L'appât du gain.

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L'appât du gain.

Message par Fabrizio Casari le Sam 2 Avr - 22:56

De la fenêtre de son bureau donnant sur l'une des rues principales de Giglio, Fabrizio Casari ruminait. La situation actuelle à Giglio était périlleuse. Le vieux Marquis s'éteignait. L'inquiétude était de mise sur l'île car le vieil homme ne laissait aucune descendance. Son fils était mort depuis des années, quant à sa fille, elle n'avait pas vécu plus de dix ans. Qui allait lui succéder ? Qui allait reprendre les rênes d'une administration vermoulue, délaissée depuis trop longtemps ?

Casari faisait parti de la frange la plus aisée de la population. Il était de ces notables ayant fait fortune dans le commerce. Certains étaient simplement armateurs. D'autres seulement commerçants. La maison Casari faisait les deux. La concurrence était rude, impitoyable, et Fabrizio savait qu'elle serait plus féroce encore après la mort du Marquis. Les notables avaient pris l'habitude de s'adjuger les faveurs du régnant par de petites attentions et quelques caissettes de pièces d'or. De ces petits pots de vin dépendaient leur survie, le Marquis ayant les mains assez libres pour les réduire à l'état d'extrême pauvreté si tel était son désir. Quand l'île de Giglio passait des accords, les notables y trouvaient toujours leur compte en bout de chaîne. Fabrizio Casari n'était pas le dernier à user de ces méthodes. Il était même le plus roublard, le plus dur en affaire.

La mort prochaine du Marquis allait redistribuer les cartes. Mais au profit de qui ? La période n'était pas la meilleure pour les notables de Giglio. Tous avaient passé un mauvais hiver. Les affaires n'avaient pas été bonnes, certains bateaux s'étaient fracassés dans des tempêtes, perdant hommes et marchandises. Les pertes d'argent étaient conséquentes, si bien que certaines maisons étaient aux abois et n'allaient pas avoir les moyens de se placer dans la course à la succession du Marquis. Fabrizio lui-même avait perdu beaucoup d'argent et si sa situation n'était pas critique, s'il n'avait pas eu à rogner sur le niveau de vie de sa famille, il avait une certaine appréhension concernant les événements à venir. La partie allait être serrée, entre l'obligation de maintenir son influence et sa puissance sur l'île, et celle de relancer ses affaires pour remplir ses caisses.

Car Fabrizio Casari était lucide : la mort du Marquis entraînerait une lutte acharnée entre les notables qui allaient vouloir prendre sa place, et ceux qui voudraient tout simplement avoir une bonne place. De son propre avis, à l'heure actuelle personne ne pouvait prétendre au trône et les notables allaient préférer se neutraliser plutôt que de voir l'un d'entre eux diriger l'île.
Revenu derrière son bureau, il réfléchissait à la meilleure marche à suivre. Quand l'héritier vivait encore, il avait envisager de lui faire épouser son unique fille, Lucia. Mais ses plans avaient été contrecarrés quand l'héritier avait été emporté par un fort épisode de fièvre, alors qu'il se trouvait sur le continent. Lucia était belle, probablement l'une des plus belles filles de l'île. Fabrizio en était fier même s'il savait pertinemment que ses concurrents avaient eux aussi de belles demoiselles à marier.   Là encore, il était difficile de se démarquer. A ceci près que Lucia était dotée d'un caractère flamboyant, quand les autres jeunes filles étaient réservées, élevées pour ne pas faire de vagues. Lucia, elle, était une arme de séduction et son père savait que le moment venu elle pourrait faire la différence.

Une nouvelle partie allait se jouer et il fallait penser à tous ses atouts. L'argent, les femmes, tout était bon pour gagner. Et perdre n'était pas dans ses gênes.
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Re: L'appât du gain.

Message par Lucia de Liancy le Dim 3 Avr - 14:38

La jeune femme revenait d'une promenade au marché, là où elle dénichait les tissus qui seraient utilisés pour sa prochaine robe. Elle détestait avoir un temps de retard sur la mode du continent, et même si elle ne quittait jamais l'île elle tenait absolument à être la plus belle et la copie la plus conforme possible des femmes de Rome. Elle passait donc des heures et des heures à se pomponner, à choisir ses robes, afin de sortir pour parader dans les rues, dans l'espoir d'être aperçue par un riche commerçant du continent qui passerait par là par hasard. D'autant plus qu'elle avait appris récemment que marcher permettait de maintenir le corps en forme et donc de vieillir moins rapidement. Depuis ce jour, elle refusait de monter en calèche. Les gens de son père avaient bien essayé de lui dire que les femmes distinguées ne marchaient pas et que si elle ne voulaient pas être en calèche, pouvaient monter à cheval. Mais là encore elle refusait, parce qu'elle avait entendu dire que monter à cheval élargissait les hanches. Or elle tenait tout particulièrement à sa taille de guêpe, elle était vitale pour aguicher les riches italiens.

Elle pénétra dans le bureau de son père sans même frapper et s'affala dans le fauteuil en lâchant un long soupire désespéré. Elle n'avait vu personne qui puisse l'intéresser au marché, pas même de nouveaux tissus pour lui créer une nouvelle robe qui aurait permis de la faire patienter quelques semaines. Elle s'ennuyait donc à en mourir, et son père devait absolument être au courant de cet état de fait et devait tout laisser tomber pour lui trouver une occupation digne de ce nom. Parce que bien sur, toute activité manuelle de type tricot, broderie ou canevas était à proscrire. Tout comme les activités plus mouvementées du genre chasse, entraînement à l'épée ou participation aux affaires commerciales de la famille. En fait, Lucia n'aimait rien faire d'autre que se faire mousser, soit en se promenant pour qu'on lui dise qu'elle était belle, soit en organisant des mondanités. Sauf que depuis que les affaires allaient mal pour tous les commerçants de l'île, les mondanités se faisaient de ce fait plus rares, et elle n'avait donc strictement plus rien d'intéressant à faire à part lire. Ce qui allait bien deux minutes mais guère plus.


-Papà mioooooo ! dit-elle en jetant sa tête en arrière et le revers de la main sur le front. Je ne sais que faire de ma journée. Les marchés sont vides. Point un seul homme digne d'intérêt, point une seule étoffe qui puisse attirer ma subtile attention. Saviez-vous que les Guantieri étaient sur la paille ? J'ai appris cela aujourd'hui... Giulia n'a point pu m'accompagner, insinuant que son père n'appréciait que peu nos marivaudages et que cela devait cesser. Elle m'a finalement avoué que son père ne la laissait plus sortir parce qu'il avait peur qu'elle ne rentre en lui demandant d'acheter de nouvelles soieries.

Elle fit une petite pause dans sa tirade le temps de relever la tête. Puisqu'elle n'avait rien à faire, la jeune femme parlait, parlait, et parlait encore.

-Il n'aurait qu'à lui refuser. Pourquoi dois-je subir la pauvreté de Giulia papà mio ? C'est injuste ! Vous avez su tenir les rênes d'une main de maître, comment se fait-il que les Guantieri n'y soient point parvenus. Sont-il si sots ?

Et parce qu'elle adorait faire les questions et les réponses, et surtout parce qu'elle s'ennuyait toujours et que parler était bien son seul passe-temps pour le moment :

-Sans doute oui. Le papà de Giulia n'a point votre allure et votre roublardise. Vous mériteriez de devenir le nouveau marquis de Giglio papà mio ! J'aurais ainsi toute l'île à ma chausse et pourrais obliger Giulia à musarder avec moi quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit. Pause. Bien que la nuit ce serait inconvenant, les marchands ne sont point ouverts... Cela pourrait être bien mal interprété par le peuple. Ooooooh papà mioooooo ! Devenez Marquis s'il vous plaîîîîîîîîît.
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Re: L'appât du gain.

Message par Fabrizio Casari le Dim 3 Avr - 19:52

Quand Fabrizio Casari se préoccupait de l'avenir de l'île, de ses affaires, de sa maison, sa fille Lucia, se préoccupait bien plus d'elle-même. Un petit sourire apparut au coin de ses lèvres puis il passa sa main sur sa barbe blanchie par les années. Sa fille était belle, fière, provocatrice à ses heures perdues. Était-ce là le portrait de toutes les femmes ? Car elle ressemblait tant à sa défunte mère. Une femme magnifique qui prenait sur elle dans les moments difficiles, qui avait toujours épaulé le Casari, ce qui avait permis à ce dernier d'être à la place qu'il occupait à présent. Et depuis son bureau, il observait leur sublime enfant. Il l'écoutait, distraitement, en train de se soucier de ses plaisirs alors que les choses n'allaient pas aller mieux avant un bon moment. Le Casari avait toujours hésité à l'entretenir de politique dans la mesure où il considérait qu'une femme pouvait faire le meilleur comme le pire dans ce domaine. L'instruire des affaires pouvait aussi être utile si un jour il était amené à l'utiliser pour une raison ou une autre. Il n'était pas encore fixé sur la question et il se donnait encore du temps pour y réfléchir. Après le long monologue de sa fille, il se décida enfin à faire entendre sa voix profonde, une voix qu'il n'avait jamais à hausser tant elle inspirait naturellement le respect.

- Les Guantieri sont des idiots. S'ils avaient été un peu moins honnêtes ils n'en seraient pas là aujourd'hui. Être gentil n'a jamais rapporté des contrats, bien au contraire. Cela fait croire que vous êtes faible, que l'on peut vous marcher sur les pieds autant qu'on le souhaite.

De tous les notables de Giglio, c'était peut-être les Guantieri qu'il estimait le moins. Il n'appréciait pas beaucoup de voir Lucia s'entendre si bien avec Giulia Guantieri, de peur qu'elle ne s'adoucisse à force de la côtoyer. En l'entendant parler, il avait été satisfait de constater qu'il n'en était rien, qu'elle distinguait bien son amie de sa famille d'incapables, bien que de l'avis de Fabrizio, Giulia ne rattrapait pas beaucoup le niveau.

Il fut en revanche satisfait d'entendre Lucia apporter son soutien pour la quête du trône qui n'était pas encore vacant. Son aide serait précieuse, il le savait d'avance. Néanmoins, voulait-il vraiment briguer lui-même cette place ? Il hésitait encore. Il voulait gagner la lutte contre ses concurrents, mais pas forcément en devenant Marquis lui-même. Il commençait à devenir âgé et quand il voyait à quel point leur Marquis avait été usé par la mort de ses enfants, les querelles internes et les trahisons, il n'était pas certain de vouloir l'imiter. De plus, le marchand et armateur n'avait pas de fils pour reprendre ses affaires, qu'allait devenir la Maison Casari ? S'il arrivait à trouver un candidat à soutenir, un homme digne de Giglio et pouvant répondre à ses intérêts, il considérerait la question d'un autre œil. Pour le moment, il était dans l'expectative, se demandant qui allait lancer la guerre entre les notables. Ce ne serait pas lui, il n'aimait pas attaquer sans avoir une idée des cartes que possédaient ses adversaires.

Lentement Fabrizio Casari se leva et se dirigea vers sa fille et déposa un affectueux baiser sur sa tête. Était-elle en train de devenir candide au point de croire qu'il lui suffirait d'un claquement de doigts pour briguer le titre de Marquis ?


- Est-ce vraiment dans notre intérêt ? Le Marquis de Giglio est à la tête d'une île où ce sont les notables qui décident de sa politique. Du moins c'était le cas jusqu'à présent et voilà ou cela nous a menés. Faut-il que je sois Marquis, avec tous les risques que cela comporte, ou vaut-il mieux que nous restions à notre place de notable tout en essayant d'avoir le pouvoir sur le prochain Marquis ? Si je suis Marquis les autres marchands et armateurs s'allieront contre nous. Si nous restons à tirer les ficelles, nous pouvons les éliminer.

Il l'avait naturellement incluse dans ses ébauches de plan. Elle n'était pas mariée, ce qui faisait d'elle une de ses meilleures chances d’accroître son influence par un mariage négocié avec intelligence. Et si le mariage n'était pas possible, il restait toujours son charme ravageur et qui pouvait sûrement manipuler n'importe quel homme sur terre.
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Re: L'appât du gain.

Message par Lucia de Liancy le Sam 9 Avr - 16:22

Faisant tournicoter son doigt dans une mèche de cheveux, Lucia n'écoutait qu'à moitié les palabres de son père. Si elle aimait tout particulièrement parler et surtout qu'on montre de l'intérêt à ce qu'elle disait, l'inverse n'était pas forcément vrai. Les gens qui parlaient l'ennuyaient, et en généralement elle n'écoutait qu'à moitié. Il n'y avait qu'avec son père où elle faisait l'effort d'écouter... aux trois quarts. Ce qui était déjà un exploit conséquent à souligner. Elle bougea niaisement les cils lorsqu'il s'approcha pour lui déposer un baiser sur le haut de la tête. Elle savait que cela voulait dire : j'ai bien vu que tu n'as pas tout écouté mais je t'aime quand même ma fille, tu es si parfaite. Du moins, c'était la traduction qu'elle en faisait, et puisqu'il ne l'avait jamais rabrouée pour ne pas l'avoir pleinement écouté, elle avait fini par se dire qu'il ne lui en voulait pas pour si peu, qu'il savait qu'elle entendait bien ce qu'elle avait envie d'entendre et que cela suffisait amplement.

D'ailleurs, la suite, elle l'avait très bien entendue et une moue apparut sur ses lèvres, tandis que ses prunelles regardaient vers le haut. Son père ne voulait pas devenir Marquis, ce qui faisait qu'elle ne deviendrait donc jamais "la divine fille du marquis". Plus elle y songeait, plus elle s'y voyait et ne s'imaginait plus autrement que flanquée d'une belle couronne, le cul sur un trône rembourré, à écouter les doléances de personnes dont elle n'avait rien à foutre. Prendre des décisions ayant une grande importance sur la vie de gens de moindre importance en quelques secondes parce que pleins d'autres gens sans importance attendaient leur tour. Le rêve. Brisé dans l'oeuf par le refus d'un père d'accéder aux exigences de sa fille unique. Déjà lassée par cette conversation à peine commencée, sachant qu'elle n'aurait pas le dernier mot et qu'elle n'avait plus qu'à aller se morfondre de sa pauvre condition dans sa chambre, elle fit un petit geste de la main avant de se relever.


-Papà mio... Si vous ne voulez point devenir marquis, j'aspire quant à moi à devenir Sa Magnificence Lucia Casari. Trouvez donc une solution avant que je ne meurs d'ennui ! Vous en seriez bien marri, seul dans cette morne demeure.

Mine de rien, la jeune femme jouait du chantage même avec son père. Ce n'était pas vraiment utile puisqu'il se pliait toujours en quatre pour qu'elle obtienne tout ce qu'elle désirait, trouvant même des palliatifs dans les situations les plus désespérées. Cependant cette fois, il aurait bien du mal à l'embobiner en lui proposant une solution alternative. Rien ne pouvait égaler la noblesse et le pouvoir qu'elle en tirerait. Elle quitta le bureau après avoir déposé un baiser dans le creux de sa paume pour souffler dessus, comme si elle espérait que ce baiser allait s'envoler afin de se déposer sur la joue de son père. Elle n'avait plus qu'à rejoindre sa chambre pour choisir la robe qu'elle porterait demain et la coiffure qu'elle demanderait à avoir. Ci fait, elle continuerait ses lectures pour apprendre le français. Elle ne savait pas vraiment pourquoi, mais cette langue la passionnait, peut être pour sa beauté, ou sa grâce, ou tout simplement parce que le plus bel homme qui lui eut été permis de voir jusqu'à lors venait tout justement du Royaume de France...
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Re: L'appât du gain.

Message par Fabrizio Casari le Sam 9 Avr - 18:57

Comme l'avait prévu Fabrizio, la situation devint rapidement critique après la mort du Marquis. Le défunt avait été enterré, les semaines passèrent, et rien ne bougeait. Les alliances se faisaient et se défaisaient au gré des pots de vin que s'offraient les uns et les autres. L'ami d'hier était l'ennemi d'aujourd'hui, et inversement. Il n'y avait aucun plan clairement établi, pas même du côté de Fabrizio. L'imbroglio était parti pour durer, rien ne permettant de départager les notables…

Le Casari avait finalement décidé de se tenir au-dessus de cette mêlée pendant quelques temps, afin de se concentrer sur ses affaires. Quand ses concurrents perdaient leur temps pour des négociations qui n'aboutiraient pas, lui faisait tout pour sauver ses affaires qui pâtissaient de la situation de l'île. Et même si Lucia avait de hautes ambitions, le père préférait sauver ce qui pouvait encore l'être. Il était donc le nez dans ses comptes lorsqu'un des domestiques de la maisonnée vint le déranger, lui annonçant la venue d'un jeune homme nommé Guido Bariani. Celui-ci souhaitait s'entretenir avec Fabrizio sans dire au domestique ce qu'il lui voulait réellement. Le Casari se gratta la tête, se demandant bien ce que cet illustre inconnu lui voulait. Encore un envoyé d'un concurrent qui voulait lui graisser la patte ? Fabrizio soupira et accepta, se disant qu'il n'avait rien à perdre en recevant cet homme.

Lorsque le dénommé Guido fut devant lui, Fabrizio se mit à le scruter sévèrement des pieds à la tête. Il présentait bien, n'était assurément pas du même milieu que lui. Bien vêtu, mais certainement pas un noble ni même un marchand. En le saluant, il avait remarqué à sa façon de parler que l'inconnu n'était pas de l'île. Le Bariani était un continental, et n'était donc probablement pas envoyé par un notable de Giglio. A la bonne heure.

Fabrizio l'invita à s'asseoir, lui servit un verre de vin par pure politesse et l'invita à s'exprimer.


- Tout d'abord, je m'excuse de vous déranger, vous devez être très occupé. Mais j'ai une offre qui peut vous intéresser. Elle concerne le Marquisat.

Le jeune homme parlait avec aisance, peut-être même avec une pointe d'arrogance. Mais il avait fait mouche avec les seuls mots « offre » et « Marquisat ». Cela n'engageait à rien, mais il l'invita à poursuivre en lui demandant qui l'envoyait et quelle était cette offre.

- Personne ne m'envoie. Ou presque. En fait je sers l’Écuyer de Ladispoli, qui gère les terres de Monteroni. Il s'intéresse de très près à ce qui se passe ici, à Giglio. Il m'a envoyé ici pour récupérer des informations, des éléments qui pourraient s'avérer utiles pour lui. La mission qu'il m'a confiée s'arrêtait là. En revanche, cette visite est purement informelle et le restera aussi longtemps que nécessaire.
- Vous outrepassez vos prérogatives si je comprends bien, répondit Fabrizio.
- Je dirais plutôt que j'essaye de fortifier son plan en y ajoutant ma touche personnelle.
- Comment se nomme votre maître ? Et quel est donc ce fameux « plan ».
- Rodrigue de Liancy. Et son plan consiste ni plus ni moins à prendre le contrôle de Giglio...

Le jeune homme était franc. Peut-être un peu trop. Dévoiler ses ambitions avant toute négociation, c'était audacieux, mais dangereux.

-… Il a de l'argent. Bien assez pour financer une expédition jusqu'ici et faire tourner la tête de la majorité des notables. Il aura des hommes aussi. S'il réussit, et je n'en doute pas, je sais d'avance que les notables de Giglio vont se précipiter à ses pieds pour obtenir des gages et ses faveurs. Je vous propose de voir plus loin que cela. Le jour où mon maître arrivera à Giglio, je sais pertinemment que les notables vont d'abord être réfractaires à son offre, qu'ils vont négocier et tenter de faire échouer ses plans. Giglio n'y gagnera pas. Les marchands et autres armateurs non plus.

Guido Bariani marqua une pause et fixa Fabrizio d'un regard brillant, puis se pencha légèrement au dessus du bureau, lui indiquant que ce qui suivait allait particulièrement l'intéresser.

- Maître Casari, vous êtes l'un des notables les plus puissants de Giglio. Mais durant ma petite enquête, j'ai appris que vos affaires s'étaient considérablement dégradées. Vous n'êtes pas le seul dans cette situation, mais proportionnellement à la taille de votre maison, on raconte que si la situation actuelle perdure, vous allez vers de gros soucis. Appuyez l'offre de Rodrigue de Liancy au moment où il la fera. Essayez de convaincre la majorité des notables. Je connais mon maître, il saura s'en souvenir.
- Parlez-moi plus de lui. Il a des terres dans les États Pontificaux, mais à part ça ?
- Il est avisé. Astucieux. C'est un excellent gestionnaire et il saura redresser l'île si on en lui confie les clefs.

Le jeune homme semblait sûr de lui. Cela frisait la prétention, mais si l'écuyer de Ladispoli était si culotté que son homme de main, le jeu allait peut-être en valoir la chandelle.

- Quel âge-a-t-il ?
- Vingt ans.
- C'est un gamin ! s'exclama Fabrizio, outré par cette révélation à laquelle il ne s'attendait pas.
- Il est mûr. Et sa jeunesse sera gage de stabilité pendant des années pour Giglio. N'est-ce pas ce qu'il faut ? De plus…

Guido fanfaronnait ce qui irritait le Casari. L'argument de la stabilité était recevable, mais l'âge du Liancy allait être un obstacle pour convaincre les autres notables, si jamais il acceptait l'offre qu'on lui faisait.

- Oui ?
- Il n'est pas marié. Ni fiancé. Et j'ai entendu dire que vous aviez une fille, plutôt belle à ce qui paraît. Il faudra bien un héritier, et donc une épouse au Marquis pour le concevoir…

Cette nouvelle donnée relançait tout. Lucia entrait en jeu et par la plus belle des manières. Restait à voir les modalités, d'autant que son interlocuteur n'avait, normalement, jamais vu sa fille. Pour pouvoir espérer l'offrir à l'hypothétique futur Marquis, il fallait déjà que son homme de main la juge recevable. Ce serait sûrement une formalité. A cet instant, Fabrizio fit signe à Guido de lui donner deux petites minutes, puis se leva et quitta son bureau afin d'aller chercher Lucia. Sans plus d'explications, il lui demanda de bien vouloir l'accompagner pour vouloir rencontrer quelqu'un.

Arrivés au bureau, le marchand fit les présentations.


- Guido Bariani, je vous présente ma fille, Lucia Casari.

Fabrizio se délecta de la réaction du jeune homme qui semblait avoir le souffle coupé. Il s'était sûrement attendu à une belle femme, mais pas à ça. Après quelques secondes de silence, Guido finit par hocher positivement de la tête.

- Lucia, vous êtes époustouflante. Puis à Fabrizio. Je pense qu'elle pourrait lui plaire. Bien sûr, comme ma visite ici est non-officielle, notre accord le sera tout autant. Dès lors, ce sera à la demoiselle de vanter ses mérites et de charmer mon maître.

Casari hocha lentement de la tête. Là encore, ce ne serait sûrement qu'une formalité. Guido revint alors à la charge.

- Que pensez-vous de mon offre alors ?
- Elle m'intéresse. Pour tout vous dire, la situation actuelle est tellement compliquée que les rumeurs disent que tout cela va finir en guerre civile. J'aimerais l'éviter, et votre plan, bien que risqué, peut permettre de mettre fin à toutes ces semaines de vaines tractations. Mais peut-être voudriez-vous l'exposer à ma fille, afin qu'elle comprenne de ce dont il s'agit.

Guido acquiesça et commença son résumé.

- Mon maître souhaite prendre le contrôle de Giglio et être fait Marquis. Je venais demander à votre père de lui accorder son soutien, le jour où il se présentera sur l'île. En échange, je ferais en sorte qu'il permette aux affaires de votre père de prospérer, mais j'essayerais aussi de plaider en votre faveur, mademoiselle, auprès de mon maître qui n'a pas encore d'épouse. Cette démarche étant strictement non-officielle, l'accord qui en découlera, si vous acceptez tous les deux, le sera tout autant. Et nous devrons garder tous les trois un strict silence sur cet accord. Si mon maître l'apprend, je crains que cela ne fasse tout voler en éclats. Par conséquent, mademoiselle, si de mon côté j'essayerais de faire de vous la future Marquise de Giglio, vous allez aussi devoir mettre votre charme au service de votre avenir.

Fabrizio était prêt à accepter, mais il regardait sa fille, se demandant si elle accepterait un tel accord, un accord pris dans le dos du principal intéressé et qui consistait en un simple marchandage et une histoire de séduction. Mais cet accord était également la solution à tous leurs problèmes, à toutes leurs ambitions.

- Lucia, ma chérie, qu'en dis-tu ?
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Message par Lucia de Liancy le Dim 10 Avr - 19:37

La jeune femme était plongée dans une lecture des plus passionnante, seule occupation encore permise du fait que plus aucune de ses amies n'avait le droit de sortir au risque de mener leurs familles à la faillite encore plus rapidement. Aujourd'hui, elle s'intéressait à l'astronomie. Cela parce qu'elle ne désespérait pas que son père lui trouvât un richissime époux sur le continent, avec lequel elle voguerait au gré des vents et des étoiles. Afin de s'approcher au plus près de cette folle utopie, elle s'instruisait. Tant et si bien qu'elle ne fit guère attention lorsque son père pénétra dans sa chambre. Il avait très certainement frappé à la porte avant d'entrer, mais n'entendant aucune réponse, était entré quand même sachant qu'elle ne pouvait pas se trouver ailleurs qu'ici, à moins qu'elle n'eut fugué. Ce qui n'était guère son genre... Les frous-frous au vent, accrochée au bout d'une corde faite de draps noués entre eux. Très peu pour elle. De toute façon où irait-elle ainsi fagotée ? Ses tenues n'étaient jamais de prime praticité.

Elle referma lentement son livre en écoutant d'une oreille distraite ce que son père était en train de lui dire. Ainsi, résonnèrent dans son esprits les mots : "jeune", "riche" et "continent". Bien assez pour attiser sa curiosité et donc la pousser à le suivre pour en apprendre d'avantage. Dans le bureau elle tomba sur un homme qui, s'il avait effectivement l'air jeune, n'avait pas vraiment l'air riche. S'armant d'une moue plus que dubitative, elle s'assit dans un fauteuil et attendit qu'on lui fit état du projet. Elle se dérida d'abord en entendant le compliment qu'on venait de lui faire -bien qu'elle savait pertinemment qu'elle était époustouflante-, puis en comprenant que le jeune homme riche du continent n'était pas l'homme face à elle, mais son maître. Rassurée, elle s'enfonça un peu plus dans son fauteuil et fit tourner son doigt dans l'une de ses mèches de cheveux, buvant chaque parole avec une profonde concentration. Elle resta stoïque face à l'exposé, bien qu'en son fort intérieur elle bouillonnait déjà d'impatience de voir le fameux maître. Elle ne devait pas se montrer trop hâtive, au risque d'être extrêmement déçue si cet accord secret venait à échouer.


-Comment est-il ? Jeune, riche, mais encore ?
-Grand, élancé, roux, bo... Mieux valait-il ne pas parler de cela maintenant. Beau. Tout simplement.
-Autant que papà mio ?
-Si ce n'est plus !
-Impossible. Papà mio est le plus bel homme en ce monde.
-Soit... Mon maître est donc le second.
-Son nom ?
-Rodrigue de Liancy.
-Vient-il du continent ?
-Du Royaume de France Mademoiselle Casari.

"Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii" réussit-elle à contenir en entendant cette information cruciale. Un français ! Un français beau, jeune et riche ! Il ne lui en fallu guère plus pour accepter l'accord. Ainsi, elle se leva et tendit la main à Guido afin de sceller ce contrat officieux entre eux. La main fut serrée, et un sourire en coin de satisfaction apparut sur les lèvres de la Casari. Elle n'avait plus qu'à peaufiner ses propres plans pour attirer Rodrigue dans ses filets et devenir Marquise, tout en améliorant son français évidemment. Que voilà des choses intéressantes qui l'occuperaient à plein temps pendant les prochaines semaines. Tout le monde serait content dans la maisonnée : Lucia avait de quoi faire, et son père ne serait plus ennuyé par de sempiternels "je m'ennuie papà miooooo". Vivement !
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