C'est bien pour cela que je n'y vais point moi même. Dit-elle en levant les yeux au ciel.
-Vous avez de la chance que je vous aime bien Mademoiselle. Je vais m'occuper prestement de cette affaire.
-Vous m'en voyez ravie ! Je vous remercie Guido.
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Re: Ah nan mais oui mais nan...

Message par Rodrigue de Liancy le Ven 22 Avr - 23:36

La nuit du Marquis avait été moyennement agréable. Après quelques heures durant lesquelles il avait dormi aléatoirement, Rodrigue avait fini par sombrer dans un profond sommeil. Malheureusement pour lui, quelqu'un avait décidé de le tirer des bras de Morphée bien plus tôt qu'il ne l'avait voulu. De grands bruits de coups le réveillèrent en sursaut, avant de déclencher chez lui un grognement qui n'annonçait rien de bon pour le petit malin qui avait décidé de frapper à la porte.

- Qui est-ce ?! Cria-t-il depuis son lit.
- Guido ! Répondit une voix depuis le couloir.
- Bon sang Guido ! J'ai dit que je ne voulais pas être dérangé ce matin !
- Oui mais… c'est urgent.

De rage, Rodrigue rejeta les draps et sortit de son lit. Il ne lui fallut que quelques secondes pour ouvrir violemment la porte sur un Guido gêné de découvrir son maître torse-nu et encore à moitié endormi.

- Urgent ? C'est à moi de juger si quelque chose est urgent ou non. Parle.
- Votre maître d'armes, il vous attend.
- Impossible. Je lui ai dit de ne pas venir ce matin, répondit Rodrigue d'un air sévère avant de commencer à refermer la porte pour retourner se coucher.

Guido bloqua la porte du pied, manquant de la faire rebondir sur son maître. C'était un peu osé, mais tant qu'il l'avait devant lui, il pouvait encore capter son attention.

- Il est pourtant en bas, insista-t-il. Vous vous êtes peut-être trompé dans vos consignes, c'est possible.
- Et bien tant pis ! Je ne suis pas disposé à m’entraîner ce matin. Dis-lui que je me tords de douleurs dans mon lit car j'ai abusé de l'alcool hier. Qu'il revienne demain !
- Vous ? Vous tordre de douleurs pour de l'alcool ? Il n'y croira pas une seule seconde et…
- Je ne veux pas le savoir, coupa le Liancy.
- … Et maintenant vous êtes réveillé, donc vous pouvez y aller. Vous n'allez plus vous rendormir à présent. Et vous n'allez pas pouvoir aller vous occuper en disant au revoir à Mademoiselle Casari, car elle est déjà partie.

Le nom de Lucia tinta dans l'esprit de Rodrigue. Lentement il cligna des yeux vers le Bariani. Le coup était rude. Il avait au moins espéré pouvoir lui dire au revoir avant son départ, mais la jeune femme avait vraisemblablement préféré s'en aller en toute discrétion. L'agacement laissa alors place à la colère, mais comme toujours, il n'en montra rien.

- Déjà ? Bon. Je vais descendre. Dis au maître d'armes que j'arrive.

Sans attendre une quelconque réponse de Guido, Rodrigue referma la porte. En vitesse il se passa de l'eau sur le visage, mit son cache-oeil et s'habilla. Sa tenue pour l’entraînement était toujours la même. Bottes, braies, et sa chemise ample, largement échancrée sur le torse. Habituellement, lui et son maître d'armes s’entraînaient avec des lames émoussées. Pas cette fois. Rodrigue était énervé et avait besoin de se défouler. Glorieuse était l'arme la plus adaptée à son état d'esprit.

Cinq minutes plus tard il dévala les escaliers sans prêter un regard aux rares domestiques qui rentraient se coucher après avoir passé la nuit à ranger et à accompagner les notables qui retournaient chez eux au petit matin. Arrivé au sous-sol, alors qu'il s'attendait à voir le visage buriné de son maître d'armes, Rodrigue se figea, surpris.

Lucia Casari, devant lui. Seule dans la salle d’entraînement, portant l'une des robes qu'il lui avait offertes. Cette salle d'ordinaire si sombre, seulement éclairée par les torches, avait en son sein un être resplendissant dans ses habits lavandes et écrus. La colère du rouquin s'envola comme par magie, laissant place à un grand sourire satisfait.


- Mon maître d'armes a beaucoup changé durant la nuit. Je le préfère ainsi, j'aurais beaucoup moins de mal à venir m’entraîner s'il avait toujours ce beau visage et s'il portait aussi bien ses vêtements, fit-il en italien.

Le ton était un peu charmeur, et tandis qu'il s'engageait dans sa direction, il poursuivit :

- Guido m'a dit que vous étiez partie et que mon maître d'armes m'attendait. Soit Guido a beaucoup trop bu hier soir, soit vous vous êtes concertés pour m'extirper de mon lit. Dans les deux cas je vais avoir deux mots à lui dire.

Rodrigue était arrivé au plus près d'elle et la toisait de ce regard intense que lui permettait, paradoxalement, d'offrir son œil clair.

- Ou alors je perds tout simplement la raison et vous n'êtes pas vraiment là, fit-il tout en se saisissant de la main de Lucia pour y apposer un baisemain qui était bien plus appuyé que tous ceux qu'il avait pu lui faire jusqu'à présent, comme s'il voulait vérifier qu'elle était bien réelle. C'était un peu cavalier, mais il s'en moquait bien. Il n'y avait personne pour les épier, personne pour être témoin de la sensualité de ce baisemain, personne pour constater que le Marquis avait jeté son dévolu sur une jeune femme en particulier. Et puis il en avait le droit car on venait de l'arracher de son lit, il fallait bien une certaine compensation à ce crime.

Il la regarda longuement, tenant toujours la fine main captive dans la sienne. Et puis enfin, un nouveau sourire, courtois et empli de curiosité :

- Pourquoi êtes-vous venue si tôt ? Et ici ? Êtes-vous venue pour me faire à nouveau du mal en me disant « au revoir » ?

Le Liancy était joueur, et aussitôt la question posée, une moue attristée apparut sur son visage aux traits toujours si fins et racés. Il ne demeura ainsi pas bien longtemps, car rapidement il secoua la tête et reprit d'une voix un brin autoritaire :

- Non, ne me répondez pas. Dites-moi seulement que vous changé d'avis et que vous restez ici.

Rodrigue lui sourit à nouveau, plein d'espoirs. Pourquoi avait-elle mis cette robe qu'elle venait de recevoir, si ce n'était pour lui faire plaisir ? Pourquoi une telle mise en scène, alors qu'il lui aurait suffit d'attendre son réveil pour faire ses adieux, tout en la remerciant tout simplement pour son cadeau ?  Le Marquis s'était amusé de cette situation, du jeu auquel il participait avec Lucia, avec la complicité de Guido. Ce n'était pourtant pas totalement un jeu. Il voulait vraiment la voir rester. Il voulait vraiment passer du temps avec elle.

Et il la trouvait réellement somptueuse.

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Re: Ah nan mais oui mais nan...

Message par Lucia de Liancy le Sam 23 Avr - 13:10

Elle espérait qu'il ne tarderait pas à arriver et que son plan allait bel et bien fonctionner. L'endroit dans lequel elle s'était mise à attendre, en plus d'être sombre, était véritablement glauque. Des armes accrochées au mur, des mannequins de paille et même de vieilles cibles trouées. Tant que la porte ne s'ouvrait pas, la jeune femme inspectait les éléments de la pièce, posant parfois son doigt pour constater l'épaisseur de la couche de poussière en plissant légèrement les yeux. Le marquis semblait s'entraîner, mais toujours avec les mêmes armes, et peu de domestiques passaient dans les parages pour passer le plumeau. Certes d'une grande patience en temps normal, elle commençait pourtant à douloureusement s'impatienter, n'ayant guère l'habitude d'être loin du soleil pour une durée si longue. Pour ne rien arranger, elle savait qu'à quelques pas se trouvaient les deux prisonniers, affamés et très certainement hideux, du marquis. Ce fut à l'instant même où elle songeait à ses plus proches voisins du moment que la porte s'ouvrit enfin. Prise d'un hoquet en pensant qu'il s'agissait tout justement de l'entrée fracassante des deux captifs de Giglio, elle s'adoucit presque aussitôt en voyant que le Liancy venait enfin la sortir de ce cauchemar.

Ne laissant rien paraître de l'épreuve qu'elle venait de s'infliger, pourtant volontairement, elle sourit avant de se tapoter légèrement chaque joue, comme pour s'assurer qu'elle était bien elle, et pas le maître d'armes du marquis. Dès lors que ceci fut vérifié, elle leva lentement les yeux au ciel avec l'air d'un enfant qui a fait une bêtise mais qui essaie d'attendrir ses parents. Elle cligna simplement des yeux en recevant le baisemain, ne s'offusquant même pas de ne pas avoir eu le temps de lui présenter sa main, comme toute bonne française l'aurait fait. D'autant que l'intensité qu'il y mettait l'aurait presque invitée à fermer les yeux pour ressentir le frisson de cette sensualité dans tout son corps. Il gardait sa main en sa possession, il ne se gênait pas pour la charmer sans retenue, elle décida donc de ne pas se priver non plus. Ce fut donc armée de son divin sourire en coin et de son regard de braise, qu'elle leva sa main encore libre pour aller effleurer du bout des doigts le haut du torse nu du Liancy. Si d'autres femmes se seraient déjà évanouies rien qu'en le voyant entrer, elle ne se démontait pas et assumait tout ce qu'elle faisait, même si elle était peu être en train de se lancer sur une pente glissante. Au moins, elle ne pourrait pas dire qu'elle n'avait pas tout essayé pour qu'il soit sien. De sa voix suave, dans sa langue maternelle, elle répondit enfin :


-Puisque vous ne m'autorisez à rien vous dire d'autre que cela... Oui je reste.

Clair, net et précis. Pour autant, la jeune femme aurait aimé en dire d'avantage. Notamment concernant son envie pressante de quitter cet endroit lugubre. Bien que les endroits sombres et discrets permettaient toujours les pires fantaisies lorsqu'il était question d'un homme et d'une femme. Plus encore puisque là il était question d'un bel homme et d'une très belle femme qui venaient tous les deux de déclarer la chasse comme ouverte. Ne voulant pas contredire le ton autoritaire du marquis lui demandant de ne rien dire d'autre que ce qu'elle avait déjà dit, elle se mit en tête d'essayer de lui faire comprendre par le regard et la gestuelle qu'ils seraient bien mieux dehors. Elle jeta un regard discret sur la chemise comme pour signaler qu'elle voulait effectivement sortir, mais qu'il était tout bonnement impensable qu'il sortit habillé de cette manière. Elle ne voulait pas que toutes les femmes de Giglio profitent de son torse ! Et puis quoi encore ? La prochaine fois il se baladerait simplement vêtu de ses braies, en attendant que les gigliesi viennent tour à tour pour lui embrasser les pectoraux ? Jamais. Elle était là pour veiller à ce que tout cela lui appartienne à elle, et rien qu'à elle. Non mais.
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Re: Ah nan mais oui mais nan...

Message par Rodrigue de Liancy le Sam 23 Avr - 14:41

Plus que la réponse de Lucia, ce fut son attitude qui alla au-delà de toutes les espérances du Liancy. L'obscurité du lieu rendait son regard encore plus sombre, plus sensuel encore qu'il ne l'était naturellement. Elle restait. Et comme pour la convaincre de ne pas changer à nouveau d'avis, Rodrigue prit son autre main, celle qui s'était aventurée sur son torse, et y déposa un baiser. Tout respirait l'insolence chez la Casari. Son visage, son attitude, sa façon de le regarder et de se permettre de le toucher. Le Marquis qui impressionnait toutes les autres femmes et les rendait timides, ne semblait pas avoir cet effet chez Lucia. La brune, en plus d'être magnifique, était intelligente. Elle n'avait pas peur des avances de Rodrigue, bien au contraire, elle semblait y prendre goût et y répondait même à sa manière. Elle plaisait énormément au Liancy. Était-ce pourtant réciproque ? Ou voyait-elle juste en lui les attraits de son rang de Marquis ? En réalité, cela n'avait aucune importance. Rodrigue avait soif de conquête et Lucia était l'objet de toute son attention. Conquérir, et tirer un trait sur tout ce qu'il avait pu vivre les mois précédents, conquérir et vivre quelque chose de nouveau. Il était clair qu'il n'y avait pas d'amour entre eux, ils ne se connaissaient pas assez. Mais il y avait un jeu, un jeu auquel ils pourraient s'adonner tout particulièrement maintenant qu'elle avait décidé de rester au château.

Il resta longuement à la regarder, souriant, gardant ses deux mains captives entre les siennes. C'était si facile. Rodrigue pouvait l'embrasser s'il le voulait. Et il le voulait. Mais il considérait que c'était encore trop tôt, que rien ne justifierait au yeux de Lucia un tel baiser. Les lieux s'y prêtaient pourtant bien, trop sombres pour que quelqu'un y mette naturellement les pieds. Un baiser, deux, ou bien plus encore, personne ne le saurait. Finalement Rodrigue décida de rompre le silence, de délaisser les jeux de regards pour la belle langue italienne qu'il lui arrivait de martyriser bien malgré lui.


- Puisqu'à mon plus grand regret vous n'êtes pas mon maître d'armes et que vous n'allez sûrement pas pouvoir croiser le fer avec moi, encore moins dans cette tenue, que diriez-vous de vous promener avec moi ?

Les lieux de promenade ne manquaient pas à Giglio et la matinée se prêtait bien mieux aux balades que l'après-midi. La mer avait beau atténuer la sensation de chaleur, le soleil n'en était pas moins coriace et fatigant. Sa proposition semblant remporter l'adhésion de Lucia, Rodrigue lâcha l'une de ses mains et l'entraina de l'autre avec lui jusqu'à la porte, pour finalement s'arrêter et se tourner vers elle.

- A cette occasion vous m'expliquerez ce qui vous a fait changer d'avis. Mais avant ! Je vais aller me changer et demander à un domestique de nous préparer une collation. Je vous retrouverai dans le petit salon.

Ils gagnèrent ensemble le rez-de-chaussée et se séparèrent. Rodrigue donna ses consignes à une petite domestique qu'il croisa en rejoignant ses quartiers et alla se changer, délaissant sa tenue d’entraînement pour une autre, bien plus adaptée aux promenades en très charmante compagnie. Il redescendit ensuite et gagna le petit salon où l'attendaient déjà Lucia et un petit plateau de nourriture, largement suffisant pour se nourrir avant une balade qui pouvait s'avérer longue.

Enfin ils quittèrent le château par l'une de ses très nombreuses portes qui donnait sur une ruelle déserte et peu empruntée en dehors des occupants du château ou de son personnel. Rodrigue tendit son bras à la jeune femme et tous deux parcoururent une succession de petites rues puis quittèrent Giglio Castello pour rejoindre les sites boisés les plus proches. Sous les chênes et les pins, le Liancy entama la conversation en revenant sur le sujet qui l'avait agité la veille au soir et le matin quand il avait retrouvé Lucia :


- Alors dites-moi, pourquoi avez-vous finalement décidé de rester ? J'en suis très heureux, mais je suis surpris, fit-il en italien en penchant la tête vers elle pour scruter son visage et essayer de deviner ce qui l'animait vraiment.

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Re: Ah nan mais oui mais nan...

Message par Lucia de Liancy le Sam 23 Avr - 19:39

Elle se renfrogna presque lorsqu'il insinua qu'il était malheureux qu'elle ne soit pas son vieux et acariâtre maître d'armes -du moins avait-elle décidé qu'il était ainsi-. Si elle avait eu les mains libres, elle se serait peut être saisi de la première épée traînant dans les parages afin de lui donner tort. D'un autre côté, cela l'empêchait aussi de se casser un ongle, ou pire, de se faire tomber l'arme sur le pied. Puisqu'elle était incapable de se battre contre Rodrigue, elle accepta la proposition d'une promenade à Giglio. C'était bien moins risqué pour eux deux, et elle pourrait peut être lui montrer quelques endroits discrets qu'il ne connaissait probablement pas, du fait de sa récente arrivée sur l'île. A cette idée, elle eut un léger sourire fourbe avant de sentir le marquis la tirer doucement vers la sortie. Elle s'apprêtait à ouvrir la bouche, saisissant la perche tendue, mais elle fut coupée dans son élan par une histoire de vêtements et de collation. Elle hocha la tête, ravie de ne pas avoir été contrainte de lui demander elle-même de se changer. Non pas que cette vue la dérangeait, mais s'ils étaient amenés à sortir, il fallait qu'il soit convenablement habillé ! Qu'allaient s'imaginer les gigliesi sinon ? Celles qui ne tomberaient pas dans les pommes évidemment...

Rapidement il la retrouva au petit salon. Ils prirent encore quelques instants pour se sustenter et discuter de choses futiles -à cause des oreilles furtives des domestiques- et se décidèrent enfin à quitter le château, par une porte que la Casari n'avait encore jamais empruntée. Faussement intriguée, elle demanda simplement combien de portes comptait le château, et il lui répondit que lui même n'en savait rien, qu'il n'avait pas compté. L'avant bras posé contre le bras du marquis, ils parcoururent quelques ruelles afin de s'éloigner de Giglio Castello et s'enfoncer dans la forêt qui bordait le coeur de l'île. Elle venait rarement jusqu'ici, préférant se promener dans les allées du marché de Giglio Porto, mais cela ne l'empêchait pas de connaître l'endroit. Elle n'en connaissait peut être pas les moindres recoins, mais ce serait suffisant pour se mettre à l'abris des regards si le besoin s'en faisait sentir.

En entendant le marquis revenir sur le sujet de son refus de la veille, la jeune femme resta silencieuse quelques secondes avant de se placer face à Rodrigue, l'empêchant d'avancer plus loin. Il était l'heure de montrer ses talents incontestables d'actrice de théâtre. Elle posa le dos de sa main contre son front, pencha légèrement la tête sur le côté, et s'amusant déjà du contraste entre la chaste langue française et sa forte propension à entreprendre, elle répondit :


-Je avais le espoir que vous me supplierez de rester au château.

Elle redressa la tête, vint tenir du bout des doigts le col de la chemise du marquis de sa main, planta son regard de jais dans celui d'émeraude et poursuivit :

-Je voulais vous voir à mon genou ! Ou recevoir beaucoup de baisemains qui m'auraient décidée à rester. dit-elle en souriant en coin, les yeux légèrement plissés. Mais vous êtes très fier et vous avez remis mon masque en boudant ! Ajouta-t-elle en riant, avant de terminer en italien, pour marquer la sensualité : Ne mentez point, je l'ai vu dans votre regard, que vous étiez déçu de ma décision. Mais je n'ai jamais eu l'intention de vous quitter Marquis... Comment oserais-je me soustraire à vos si délicats baisemains ? Légère pause, et d'un air conquérant elle conclut : De plus, je ne voulais point perdre l'avance que je pense avoir prise sur les vilaines ingénues de Giglio.
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Re: Ah nan mais oui mais nan...

Message par Rodrigue de Liancy le Sam 23 Avr - 22:28

Rodrigue avait pensé la déstabiliser. Il n'en fut rien. Lucia était douée. Douée pour lui arracher un sourire avec ses fautes de français. Douée pour le charmer simplement avec son regard. Douée pour lui clouer le bec, lui qui d'habitude avait toujours quelque chose à répondre. La Casari était un mélange détonnant de charme, d'insolence, d'humour et de franchise. A cet instant, Rodrigue comprit qu'elle lui ressemblait un peu. D'autant qu'ils semblaient partager le même objectif consistant à séduire l'autre sans aucun scrupule. Elle continuait d'ailleurs, à grands renforts d’œillades et de sourires. Lucia connaissait sa valeur, elle savait qu'elle lui plaisait énormément, mais surtout, elle avait très bien compris qu'elle était la seule sur l'île à lui plaire.

Rodrigue lui sourit, amusé et conquis. Que pouvait-il faire devant tant d'aplomb ? Rien, excepté lui dire la stricte vérité, et lui montrer qu'elle avait fait le bon choix en restant, même si elle n'avait jamais eu l'intention de partir. Ce n'était pourtant pas une capitulation, loin de là. L'attitude de Lucia le rendait même téméraire. Toujours le sourire aux lèvres, mais silencieux, il profita de l'espace laissé libre par la main de la jeune femme qui tenait son col, pour poser sa main sur sa taille. La seconde en fit rapidement de même, et les doigts effilés du Liancy se déployèrent, retenant délicatement la délicieuse brune. Clairement joueur, il répondit enfin en italien :


- Perdre votre avance ? Si cela peut vous rassurer très chère Lucia, vous ne la perdrez jamais. Vous surpassez les autres femmes de Giglio. Votre amie Giulia Guantieri ? Gentille mais bien trop bavarde. Cristina Sapiento ? Je crois que je lui fais peur. Quant aux autres, je n'ai tout simplement pas retenu leur nom, ce qui prouve qu'elles n'ont rien de remarquable, contrairement à vous.

Le Marquis effectua une légère pression sur la taille de Lucia, comme pour lui faire comprendre qu'il n'y avait bien qu'elle qui l'intéressait à ce jour. Il se rapprocha sensiblement d'elle, et inclina sa tête tout près de la sienne, séducteur.

- Par exemple, aucune d'entre elle ne parle français. Aucune ne me rappelle donc à quelle point ma langue natale est belle, sauf vous, quand vous la parlez. Rodrigue inclina alors un peu plus la tête, afin de continuer à lui parler au creux de l'oreille, en français cette fois : Je me permets d'ailleurs de vous enseigner votre première leçon, on ne dit pas « à mon genou » mais « à mes genoux ».

Lentement il se redressa et lui fit un sourire malicieux. Cette balade avait à peine commencé qu'elle l'amusait déjà énormément. Finalement, il reprit, cette fois en italien.

- J'aurais pu vous supplier, j'en ai même eu l'envie. Mais je n'aime pas insister en général, d'autant que vous m'aviez fait comprendre que vous n'aimiez guère la vie au château. J'en ai donc déduit que vous vous sentiez mieux ailleurs, et qu'il n'était pas dans mon intérêt de vous forcer à rester. Et si jamais il y a un fond de vrai dans ce que vous m'avez dit, sachez que moi non plus je n'aime pas les codes. Rodrigue fit une pause et l'observa intensément. Mais je ne vous ai pas caché ma déception, je vous l'ai même rappelée dans le message joint à vos robes, alors je suis on ne peut plus ravi d'apprendre que vous n'avez jamais eu l'intention de me quitter.

Sur l'instant lui n'avait pas envie de retirer ses mains de la taille de Lucia, ni de cesser de la dévorer du regard. Mais il avait aussi envie d'apprendre tant de choses sur elle, sur sa vie, ce qu'elle aimait, ce qu'elle détestait, ce qui la passionnait, ce qui la répugnait, sur ses goûts en général. Alors pour prolonger cet instant où ils se trouvaient face à face, il continua au sujet des robes.

- Je vois que vous portez mon cadeau. Est-ce pour me faire plaisir ou parce qu'elle vous plaît réellement ? Si c'est pour me faire plaisir, c'est réussi, vous êtes divine.

Il la contempla de haut en bas et retira ses mains de sa taille pour lui présenter son bras, afin qu'ils reprennent finalement leur balade. Leur pas était tranquille, et quelques minutes plus tard, Rodrigue décida de relancer la conversation, désireux d'en apprendre plus sur la Casari.

- En discutant avec quelques filles de notables, j'ai découvert que peu d'entre elles avaient quitté l'île ne serait-ce qu'une fois, alors que leur père voyage régulièrement. Est-ce aussi votre cas ?

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Re: Ah nan mais oui mais nan...

Message par Lucia de Liancy le Dim 24 Avr - 13:03

Bien sur que Giulia était trop bavarde, plus encore lorsqu'elle s'affairait elle même à placer son amie sur des sujets qui allaient assurément poser problème au Marquis. Elle appréciait Giulia, mais il était inenvisageable de passer après elle dans le coeur du Liancy, et elle devait donc mettre toutes les chances de son côté pour que cela n'arrive jamais, quitte à être vile de temps en temps. Guantieri marquise de Giglio ? Plutôt mourir. Quant à la Sapiento, elle correspondait tout à fait au genre de femme qu'elle détestait par dessus tout : ennuyeuse, chétive, délicate, sans relief... Une superbe plante de salon en somme. Elle n'était donc pas rassurée d'être mieux qu'elle aux yeux du marquis, elle était satisfaite de voir qu'il avait du goût. Commençant à sentir le souffle du marquis dans son cou, elle ne put s'empêcher de fermer les yeux cette fois, voulant en profiter autant qu'elle le pouvait. Un léger sourire étira sa bouche lorsqu'il lui fit part de son erreur concernant une expression française. Elle se serait pourtant contentée d'un seul genou, mais peu importe, la langue française était ainsi faite.

-Je me souviendrai Marquis. Merci. répondit-elle simplement, en français, presque dans un soupire.

Elle sentit le souffle s'éloigner d'elle, et elle reprit quasi-instantanément toute sa contenance malgré les mains toujours posées sur sa taille, ne voulant pas passer pour une proie facile à atteindre. Elle l'était pourtant. Du moins l'était-elle parce qu'il était marquis. Mais elle avait compris qu'elle devait faire montre d'une résistance dosée avec justesse pour l'attirer encore un peu plus dans ses filets. Ce qui ne pouvait que l'arranger, puisqu'elle n'était de ce fait pas obligée de jouer un rôle avec le Liancy. Elle était au naturel, et quoi de plus facile à jouer que son propre personnage ? Elle aurait pu devenir la Sapiento s'il avait aimé ces femmes là, mais cela ne l'aurait guère amusée. Elle savait qu'elle n'aurait pas à jouer Giulia, personne n'aime naturellement les pipelettes comme elle.


-Votre Magnificence, je n'aime point les codes... Mais il s'agit là d'un moindre mal à subir pour rester près de vous.

Et puisqu'il s'était permis une excentricité en la tenant par la taille, la jeune femme ne se fit pas prier pour venir glisser le bout de ses doigts contre le visage du Liancy en même temps qu'elle parlait. Il était si proche qu'elle n'avait aucun effort à faire pour y parvenir, pas même à se dresser sur la pointe des pieds. Puis le sujet des robes fut abordé. Elle se souvint alors de la réaction qu'elle avait eu la veille en ouvrant ses paquets, et des petites étoiles qu'elle avait eu dans les yeux avant de s'endormir honteusement sans même prendre le temps de les essayer. Trop exténuée. Ne voulant point se séparer de son étreinte, elle fit un léger mouvement de bassin pour qu'elle se desserre quelque peu afin de lui permettre de faire un tour sur elle même, pour montrer toute l'étendue de la beauté de l'ensemble. Elle répondit ensuite :

-Ne puis-je donc point la porter parce qu'elle me plaît et parce que je souhaitais vous faire plaisir... Après la terrible épreuve de mon refus d'hier ? dit-elle en insistant tout particulièrement sur le mot "terrible" afin d'en remettre une dernière couche avant de passer à autre chose.

Elle reprit son bras et ils reprirent leur balade avant que le marquis n'évoque un nouveau sujet... Qui lui déplut fortement. Le visage de la jeune femme se chargea d'une grimace avant qu'un sifflement fier et hautain ne sorte de sa bouche pincée. Elle continua à marcher encore quelques secondes sans même prendre le temps de répondre à cette attaque désagréable. Puis finalement, elle se résigna à accorder de l'importance au sujet, essayant de se persuader qu'il ne s'agissait là que d'une vengeance par rapport au fait qu'elle s'amusait à le tourmenter sur leur discussion de la veille dans les ruelles de Giglio.


-Oui. Dit-elle sèchement. Comprenez bien que les femmes de l'île n'ont guère le choix. Pire encore lorsqu'elles se trouvent dans ma situation. A votre avis Marquis, qui s'assure que les autres notables ne viennent point vous chier dans les bottes lorsque vous êtes absent, si ce ne sont les femmes ? Ne vous imaginez point que nous sommes aussi inutiles et incapables que les femmes de France. Nous ne passons point notre temps à boire de l'eau chaude en faisant de la couture. Nous sommes garantes de la notoriété de nos familles. Votre Magnificence.

Vous le sentez le discours rodé du "Je suis jamais sortie de cette île et ça m'énerve en plus" ?
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Re: Ah nan mais oui mais nan...

Message par Rodrigue de Liancy le Dim 24 Avr - 14:33

Ce qui n'était qu'une simple question pour faire la conversation s'était avérée être un point sensible pour Lucia. Non elle n'était jamais partie de Giglio, et apparemment la belle souffrait de n'avoir jamais connu autre chose que son gros caillou au milieu de la Méditerranée. Était-ce là un nuage au-dessus de leur belle promenade ?  Rodrigue décida de faire en sorte que non, et cette fois ce fut lui qui coupa la route de la Casari en se plaçant devant elle. Doucement il passa son bras gauche autour de sa taille et l'attira contre lui, tandis que sa main droite se saisissait de sa main afin de pouvoir y déposer un long baiser. Il la regarda ensuite le plus naturellement du monde, un léger sourire au coin des lèvres, bien décidé à chasser la mauvaise humeur de Lucia.

- Je ne voulais pas vous vexer, fit-il. Vous ne le savez peut-être pas, mais nous avons un point commun. Mon père était également marchand, et il m'emmenait souvent avec lui. Je me demandais donc s'il était de coutume ici que les femmes restent à Giglio pendant que les hommes font affaires. Ou si celles avec qui j'avais pu parler jusqu'à présent étaient juste malchanceuses.

Du bout des doigts il caressait la main qu'il tenait, lentement, comme pour l'apaiser tout en parlant. Il venait de découvrir son tempérament de feu en heurtant sa fierté et si ce nouveau trait de caractère lui plaisait énormément, il ne voulait pas d'une mauvaise entente entre eux. Bien au contraire.

- Je n'ai jamais pensé que vous étiez inutiles. Les femmes ne le sont jamais. Que ce soit ici ou en France d'ailleurs. En réalité, je vous posais également cette question car j'ai l'intention d'écrire à l'une de mes connaissances françaises pour lui proposer de gérer la défense de Giglio, ce qui me permettrait, à l'avenir, de partir en voyage en toute sérénité. J'envisage de me rendre sur le continent dans les mois à venir afin de faire parler de Giglio, mais je ne sais pas encore où. Ce qui ne m'empêche pas de vous proposer de participer au voyage, ce serait l'occasion pour vous de découvrir de nouveaux lieux.

Rodrigue resserra légèrement son bras autour de sa taille pour qu'elle reste encore tout contre lui et finit par délaisser la main de Lucia pour venir relever son menton pour qu'elle le regarde bien. Le Liancy avait beau s'amuser à la séduire, il n'en restait pas moins sincère à chaque fois.

- Et si vous choisissiez la destination ? Rome ? Paris ? Profitez-en, vous êtes la seule à qui je ferai cette proposition.

Le Marquis souriait. Il était de bonne humeur et avait envie de la lui communiquer. Et c'était bien parce qu'elle lui plaisait qu'il se permettait d'être si gentil. Les Sapiento et autres Guantieri n'auraient jamais eu ce privilège. D'ailleurs, elles n'auraient jamais pu se tenir si près du Marquis et il se serait bien gardé d'être si avenant avec elles. Il y avait quelque chose entre lui et la brune, un accord tacite instaurant un jeu consistant à séduire l'autre sans passer par les règles élémentaires de politesse ou de respect de rang que l'un devait à l'autre. Après tout, ils étaient d'accord sur une chose : au diable les codes. Et c'était une chance pour Rodrigue qui aimait tout particulièrement les femmes qui savaient se faire entreprenantes. La timidité l'ennuyait, la gentillesse constante l'agaçait. Lucia n'était ni timide, ni trop gentille, mais le Liancy se demandait jusqu'où elle était prête à aller pour le séduire. Car lui n'avait aucune limite.

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Re: Ah nan mais oui mais nan...

Message par Lucia de Liancy le Dim 24 Avr - 19:25

Il ne voulait pas la vexer, mais il l'avait quand même fait. Ses courbettes et ses baisemains n'y changeraient rien cette fois. Elle n'avait certainement pas envie de rire, encore moins de faire les yeux doux après l'affront qu'elle venait de subir. Il lui avait rappelé sa sinistre condition de femme de Giglio, qui ne voient du "monde extérieur" que les soieries et autres marchandises qui arrivent par bateau. Malgré les tentatives du rouquin pour la calmer, la jeune femme gardait une certaine rancœur à son égard, et elle allait assurément se venger. Probablement méchamment. Elle redressait fièrement le nez, montrant le port de tête altier qu'elle pouvait parfois avoir. Les paupières closes, elle s'en voulait de ne pas profiter de cet instant si proche du marquis, mais elle n'arrivait plus à oublier qu'elle était coincée ici, et que ce n'était pas en épousant le Liancy qu'elle réussirait à déserter les lieux... D'ailleurs, le fait qu'il évoque son envie de rejoindre le continent, pour une destination inconnue lui fit faire une grimace. Encore un homme qui partait seul !

Pourtant, elle rouvrit les paupières et redressa sa tête, comme si elle n'était pas bien sure de ce qu'elle avait entendu ensuite. Venait-il de lui proposer de l'accompagner ? Était-il en train de lui demander de venir avec lui, quelque part ailleurs que sur l'île ? Elle plissa les yeux, ne voulant guère y croire. Pourquoi les français seraient différents des gigliesi et emmèneraient leur femme, ou une femme dans le cas présent, pour des visites en dehors du périmètre terrestre de Giglio ? Mais lorsqu'il lui indiqua qu'il lui laissait le loisir de choisir leur destination, elle comprit qu'il ne se jouait pas d'elle et qu'il était réellement prêt à la faire quitter l'île. Sa colère s'évapora presque instantanément et, les yeux rivés dans ceux du marquis, elle ne savait même pas quoi répondre. Quelle destination choisir. Paris ? Elle venait de dire que les femmes françaises étaient des potiches. Rome ? Elle n'avait aucune envie de passer quelques jours dans la ville du pape alors qu'elle était sciemment en train de pêcher en séduisant sans retenue. Certes elle y trouverait certainement un clerc prêt à écouter sa confession, mais il y avait le Père Marco pour cela. Soudain, l'illumination se fit et ses grands yeux noirs se mirent presque à briller.


-Je choisis Florence ! Elle fronça légèrement les sourcils. Mais veuillez cesser de me sortir de mes gonds ainsi. Vous ne me proposz point de vous accompagner pour vous faire pardonner j'espère ? Mais l'idée de partir refit rapidement surface. Oh ! S'il vous plaît... Pourrais-je tenir la barre quelques instants ? S'il vous plaîîîîîîît.

Les deux mains posées contre le torse de Rodrigue, le pied droit légèrement relevé, et le regard brillant. L'espace d'une seconde, elle eut l'impression d'être Giulia. Elle venait de débiter sa prose italienne, presque sans prendre le temps de respirer entre chaque phrase. Ou peut être plutôt elle même, lorsqu'elle demandait à son père de lui acheter une nouvelle robe. En d'autres termes, il fallait absolument qu'elle rattrape la situation pour ne pas passer pour une enfant pourrie gâtée, chiante et bavarde.

-Hum. Excusez-moi. C'est que j'étudie l'astronomie depuis tant d'années que... Hum. Vous voyez. Bof.

Le terrain était peut-être glissant, elle opta finalement pour une toute autre tactique : le changement de sujet ! Elle se détacha du Liancy le temps d'aller s'appuyer contre un tronc d'arbre, non sans oublier de l'attirer près d'elle en gardant sa main dans la sienne et sans le quitter des yeux.


-Je me posais une question Marquis. Pourquoi avez-vous choisi de conquérir des terres italiennes ? N'y-a-t-il donc aucune terre réclamant un seigneur en France ?
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Re: Ah nan mais oui mais nan...

Message par Rodrigue de Liancy le Dim 24 Avr - 21:00

Le Liancy avait eu très chaud. Il s'en était fallu de peu pour que tous ses efforts fussent réduits à néant. Mais l'appel du voyage avait été bien plus fort que la rancœur et Lucia sembla oublier en un clin d’œil tout ce qui avait pu l'agacer quelques minutes auparavant. La joie qu'elle semblait éprouver arracha un rire à Rodrigue. Cette jeune femme était étonnante. Elle pouvait être séductrice, fière, et soudainement, enfantine. Le Marquis venait de lui faire une proposition qui l'enthousiasmait encore plus que les robes offertes la veille. Florence ? De tête il se resitua la ville et hocha de la tête. Ce serait parfait.

- Je n'y suis jamais allé. Mais on m'en a toujours dit du bien. C'est une ville qui se développe, je suppose qu'il y a beaucoup à y faire et à voir. Nous irons donc à Florence.

Il lui souriait, amusé par la façon avec laquelle elle tentait de modérer ses ardeurs. L'astronomie disait-elle ? Un joli prétexte, mais aussi une information glanée au passage. Toutefois, il ne s'attarda pas sur ce sujet, préférant répondre à ses interrogations concernant le voyage.

- Je ne vous propose pas de m'accompagner pour me faire pardonner, mais parce que j'aime voyager et que le voyageur que je suis ne supporte pas l'idée de vous savoir malheureuse car vous pensez que vous ne connaîtrez jamais rien d'autre que cette île. Et puis je vous invite à vivre au château, je peux bien vous inviter à voyager à mes côtés si je le souhaite. Et vous pourrez tenir la barre si vous le désirez, je vous le promets.

Cette question était réglée. Il ne restait plus qu'à écrire à Arambour Démesquine pour savoir si elle souhaitait devenir Chef de la Défense de Giglio. Il espérait obtenir une réponse positive car il pourrait ainsi programmer le voyage avant l'arrivée des mauvais jours.
Mais Rodrigue n'eut pas le temps d'engager une nouvelle conversation. Lucia s'appuyait contre un arbre et l'attirait à elle en gardant sa main dans la sienne. La question qu'elle lui posa alors avait au moins l'avantage de mériter une réponse franche. Soutenant son regard, Rodrigue répondit alors de sa voix la plus charmeuse :


- Et bien, en France j'étais tout simplement Rodrigue de Liancy, mon titre d'Ecuyer de Ladispoli n'y étant pas reconnu. Une bonne partie de ma vie s'était déroulée en France, mais mes terres se trouvaient dans les états pontificaux et je m'y plaisais beaucoup, même si le calme qui y régnait avait tendance à m'ennuyer. Un jour Guido m'a dit que Giglio n'avait plus personne à sa tête et ça a éveillé en moi une envie d'aventure. Je pense que je n'aimais pas vraiment, en fin de compte, être l'obligé de quelqu'un. J'ai beaucoup de respect pour mon ancienne suzeraine, mais il me fallait beaucoup plus.

Tout en parlant, Rodrigue s'avança plus près de Lucia pour mieux la toiser. Délicatement il prit alors l'autre main de la brune.

- J'avais envie de conquête, de nouveauté. De prendre des risques. Si mon plan échouait, je perdais tout. Mais l'occasion était trop belle, et je me sentais trop bien en terres italiennes pour tenter une telle chose en France. Et en fin de compte je crois que j'ai eu raison d'être ambitieux.

Le Liancy se tut pour la regarder. La conquête de Giglio était déjà de l'histoire ancienne. Il en avait à présent une autre en tête, totalement différente, sensuelle, au yeux de jais, au sourire dévastateur. Le roux tenait ses mains entre les siennes et continuait de l'observer en silence, ne lui cachant pas qu'elle était bien celle qu'il convoitait. Il finit tout de même par reprendre, ayant à son tour une question qui lui brûlait les lèvres.

- Comment avez-vous réagi lorsque vous avez appris qu'un étranger allait être couronné Marquis ? Un français, qui plus est.

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Re: Ah nan mais oui mais nan...

Message par Lucia de Liancy le Mer 27 Avr - 18:35

Bien sur qu'il ne pouvait avoir entendu que du bien de Florence. C'était la ville par excellence. Là où l'on pouvait tout trouver, même ce que l'on aurait pas l'idée de chercher. Les nobles de Florence avaient également réussi à imposer l'utilisation du florin dans une grande partie de l'Italie et même dans le sud-est de la France. Il était donc primordial pour la fille de marchand qu'elle était que de visiter Florence au moins une fois. Elle rêvait tellement de ce voyage au pays des soieries qu'elle n'écouta presque pas la suite du discours, son regard vague posé sur les deux mains qu'elle avait toujours contre le torse du marquis. Ce ne fut qu'en entendant que le silence se faisait à nouveau qu'elle saisit qu'il avait probablement répondu quant à son envie de tenir la barre. Tant pis. Elle se rendrait compte du contenu de la dite réponse le moment venu, lorsqu'elle serait sur le bateau à battre niaisement des cils pour essayer d'obtenir gain de cause. Ne voulant pas laisser l'ennui s'installer entre eux, c'est là qu'elle alla se poser contre un arbre afin de lui poser sa question.

Elle fut bien évidemment plus attentive à la réponse qui lui fut faite cette fois. Elle pu noter que le Royaume de France ne reconnaissait pas la hérauderie pontificale. Ce qui laissait présager soit une proche croisade, soit peut être un concordat en cours de rédaction. Il était tout de même étrange qu'un Royaume, aussi prestigieux soit-il, ne reconnaisse pas tout ce qui touchait de près ou de loin à Sa Sainteté le Pape. Elle pu aussi glaner quelques informations d'importance, comme le fait qu'il n'aimait pas s'ennuyer et être sous les ordres d'une personne quelconque. A contrario, il semblait plutôt téméraire et prêt à beaucoup de choses pour assouvir sa soif de nouveauté. Elle leva légèrement le menton en l'entendant dire qu'il se trouvait très bien en terres italiennes et qu'il avait bien fait de convoiter Giglio, et pas seulement pour le titre que cela lui offrait. Ragaillardie de l'apprendre, elle aurait presque pu passer à la vitesse supérieure dès maintenant. Fort heureusement, son côté prudent refit surface au bon moment, calmant ses ardeurs afin de continuer à jouer "platoniquement" encore quelques temps. Elle fut également aidée par une nouvelle question de la part du Liancy. Elle ne manqua pas de sourire en coin avant d'entamer sa réponse.


-Je ne suis point sure que votre ouïe apprécierait de le savoir Marquis. Car bien que ma réaction fut raisonnablement toute intérieure, j'aurai assurément assourdi papà mio ainsi que nos proches voisins si elle ne l'avait point été. Je vous dirais donc simplement que, puis elle passa en français, Je adore beaucoup les mâles français ! Ils sont plus beaux et... intelligents ? que les italiens. Cela est certain !

Elle avait décidé de rester chaste aujourd'hui, mais cela ne l'empêchait pas de poursuivre son ostensible rentre dedans qui ne semblait pas déplaire au marquis. D'ailleurs, elle ne s'arrêta pas en si bon chemin et ajouta encore quelques mots pour assurer sa suprématie, et en français qui plus est :

-Je ne vous demande pas si les dames italiennes sont plus belles. Je le sais déjà ! En plus, vous ne avez pas le choix maintenant. Il n'y a pas de française ici !


Dernière édition par Lucia Casari le Ven 29 Avr - 19:15, édité 1 fois
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Re: Ah nan mais oui mais nan...

Message par Rodrigue de Liancy le Ven 29 Avr - 19:13

En écoutant Lucia, Rodrigue comprit que son arrivée avait dû faire sensation à Giglio. Si les hommes s'étaient montrés parfois hostiles, les femmes semblaient avoir eu une réaction toute autre. Allez savoir pourquoi. Certes le Liancy savait pertinemment que toutes les femmes n'avaient pas partagé l'enthousiasme extraordinaire de la Casari, mais il était bon pour son petit ego masculin d'entendre qu'il avait suscité l'intérêt de ces dames. Et plus particulièrement celui de Lucia. Mais ce ne fut peut-être pas ce qui fit le plus sourire Rodrigue. Qu'y avait-il de plus charmant qu'une italienne parlant français ? Ses erreurs ! Et alors qu'il s'apprêtait à la reprendre sur son français, après un bref rire marquant sa satisfaction d'apprendre que la belle brune ne l'avait pas accablé d'injures lorsqu'il avait pris le contrôle de l'île, la Casari enchaîna sur les femmes italiennes. Ce n'était pas vraiment une révélation pour lui, il n'avait d'ailleurs pas rencontré de non-italophone à Giglio. Mais avait-il réellement envie de revoir des françaises ? Probablement pas avant un long moment.

- Lucia, attention, commença-t-il en italien pour qu'elle comprenne mieux son explication, en français il vaut mieux parler « d'homme français ». Le mot « mâle » fait un peu plus… animal dirons-nous. Quant à l'absence de femmes françaises, ma foi, je devrais pouvoir m'en passer. Et puis s'il n'y a pas de femmes françaises, il y a des femmes qui parlent le français et ça ne manque pas de charme.

Rodrigue ponctua sa phrase d'un sourire et proposa à Lucia de reprendre leur balade. Ils avaient finalement peu marché à force de s'arrêter pour quelques instants de séduction. Ils repartirent ainsi, pensant sûrement chacun de leur côté qu'ils ne manqueraient pas, à l'avenir, de moments durant lesquels ils pourraient mettre à profit leurs talents pour charmer l'autre.


*


Deux semaines étaient passées. Deux semaines durant lesquelles Rodrigue n'avait pas manqué de travail, ni de temps pour quelques balades en charmante compagnie. De nouveaux visages avaient fait leur apparition au château. Rodrigue avait pris le temps pour choisir les personnes qui allaient obtenir le droit de séjourner à plein temps au premier étage et avait arbitré en faveur des jeunes gens les plus aisés ou avisés de l'île. En tout, huit personnes furent choisies, deux jeunes hommes et six femmes. L'un des deux jeunes hommes, Gianni Alestra, venait de perdre subitement son père et d'hériter de sa fortune. C'était un jeune homme brillant, quoi qu'un peu trop influençable. Et c'était pour éviter de le voir se faire dévorer par ses concurrents que le Marquis lui avait proposé de séjourner au château, le temps pour lui de faire son deuil et de prendre ses marques dans le monde impitoyable du commerce, pour succéder dignement à son père. L'autre jeune homme était le second fils d'un armateur. D'une laideur repoussante, il était néanmoins un peintre de talent et Rodrigue estimait qu'il serait bien mieux au château que chez lui à être houspillé par un père qui n'avait d'yeux que pour son aîné.

Parmi les jeunes femmes, pas de Guantieri ni de Sapiento. Le Liancy avait choisi selon l'aisance de leur famille afin que son choix ne soit pas trop décrié au sein de la haute société de l'île. A l'origine, seules cinq étaient invitées, mais l'une d'entre elle, Paola Massari avait décidé de refuser d'habiter au château si elle devait se séparer de sa sœur, Flavia. Ce fut grâce à l'intervention de Guido, qui avait des vues sur Paola, que les deux sœurs furent autorisées à venir ensemble. Malheureusement pour le pauvre Bariani, Rodrigue comprit rapidement lors de ses premières balades avec les deux sœurs qu'elles n'avaient d'intérêt que pour lui et qu'elles se fichaient éperdument de Guido. Le roux soupçonnait même la famille Massari d'avoir envoyé deux de ses filles afin de maximiser ses chances d'en placer une dans son lit. Dommage pour elle, les deux sœurs n'étaient pas du goût de Rodrigue qui se contentait d'être simplement poli avec elles.
Les quatre autres jeunes filles étaient un peu plus belles, avaient même du charme, mais elles manquaient cruellement de conversation.

En somme, les six nouvelles demoiselles du château avaient beau être jolies bien qu'extrêmement timides, ou très entreprenantes, Rodrigue préférait toujours Lucia. C'était d'ailleurs avec elle qu'il se promenait le plus souvent. Autant d'occasions durant lesquelles ils continuèrent de se rapprocher, le Marquis n'hésitant plus à passer son bras autour de sa taille tout en marchant à ses côtés, dès qu'ils se trouvaient hors de portée des regards indiscrets. La Casari était amusante, gentille bien que parfois hautaine vis à vis des autres femmes de l'île. Rodrigue ne pouvait pourtant pas lui donner tort, car toutes souffraient de la comparaison avec elle. Le Liancy ne comptait plus le nombre de fois où il aurait pu céder à la tentation de l'embrasser, mais il patientait, jugeant que le moment n'était pas encore venu et que cela inciterait la belle Lucia à continuer de le séduire.

La seule ombre au tableau fut la lettre qu'il reçut d'Anaïs, une lettre qui s'était vraisemblablement perdue en chemin. Rodrigue s'était fait à l'idée de ne jamais recevoir de réponse, mais quand il découvrit le sceau de la Lugnan-Vellini sur la missive, son cœur se serra. Lire le prénom de son ancienne fiancée avait eu quelque chose d'atroce sur le moment. Astride était encore réelle, elle était quelque part, à Hendaye probablement, avec François. Riait-elle ? L'avait-elle oublié ? Lui ne pouvait pas l'oublier, il lui arrivait même de penser à elle quand il voyait une plante qui sortait de l'ordinaire et qui l'aurait sûrement fascinée. Mais aussitôt il censurait son souvenir et ainsi, il pensait de moins en moins à elle. La lettre lue, Rodrigue la rangea dans la pile des lettres à détruire et passa à autre chose. Ses comptes avec les Vellini étaient soldés, pas ceux avec la Démesquine. Après quelques jours de réflexion, le Liancy avait fini par lui écrire pour lui proposer d'être son bras armé. En attendant d'obtenir une quelconque réponse, le Marquis s'était attelé à un autre projet.

Florence. En secret Rodrigue avait multiplié les rendez-vous et les courriers. La saison était encore belle et aller à Florence en septembre ou octobre ne l'enchantait pas vraiment. Durant ces mêmes deux semaines donc, entre les courriers et les installations des nouveaux arrivants, le Liancy avait préparé le séjour à Florence. Il ne restait plus qu'à l'annoncer à celle qui n'était jusqu'à présent au courant de rien : Lucia.  
Au cours de l'une de leur balade, alors qu'ils cheminaient en direction du château, Rodrigue s'arrêta net et prit les mains de la Casari, un grand sourire aux lèvres.

- Lucia. Dites-moi que vous n'avez rien de prévu pour les trois prochaines semaines. Car lundi, nous partons pour Florence.

Allait-il devenir sourd en plus d'être borgne ? Le suspens était insoutenable.

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