[MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

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[MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

Message par Arambour Licors le Lun 2 Nov - 23:25

Le voyage était comme elle l'avait prévu quelques jours plus tôt : interminable. Pour ne rien arranger, pas un seul malfrat ne lui avait fait l'honneur d'essayer de la détrousser, rendant ce voyage encore plus ennuyant qu'il ne l'était déjà. Paraissait-elle si faible que même les plus véreux n'osaient pas s'attaquer à elle ? Certes, cela faisait des mois et des mois qu'elle ne s’entraînait plus qu'avec des mannequins ou son fils d'une huitaine d'années, mais cela ne faisait pas d'elle une empotée incapable pour autant. Alors quoi ? Les Vicomtes de Limoges protégeaient-ils leurs terres si ardemment qu'aucun homme mal intentionné n'osait s'y aventurer ? La jeune femme plissa les yeux avant de jeter un regard lent et circulaire autour d'elle, sentant que cette hypothèse n'était assurément pas la bonne. D'autant plus qu'ils ne voyageaient qu'en journée, Arambour prenant bien soin de trouver chaque soir une auberge pour passer une nuit plus confortable qu'une nuit à la belle étoile en cette saison. Ce n'était guère le moment de tomber malade. Comment diable irait-elle charmer ce fameux Rodrigue en ayant la goutte au nez ?

Néanmoins, aujourd'hui, le crépuscule était tombé si vite qu'elle n'avait plus le temps de chercher un endroit ou passer la nuit. Elle n'avait plus le choix, et ce fut donc dans une petite clairière légèrement éloignée de la route qu'elle arrêta sa troupe avant de mander Aurèle pour du bois. Une nuit à l'extérieur impliquait nécessairement des animaux errants, et l'Homme n'avait encore rien trouvé de mieux pour les éloigner qu'un feu, qui avait le double avantage de réchauffer celles et ceux qui étaient de garde. La pauvre Démesquine n'allait probablement dormir que d'un oeil cette nuit et serait d'humeur encore plus massacrante que d'habitude demain. Le prix à payer pour une "lève tard" qui n'avait pas pris soin de regarder plus souvent le ciel pour jauger de la position du soleil. D'un autre côté, la simple idée de passer une nuit dans un endroit sombre, en proie à toute sorte d'attaque nocturne, la fit sourire en coin. Ce sourire carnassier qu'elle avait chaque fois qu'elle sentait qu'elle pourrait tirer les poignards de ses manches ou dégainer son goupillon, savamment attaché à sa ceinture pour être rapidement opérationnel.

Tout le monde s'endormit au bout de quelques heures et une longue nuit de guet débuta pour la jeune femme. Tous ses sens étaient en éveil, et elle ne tarda pas à sentir une présence dans un buisson. Un bruissement qui laissait présager quelque chose de bien plus gros qu'un lapin, et de bien plus petit qu'un cerf. De quoi la rassurer sur la forme de leur potentiel agresseur. Faisant mine de rien, elle ne tourna pas la tête et se contenta de plisser les yeux avant de tendre lentement la main vers le feu, prête à y récupérer une branche qui pouvait tout à fait servir de torche. Elle stoppa son mouvement à quelques millimètres de la branche et se remit à écouter autour d'elle, un silence devenu désormais très pesant. Elle en était maintenant certaine, quelqu'un, ou dans le meilleur des cas quelque chose, se trouvait dans les fourrés, prêt à bondir au moindre faux pas de la part de la seule personne éveillée du camp improvisé.

C'est alors que tout s'enchaîna à une vitesse folle ! La jeune femme se saisit furtivement de sa torche avant de se redresser et de se retourner en prenant grand soin de faire glisser le poignard de sa manche vers sa main. Un homme encapuchonné s'approchait déjà avec avidité, posait sa main sur la porte de la voiture, là ou dormaient paisiblement Hélène et César. Ni une, ni deux, un premier poignard siffla dans les airs pour aller se planter directement dans la porte, à quelques centimètres au dessus de la main du vil gredin. Bien sur, comme tout bandit de grand chemin, il ne se démonta pas une seule seconde et s'empressa de tirer la porte plutôt que de s'enfuir pour sauver sa peau. Pauvre homme. La jeune femme jeta son second poignard vers le buisson afin d'éloigner d'éventuels acolytes avant de se précipiter vers le coche, goupillon en main. Son sang ne fit qu'un tour, et ce fut avec une force insoupçonnée qu'elle enfonça les boules piquantes de son arme derrière le crâne de celui qui avait cru qu'elle ne savait pas viser correctement. Si cette arme avait une efficacité tout à fait prouvée vis-à-vis de la survie de l'adversaire, il était également impossible de finir propre comme un sous neuf après un combat. Elle saisit le col de sa victime à l'arrière du crâne explosé à pleine main pour l’éjecter à l'extérieur de la voiture avant de s'essuyer la bouche de sa main pleine de sang. Constatant qu'elle venait d'empirer l'état de son visage opalin elle leva ses yeux d'émeraude au ciel avant de finalement sourire en coin pour lâcher un simple :


-Oh. Navrée.

Le reste de la nuit se passa étonnamment sans encombres, bien qu'elle dut finir sa nuit avec une tête d'enfant sur chaque cuisse, sous le regard médusé d'un cocher sous le choc. Le convoi repartit le lendemain matin à l'aube, dès qu'Arambour eut récupéré son poignard dans le buisson, qu'elle s'eut débarbouillée et changée. Pour son plus grand plaisir, cet épisode sanguin eut le don de clore le bec de sa fille, qui ne se plaignit plus une seule fois concernant la durée du trajet, ses petits pieds de princesse ou son ennui profond. Ce fut donc dans un silence plus que plaisant que la troupe posa enfin ses quelques malles dans une auberge de Mont de Marsan. Sans attendre une minute de plus, elle s'assit près du secrétaire et sortit de sa besace son nécessaire d'écriture. Si elle savait que sa prochaine victime était grande, rousse, et qu'elle s'appelait Rodrigue, elle ne savait pas plus précisément où le trouver. De plus, il était impensable de se rendre directement chez lui. Ce serait risquer de se faire ouvrir la porte par sa fiancée et de se retrouver dans une situation plus qu’inconfortable. Elle devait donc laisser planer le mystère et attiser sa curiosité.


A Rodrigue de Liancy,

Salutations.


Vous ne me connaissez point, contrairement à moi. En effet, l'on m'a parlé de vous lors que je me trouvais à Dijon, goûtant avec délectation les différents vins que l'on peut trouver sur ces terres. Néanmoins, la description que l'on me fit de vous m’obligeât à quitter ma paisible demeure & mes divins nectars afin de vous rencontrer. Ainsi, j'ose croire avec ardeur que vous ne refuserez point une entrevue avec moi, demain après-midi. Nonobstant, je comprendrais tout à fait que ces manières quelque peu cavalières puissent vous inquiéter mais permettez moi de vous rassurer d'une chose : je viendrai à ce rendez-vous complètement désarmée.

A présent, je suis intimement persuadée que vous avez besoin d'assouvir votre besoin de curiosité vis-à-vis de moi. Je vous attendrais donc demain après-midi, dans l'auberge qui vous sera indiquée par le coursier. Vous me reconnaîtrez assurément, je serais d'améthyste vêtue & seule à ma table, mes lèvres posée sur le bord d'un verre de Nuits-Saint-Georges, la seule bouteille que j'eus emmenée avec moi.

Dans l'espoir de vous voir,

A.

La missive fut roulée et la jeune femme invita ses enfants à aller faire un tour sur la place du marché. Certainement le meilleur endroit pour trouver un coursier compétent qui saurait trouver rapidement Rodrigue. Son léger sourire en coin sur le bout des lèvres, elle prit donc la main de sa fille et laissa son fils ouvrir fièrement la marche, épée en bois à la ceinture et torse bombé, tel le garde du corps qu'il aimerait être plus tard.

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Re: [MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

Message par Rodrigue de Liancy le Mar 3 Nov - 15:40

Rodrigue s'ennuyait. C'était devenu sa routine, son quotidien. Et depuis le matin, il avait déjà fait deux fois l'aller-retour entre son fauteuil et la fenêtre. A l'intérieur de la maison, qu'il partageait avec Astride depuis quelques semaines, il faisait sombre. Signe que l'automne était là, plus que jamais. Avec une touche d'espoir, le jeune homme se leva à nouveau et alla se poster auprès de la fenêtre, afin de déceler un trait de lumière entre les nuages. Malheureusement pour lui, ils étaient plus nombreux, plus épais, prêts à crever et à déverser toute l'eau dont ils étaient chargés. Le Liancy soupira. Il n'y aurait probablement rien à faire dehors avec ce temps menaçant.

Malgré son état permanent d'ennui et une certaine mélancolie, Rodrigue ne regrettait pas d'avoir quitté le guet de Gascogne. Il n'y était resté que peu de temps, car là encore la lassitude s'était rapidement emparée de lui. En dehors de sa suzeraine qui faisait office de prévôt, personne au guet n'avait éveillé en lui un quelconque intérêt. Ici tout le monde semblait issu du même moule, celui de la gentillesse à outrance. Le géant roux avait quitté la Savoie et ses intrigues de bas étages pour la Gascogne et ses bisbilles sans enjeux. Si les Savoyards se montraient malins pour s'accaparer le pouvoir et devenaient subitement mauvais lorsqu'il s'agissait de gouverner, les Gascons avaient l'insigne honneur d'être médiocres en toutes circonstances. Et les bonnes âmes suffisamment éclairées n'étaient pas assez nombreuses pour faire face à ce torrent d'inepties.

S'étant volontairement éloigné des institutions du Duché, Rodrigue se concentrait sur la gestion de ses terres de Monteroni, lorsque son intendant lui envoyait ses rapports, et ses études militaires. Ce qui ne représentait qu'un peu de son temps, le laissant largement désœuvré une fois ces tâches accomplies. De temps en temps il se mettait à disposition de bourgeois du coin, désireux de réorienter leurs activités afin de les faire prospérer. Auprès de son père qui avait eu bon espoir de lui faire reprendre l'affaire familiale, Rodrigue s'était initié aux rouages de la gestion, de l'argent, mais aussi de la stratégie, et s'il n'avait finalement pas pris la suite de son père, il avait mis ses conseils en application pour la gestion de Monteroni. Ses terres étaient prospères, ses gens satisfaits, aussi il pouvait se permettre de conseiller quelques bourgeois qui n'avaient pas peur de dépenser des sommes assez conséquentes pour s'octroyer ses services. L'argent n'était pourtant pas sa motivation première, mais il avait trouvé là de quoi contenir ponctuellement son ennui tout en gagnant assez d'argent pour être au-dessus de tout besoin.

Quand il n'avait pas de dossier à travailler pour Monteroni, ni de cours sur les techniques militaires à suivre, ni de bourgeois à aider, il lui arrivait de se rendre en taverne, juste pour boire un verre. Un verre de vin, une bière, ou même une tisane, la boisson importait peu. Seul à sa table, il observait de ses yeux perçants les autres clients. Il les dévisageait, cherchait à imaginer à quoi devait ressembler leur vie en dehors de cette taverne. Rodrigue avait fini par connaître les habitudes de certains, comme ce couple vraisemblablement illégitime qui venait tous les lundi pour discuter au fond de la taverne. Personne ne les remarquait, mais lui, si. A en croire sa façon de se comporter, elle devait appartenir à une classe sociale plus élevée que celle de son amant, même si elle prenait soin de s'habiller à la façon du petit peuple pour mieux se fondre dans la taverne. Ils se voyaient en cachette, mais ils semblaient heureux.

Rodrigue, lui, ne voyait pratiquement plus sa fiancée, ce qui n'ajoutait que de l'ennui à son ennui. Déjà accaparée par son étude des plantes, elle avait totalement déserté la maison au moment de l'apparition d'une épidémie sur les terres gasconnes. De nombreux gascons se trouvaient pris de fièvre et il était difficile de ralentir la contagion. L'occasion était trop belle pour Astride qui pouvait se confronter à la médecine et en apprendre bien plus que dans les livres. Le Liancy avait donc disparu de sa vie, celle-ci partant tôt le matin et ne rentrant que tard le soir. S'il comprenait sa passion, son abnégation, il regrettait tout de fois de ne pas plus la voir. D'autant que leur installation à Mont-de-Marsan lui avait laissé un goût amer. Rien ne s'était passé comme il l'avait imaginé, et il soupçonnait Astride d'être déçue autant qu'il pouvait l'être. Ils ne rêvaient que d'aventures, de lendemains surprenants et se trouvaient à vivre comme un vieux petit couple, happé par un quotidien sans saveur. Jusqu'à présent Rodrigue n'avait pas tenté d'en faire part à la Vellini, toujours dans l'espoir de voir les choses évoluer. Mais ces journées passées seul lui laissaient le temps de réfléchir à leur situation. La conclusion était la même à chaque fois : ils n'étaient pas heureux. Pourtant, il se refusait de l'admettre, censurait cette odieuse révélation, comme si nier allait fondamentalement changer la réalité. Cette idée lui faisait horreur, et pourtant, elle était récurrente.

A nouveau il venait de faire ce terrible constat, seul devant sa fenêtre, à contempler le morne ballet des feuilles mortes qui s'écrasaient sur le sol. Un triste spectacle finalement troublé par un petit bonhomme qui apparut sur le sentier et qui se rapprochait de la maison. Sans bouger de son poste d'observation, Rodrigue le vit se présenter devant la porte et frapper trois coups. Se disant que cette visite allait peut-être être le seul événement marquant de la journée, Rodrigue ouvrit la porte sur le petit homme. Il avait un air triste, presque craintif, et des joues rosies par l'effort. Sa besace semblait disproportionnée par rapport à son corps minuscule et ce n'est qu'au dernier moment que le Liancy remarqua la missive qu'il lui tendait. Rodrigue n'attendait pas de courrier et n'avait jamais eu à faire à ce coursier. Surpris, il prit néanmoins le pli, remercia l'étonnant messager, qui lui donna en retour le nom d'une taverne sans plus d'explications, et ferma la porte pour s'asseoir dans son fauteuil. D'une main il tourna la missive dans tous les sens. Elle ne venait pas de Guido, il en était certain. Après avoir passé une ou deux minutes à observer cette lettre inattendue, il l'ouvrit, meilleur moyen de savoir pourquoi on la lui avait envoyée.

Sa lecture achevée, il haussa un sourcil. Sa lassitude était telle que même ce mot provenant d'une parfaite inconnue avait du mal à susciter autre chose qu'une vague curiosité. Puis les minutes passèrent, des minutes durant lesquelles il relut les quelques lignes, cherchant à savoir comment on avait pu parler de lui dans une ville dans laquelle il n'avait, aussi loin qu'il pouvait s'en souvenir, jamais mis les pieds. Des Savoyards en goguette avaient-ils discuté de lui ? Possible, mais il se demandait bien pourquoi on parlerait de lui à des Bourguignons. Pour l'apprendre il lui faudrait se rendre à l'adresse indiquée par le coursier. Il connaissait cette taverne pour s'y être rendu une ou deux fois par le passé. Voulait-il seulement s'y rendre ? Cette lettre énigmatique avait fini par attirer son attention, car en fin de compte il y avait peu à en tirer. On avait parlé de lui à cette femme, elle était venue tout droit de Bourgogne pour le rencontrer, ne se présenterait pas armée et signait sa lettre d'un simple « A ». Était-ce un stratagème d'Astride pour simplement l'extirper de sa mélancolie ? Il l'espérait presque mais en doutait un peu, elle ne faisait pas tant de manières. D'abord dubitatif, Rodrigue décida de se rendre le lendemain au rendez-vous. Cela pouvait être un piège quelconque, mais après tout, il aimait trop le danger pour l'éviter quand il se présentait éventuellement à lui.

*

Rodrigue n'avait pas prévenu Astride de la missive, ni du rendez-vous. Il l'avait à peine vue, la veille au soir, et bien peu le matin. De plus, il jugea qu'il n'était pas nécessaire de l'en avertir si tout cela ne se révélait être au final qu'une grossière plaisanterie. Il avait donc précautionneusement caché la lettre et fait comme si rien ne s'était passé jusqu'en début d'après-midi. Astride partie, il pouvait ressortir la lettre, la relire pour bien avoir en tête les indications laissées par la mystérieuse expéditrice du pli. Sa principale interrogation était maintenant de savoir s'il devait lui aussi se présenter au rendez-vous désarmé ou non. Il avait un temps envisagé d'emmener son épée, puis seulement son poignard, mais à présent, il trouvait plus juste de venir sans arme. Peut-être que « A » mentait, mais la perspective d'avoir peut-être à se battre désarmé contre une femme armée ne l'inquiétait pas outre mesure. Si « A » était un homme, en revanche, il était possible que les choses soient différentes. Là encore, il verrait bien sur place.

Une fois la porte de la taverne passée, il scruta la salle du regard. L'avantage en étant si grand, c'était la possibilité de ne pas perdre son temps en de vaines recherches. Il ne lui fallut que quelques secondes pour repérer une femme isolée, habillée dans les tons violets, avec une bouteille devant elle. Tranquillement, lettre en main, il se dirigea vers elle. La démarche nonchalante, mais le visage relativement neutre, il s'arrêta enfin auprès de sa table et y déposa la lettre.


- Bonjour...

De plus près, il pouvait percevoir le visage de celle qu'il supposait être à l'origine de la lettre. Le teint extrêmement pâle, des lèvres d'un rouge remarquable et des yeux émeraudes. On ne voyait pas sa chevelure, mais Rodrigue supposa qu'elle était sombre, à en juger les sourcils noirs de la femme. Elle était plus âgée que lui, cela ne faisait aucun doute. Mais il aurait été bien en peine de faire une estimation de son âge.

Passées ces quelques secondes de flottement, un vague sourire en coin apparut sur le visage du rouquin. Ses yeux clairs, eux, ne montraient aucun amusement particulier pour le moment, ni ne trahissaient sa curiosité maintenant galopante. Il se montrait légèrement distant, en attendant d'en savoir plus sur son interlocutrice.


- « A », je suppose ?

Les doigts effilés du Liancy se posèrent sur le dos de la chaise qui se trouvait devant lui, attendant de savoir s'il avait fait erreur ou non. Mais personne dans la salle en dehors de l'inconnue n'était assez énigmatique pour écrire une lettre si raffinée et mystérieuse. Le sourcil légèrement haussé, interrogatif, il attendit que la femme daigne lui répondre et expliquer ce qu'elle lui voulait. Auquel cas il se ferait un malin plaisir de lui poser toutes les questions qui resteraient sans réponse.

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Re: [MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

Message par Arambour Licors le Ven 6 Nov - 1:55

En fixant ce rendez-vous au lendemain après-midi, la jeune femme s'était accordé le temps de la réflexion et de la grasse matinée. Car si elle savait comment elle serait vêtue et ce qu'elle serait en train de faire au moment où elle verrait Rodrigue pour la première fois, elle n'avait strictement aucune idée de la tournure que prendraient les événements dès les premiers mots prononcés. Si elle n'était pas aussi prévoyante que son cousin, il n'en demeurait pas moins qu'elle aimait avoir un coup d'avance sur son adversaire et ce quelque soit le type de joute engagée. En l'occurence, sa conversation à venir avec le Liancy revêtait le caractère d'une joute verbale qu'elle se devait de mener d'une main de fer, dans un gant de velours. Elle devait le manipuler, sans que cela se voit pour autant. C'est alors qu'un détail manquant dans la description qui lui avait été fait lui vint en tête. Quel âge pouvait donc avoir l'homme que son cousin lui avait demandé de séduire ? A priori, pour qu'Yvain le haïsse autant, c'est qu'ils devaient avoir à peu près le même âge... Mais rien n'était moins sur. Yvain paraissait bien plus vieux qu'il ne pouvait l'être à cause de son teint blafard et sa mine défraîchie... Il ne manquerait plus qu'elle tombât sur un homme aussi vieux et mal luné que le Prince de Condé... A cette idée, elle leva les yeux au ciel avant de poser son index et son majeur sur sa tempe gauche et de pencher légèrement la tête du même côté. Elle n'allait pas prier pour que l'homme qu'elle devait rencontrer soit au pire aussi vieux que son ex mari, mais elle allait assurément l'espérer très fortement.

Leur première journée à Mont de Marsan s'acheva sur un petit entrainement au bâton dans une clairière avec son fils, tandis que sa fille s'essayait au dessin de mode au fusain. Puis le lendemain arriva enfin, et fort malheureusement pour la Démesquine, ses enfants n'avaient pas pris d'elle concernant l'heure de se lever le matin. Et ce fut donc presque aux aurores qu'elle fut réveillée par des sauts sur son lit. Elle grogna une première fois sans que les vibrations ne cessent. Elle grogna donc une seconde fois, pour exactement le même résultat. Il ne lui restait donc plus que la méthode musclée pour arrêter le fauteur de trouble, qui n'était autre que sa fille. Arambour s'empara donc furtivement du poignard qui se trouvait sur sa table de chevet et le pointa sous le nez d'Hélène qui, étrangement, s'arrêta tout net. Un sourire en coin satisfait plus tard, la jeune femme daigna se lever, non sans avoir ouvert, fermé, ré-ouvert, refermé et ré-ouvert une nouvelle fois les yeux. Il fallait voir le côté positif d'un réveil aussi tôt... Elle pourrait aller faire un tour au marché pour se rendre compte de ce qu'ils pouvaient bien manger et surtout boire dans cette région du Royaume.

L'après-midi arriva enfin. Elle laissa donc ses enfants sous la surveillance d'Opportune, qui les avait rejoint en cours de route après avoir réglé les dernières affaires à Dijon, avant de quitter la chambre d'auberge pour rejoindre celle où elle avait donné rendez-vous à Rodrigue. Elle y parvint en quelques minutes seulement, et ne tarda pas à y entrer pour s'installer à une table dans un coin. Elle sortit alors sa bouteille de vin de sa besace et demanda deux verres au tavernier. A peine eut-elle servi son verre qu'un grand homme roux fit son apparition. Sans plus s'attarder sur lui, au cas où il ne s'agirait pas de son homme, elle approcha le verre de ses lèvres et en bu une gorgée. Elle ne put s'attaquer à la seconde, car déjà l'homme roux venait de poser une lettre sur la table, la lettre qu'elle avait écrite la veille. La jeune femme sourit alors légèrement en coin avant d'indiquer le siège qui se trouvait face à elle. C'est alors qu'elle se mit à le scruter avec une discrétion toute féminine. Il n'était pas vieux. Elle était même certaine qu'il était plus jeune qu'elle. Grand, roux, plutôt costaud. Elle n'était finalement pas étonnée que l'homme eusse trouvé une fiancée, malgré une ressemblance notable avec son cousin Yvain. En guise de réponse à la question qui lui fut posée, Arambour remplit le verre qui se trouvait face au Liancy et posa ses yeux verts sur lui avant d'ajouter quelques mots que lui seul pouvait comprendre s'il avait bien lu la lettre :


-Je vous offre un verre de Nuits-Saint-Georges écuyer ? Bien que vous ne puissiez plus me le refuser maintenant qu'il est servi.

Un nouveau sourire en coin vint s'afficher sur son visage avant de lever légèrement son verre et de lâcher un "Santé." et de boire une nouvelle gorgée. Il avait eu la curiosité de venir jusqu'ici, alors il l'aurait probablement aussi pour lui poser des questions.

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Re: [MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

Message par Rodrigue de Liancy le Sam 7 Nov - 15:59

Rodrigue détestait les mystères ou avoir cette désagréable impression que l'on se jouait de lui. Même à une question simplissime, il avait fallu que la femme réponde de façon détournée en lui proposant un verre. « A » avait pourtant bien fait les choses en distillant dans sa lettre assez d'informations pour le retenir. Toutefois, Rodrigue n'avait pas l'intention d'être mené en bateau par une inconnue et s'il n'obtenait pas les réponses qu'il souhaitait, il n'aurait aucun scrupule à mettre fin à l'entrevue sans préavis. En attendant il prit place, et serra le verre qu'on lui offrait entre ses doigts.

- Merci. Cela vous laisse donc tout le loisir de me dire qui vous êtes...

L'écuyer avait choisi l'offensive. Il avait peu de cartes en sa possession, la brune ayant l'air d'en savoir beaucoup plus à son sujet que lui sur le sien. Avec son air inlassablement détaché il but une gorgée et observa l'inconnue. Sa façon de se comporter ou même de se vêtir pouvait donner quelques indices sur elle, excepté si elle jouait un rôle, ce qui était une possibilité. En lisant sa lettre, Rodrigue avait senti chez elle de la distinction et cette élégance se dégageait naturellement d'elle. Elle n'était pas sans le sou, c'était une certitude. Peut-être était-elle noble, ou simplement issue de la haute bourgeoisie. Dans son adolescence, il avait rencontré de nombreuses personnes dans son genre qui gravitaient autour de son père. Ces constatations étaient cependant trop maigres pour l'aider à savoir à qui il avait à faire. Sans lui laisser le temps de répondre à sa première question, Rodrigue décida d’enchaîner pour tenter de prendre l'avantage dans cette discussion :

- Vous pourrez également me raconter ce qu'on a dit à mon sujet pour que cela vous pousse à parcourir tant de lieues pour me rencontrer, et ce sans savoir si j'allais être disposé à vous accorder cet entretien ou non.

Le géant roux avait accepté de venir, c'était maintenant à elle de faire en sorte de capter son intérêt. Et le large sourire qu'il affichait à la fin de sa phrase soulignait ce fait. Une certaine raison l'avait poussée de la Bourgogne jusqu'à Mont-de-Marsan, mais en ce qui le concernait, il n'y avait guère qu'une once de curiosité couplée à son ennui quotidien qui lui avaient fait franchir les portes de l'auberge. On parlait de lui en Bourgogne ? Qui parlait ? A quel sujet ? Autant de questions qui méritaient d'obtenir des réponses, mais qui pouvaient tout aussi bien rester lettres mortes si « A » décidait de faire perdre patience à Rodrigue en tournant autour du pot. Quant à la formule éculée « Vous ne me connaissez pas, mais moi si » elle avait le don d'inquiéter les faibles, ou ceux qui s'étaient créés de nombreux ennemis. Le Liancy n'appartenait jusqu'à présent à aucune de ces deux catégories et n'était donc nullement impressionné par la débauche de mystères qu'offrait la bourguignonne, et encore moins par cette mise en scène autour de la bouteille de Nuits-Saint-Georges.

Il porta pourtant le verre à ses lèvres en regardant assez fixement la brune pour lui faire comprendre qu'il était enfin temps de s'expliquer.

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Message par Arambour Licors le Jeu 19 Nov - 16:29

L’insolence et l'impatience de la jeunesse... Si La Démesquine fut elle aussi jeune, elle n'avait jamais que rarement fait preuve d'impatience, partisane de l'adage "tout vient à point à qui sait attendre", et n'aimant guère les choses mal faites, elle savait s'armer d'une patience d'ange lorsque cela s'avérait nécessaire. Quant à l'insolence, pour certains elle l'était, pour d'autres elle faisait simplement preuve d'une répartie et des manières toutes particulières. Il n'y avait bien qu'une seule chose sur laquelle tout le monde s'accordait : sa froideur. En toutes circonstances. Elle laissa planer le silence et le mystère encore quelques secondes, avant de poser son verre sur la table et de faire glisser son annulaire gauche sur le pourtour. Elle posa ensuite son coude droit sur la table et ouvrit sa paume avant d'y mettre sa joue. Sans sourciller, elle soutint le regard du jeune homme avant de fermer les paupières, pour les rouvrir avec le regard posé sur son annulaire en mouvement.

-Rodrigue donc... Hum... Je crois comprendre que je ne puis plus jouer la comédie avec vous. C'est pourtant là un art que j'affectionne tout particulièrement ; en plus de tant d'autres tout aussi utiles. Adoncques, si cela peut vous rassurer, je suis bel et bien A. Pour dire vrai, l'on m'a dit bien peu de choses à votre sujet, si ce n'est votre nom et votre lieu de résidence. Ce furent mes recherches personnelles qui m’amenèrent à vous écrire car, aussi étrange que cela puisse paraître, je naquis dans cette région. Certes je n'ai point connu votre père en personne du fait de mon jeune âge à l'époque, mais, mes seigneurs, eux, commerçaient et échangeaient régulièrement avec lui. Sachant combien l'entreprise de votre père fut florissante, j'en ai conclu que vous aviez pris sa suite. Et si j'admets volontiers que les vins de Loire ont un goût exquis, je ne puis dénigrer les vins de Bordeaux et sa région. J'avais donc besoin d'un contact sur place, qui ne soit point ignare et incompétent. Des qualités ma foi trop rares dans le milieu du commerce à mon grand damne.

Pendant toute la durée de son discours, elle n'en avait pas trahi une seule seconde l'extrême fausseté. N'ayant pas réellement promis qu'elle cesserait de se jouer de lui, elle poursuivait donc sur sa lancée afin de juger des qualités de son interlocuteur. Si elle voulait le séduire pour s'amuser un peu, il n'en restait pas moins très ennuyeux de manipuler des imbéciles. Les gens de raison et de pensée étaient plus répartis, plus hésitants, plus regardants sur les véritables intentions de la Démesquine à leur égard. Ce qui rendait l'exercice beaucoup plus excitant, et qui surtout allongeait considérablement la durée du jeu.
Ses yeux d'émeraude quittèrent alors son verre pour retourner se poser sur le Liancy, tandis qu'elle redressait la tête pour venir poser l'index et le majeur de sa main gauche sur le coin de ses lèvres. Elle garda sa paume droite ouverte et l'avança légèrement vers le roux, comme si elle attendait qu'il conclut le marché qu'elle venait de lui proposer. Et ce fut avec un léger sourire en coin qu'elle conclut :


-Je serais fort marrie que vous refusiez, Rodrigue.

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Re: [MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

Message par Rodrigue de Liancy le Jeu 19 Nov - 23:08

Tout en l'écoutant, Rodrigue affichait une mine faussement désintéressée. Il ne voulait pas lui montrer sa curiosité car plus il se montrerait empressé, moins il obtiendrait d'informations. D'autant qu'il constatait, au fur et à mesure de son discours, que l'inconnue était décidée à parler beaucoup pour en dire peu. Malgré le flot de mots et de phrases plus ou moins intéressantes, le jeune homme n'était pas parvenu à tirer les réponses qu'il attendait. « A » n'était pas un prénom. Dès lors tout le reste semblait accessoire car dénué de logique. Depuis quand les acheteurs de vin cherchaient à tout prix à conserver leur anonymat ? Toutes ces façons de faire des cachotteries pour du vin ne rimaient à rien. Alors quand elle se tut, Rodrigue ne chercha pas à réprimer un franc rire. Jolie imagination, mais il en fallait plus pour le convaincre. Après de longues secondes durant lesquelles il laissa volontairement planer le silence entre eux, ses lèvres s'entrouvrirent de nouveau, cette fois de manière ironique.

- Vraiment ?

Tranquillement il reprit le verre qu'il avait posé pendant qu'elle s'exprimait et but une nouvelle gorgée. Et finalement, quand il jugea qu'il avait fait assez patienter son interlocutrice, il reprit, non sans la regarder avec un certain air de défi.

- Jusqu'à présent, je n'ai rencontré personne ici ayant pour prénom une seule lettre. Je suppose donc que vous devez bien avoir un prénom, comme tout le monde. Et vous saurez sûrement que pour établir un contact il est plutôt déconseillé de jouer longuement la comédie, comme vous le dites.

Rodrigue reposa le verre, passa une main dans les cheveux et se pencha  au-dessus de la table pour regarder la femme droit dans les yeux.

-  Car voyez-vous, je crois moyennement à vos explications. Si vous vouliez vraiment que je fasse office de contact dans la région pour satisfaire vos désirs en matière de vins locaux, vous auriez écrit une lettre très claire en ce sens, et vous vous seriez présentée sous votre nom, ou au moins un nom d'emprunt pour vos affaires. Vous ne vous seriez pas fatiguée à faire tous ces mystères qui auraient très bien pu ne pas m'intéresser. Je suis de toute façon au regret de vous annoncer que je n'ai pas succédé à mon père et n'ai jamais eu l'intention de le faire.

L'écuyer avait décidé de jouer franc jeu. Il fallait bien quelqu'un autour de cette table pour le faire et il avait décidé d'endosser cette responsabilité pour mettre l'inconnue dans une position délicate. Ce jeu lui plaisait et l'intéressait. Quelle était donc la raison qui poussait cette femme devant lui ? Il espérait bien le savoir.

- Maintenant, peut-être allez-vous me dire qui vous êtes et surtout ce que vous me voulez. Dans le cas contraire, je m'en irais et vous aurez fait tout ce chemin pour rien. Et encore, si vous venez bien de Bourgogne…

Rodrigue n'avait pas l'intention de partir avant de voir cette histoire résolue. Et pourtant, s'il le devait, il le ferait, quitte à mener sa petite enquête de son côté en suivant « A » pour savoir s'il n'y avait pas un coup tordu derrière tout ce qui semblait, jusqu'à présent, être une mise en scène. Il avait dévoilé une partie de ses cartes, c'était maintenant à son tour. Deuxième chance.

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Message par Arambour Licors le Lun 23 Nov - 23:12

Un sourire matois apparut dès lors sur le visage de la jeune femme et elle reprit donc pleine possession de sa main tendue vers son interlocuteur avant de lentement se lever. Faisant ensuite glisser ses doigts le long de la table, comme si elle représentait le seule et unique lien qui l'attachait à l'écuyer pour le moment, elle s'approcha doucement de lui tout en parlant d'une voix suave :

-Le Nuits Saint Georges ne s'exporte guère outre frontières. Adoncques, vous pouvez être assuré d'au moins une chose, je viens bel et bien de Bourgogne. Pour le reste, puisque mon nom semble tant vous intéresser, je suis Arambour. Arambour Démesquine.

Une fois proche de lui, elle marqua une pause avant de perdre son regard quelque part dans l'auberge et de se pencher légèrement vers lui afin de souffler quelques mots d'une voix basse et claire, près de son oreille :

-Vous êtes malin, jeune homme...

Elle passa alors de l'autre côté du roux, faisant glisser ses doigts sur le dossier, faute d'avoir la table à portée de main. Et une fois à bonne distance de l'oreille droite, elle se pencha à nouveau vers lui, alors qu'elle se trouvait encore dans son dos.

-...Bien plus que votre cousin Yvain en tout cas.

Elle était persuadée qu'elle continuerait d'attiser la curiosité du Liancy en évoquant le nom de leur cousin commun. D'un autre côté, Yvain n'avait pas été finaud de croire que la Démesquine accepterait de se mettre sous ses ordres, et elle prenait donc un plaisir non dissimulé à le dénigrer ; tandis que Rodrigue faisait preuve d'une certaine rhétorique et d'une intelligence certaine. En d'autres termes, la jeune femme allait prendre un plaisir fou à charmer le roux. Et si jamais elle échouait dans cette quête, elle saurait probablement trouver autre chose qui lui permettrait de faire que cette entrevue ne soit que la première d'une longue série. Afin de pouvoir voir plus facilement sa réaction, elle fit encore quelques pas autour de la table, sans pour autant délaisser le dossier du siège sur lequel était assis le Liancy. Et puis après quelques secondes de silence, elle se décida finalement à ajouter quelques mots, peut être superflus, mais peut être utiles lorsqu'il était question de discuter avec un homme, certes doué d'une certaine intelligence, mais qui restait néanmoins particulièrement jeune et donc probablement peu expérimenté.

-Pour tout vous dire, c'est à lui que je dois de vous connaître. Il ne supportait guère le petit bonheur que vous vivez et il m'a demandé d'y mettre un terme... Définitif.

Elle avait légèrement insisté sur le dernier mot, sa voix restant toujours aussi calme et posée. Elle essayait simplement de l'induire en erreur quant à la nature de l'élimination définitive du bonheur du rouquin.


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Message par Rodrigue de Liancy le Mar 24 Nov - 16:17

En voyant la femme se lever, Rodrigue comprit qu'il avait pris l'avantage, forçant l'inconnue à changer de tactique. La main qu'il avait sciemment ignorée se baladait maintenant sur la table, comme si elle lui laissait une dernière occasion d'accepter son marché. Mais il avait bien compris que la femme était plus intelligente que cela et qu'elle était sûrement passée à un nouveau plan. Un plan qui semblait consister à s'approcher dangereusement de lui, en tournant autour de sa chaise sans oublier de lui parler à voix basse. Arambour Démesquine ? Il ne connaissait pas. Jamais entendu parler. Pour autant il décida de ne pas bouger, désireux de connaître la suite. Quand Arambour s'approcha de son oreille, il se troubla. De nombreuses jeunes filles ou femmes avaient tenté de lui faire du charme par le passé, mais aucune ne s'était permise de lui parler de la sorte. Quant à Astride, elle ne pouvait tout simplement pas le faire. Fort heureusement pour lui, cet état de surprise fut de courte durée. Le nom d'Yvain venait d'être prononcé et les cartes venaient à nouveau d'être rebattues.

La prononciation du prénom de son cousin provoquait en général chez Rodrigue un sentiment de consternation, le Liancy ayant toujours du mal à assimiler Yvain comme un membre de sa famille à cause de sa faiblesse et de son inutilité. Cette fois, pas de consternation, juste de la surprise et rapidement, de l'agacement. Ainsi elle venait sur ordre du Lugnan. Intéressant. N'importe qui aurait trouvé les propos d'Arambour inquiétants, mais le rouquin préférait pour l'instant s'amuser de cette situation abracadabrantesque, et notamment de l'envoyée de son cousin :


- C'est une coutume bourguignonne de tourner autour des gens de la sorte ?

Il avait dit cela sans la regarder, avec un ton teinté d'ironie. Yvain souhaitait mettre fin à son bonheur. Soit. En l'état son bonheur était naturellement entamé par l'absence d'Astride et le couple avait connu des jours meilleurs. Était-il vraiment nécessaire que son cousin mal luné mette son nez dans ses affaires ? Que voulait-elle dire par « définitif » ? Rodrigue ne doutait pas que son cousin voulût lui faire du mal, cependant il n'était pas assez idiot pour s'en prendre à sa belle-sœur. Il était donc probable que le principal visé dans l'affaire soit Rodrigue et lui seul. Lentement ce dernier prit son verre et pivota sur sa chaise pour se trouver face à Arambour. Sans la regarder pour le moment, il ajouta :

- Visiblement mon cousin est toujours aussi courageux. Envoyer quelqu'un pour faire le sale boulot à sa place, c'est tout à fait son genre. Peut-être a-t-il peur d'y laisser sa triste peau s'il venait à essayer de se mesurer à moi.

Quand on voyait les deux cousins côte à côte, ce qui arrivait peu souvent, il était évident que l'un avait un ascendant physique sur l'autre. A présent, la mention de la venue non armée d'Arambour prenait tout son sens, si bien qu'il la considérait sous un tout autre angle. D'autant qu'elle était maintenant beaucoup plus près de lui et il avait tout le loisir de la scruter de la tête aux pieds, sans aucune discrétion. Il ne s'était pas débarrassé de son attitude nonchalante voire arrogante et n'avait pas l'intention de le faire, au contraire. Fixant de ses yeux clairs le visage de la Bourguignonne, Rodrigue la questionna :

- Alors ? Que comptez-vous faire maintenant ? Si Yvain vous envoie pour attenter à ma vie, je vous préviens de suite, je ne suis pas du genre à mourir facilement.

Souriant largement, il porta le verre à ses lèvres et but une gorgée sans détourner son regard d'Arambour. Il attendait.

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Message par Arambour Licors le Mar 24 Nov - 17:54

"Sérieusement ?" fut la seule question qui traversa l'esprit de la Démesquine lorsqu'il lui demanda s'il s'agissait d'une coutume bourguignonne que de faire le tour des tables. Elle leva les yeux au ciel, constatant avec effroi que l'humour vaseux venait très probablement du gène Liancy. Si elle n'était pas aussi distinguée, sa paume aurait assurément rejoint son front dans un claquement sourd, pour montrer toute la lourdeur de cette blague. Le pauvre, en plus d'avoir un humour qui semblait laisser à désirer, était probablement tombé sur la femme la moins drôle de ce Royaume. A y repenser, elle n'avait peut être même jamais ri depuis sa naissance. Ainsi, pour ne pas crouler sous le poids de l'humour made in Liancy, et pour laisser planer ce silence si cher à leurs deux coeurs, la jeune femme ne tarda pas à rejoindre son siège et à poser ses coudes sur la table. Elle entremêla alors ses doigts à l'horizontale avant de poser son menton dessus. Elle haussa un sourcil, exprimant relativement clairement sa lassitude vis-à-vis de son interlocuteur.

-Franchement Écuyer. Moi qui vous imaginait si intelligent, vous me décevez grandement. Pensez-vous réellement qu'une femme telle que moi accepterait de se mettre au service d'une faible constitution telle que notre cousin ? Le mercenariat pour ce genre de couard ne m'intéresse guère pour dire vrai.

Elle pencha légèrement la tête sur le côté avant de s'armer de son sourire presque carnassier. Ainsi donc, le rouquin était quelqu'un de coriace ? Si jeune ? Cela ne pouvait que l'étonner, voire attiser sa curiosité, pourtant si difficile à piquer. S'il ne s'agissait pas tout simplement d'une allusion destinée à le différencier de son cousin qui lui, tombait malade dès qu'il s'éloignait un peu trop de la cheminée ou qui mourrait de peur dès qu'il voyait une arme, il était donc probablement question de quelqu'un qui savait se défendre seul contre un adversaire, si tant est que ce dernier soit à sa mesure. Se considérant comme une femme plus que douée dans le maniement des armes, tant qu'il n'était pas question d'épée, elle ne pouvait pas passer à côté de l'opportunité qui lui était offerte : s'entraîner, ou même entraîner, quelqu'un qui avait un peu plus de puissance et de tactique que son pauvre fils de dix ans à peine.

Elle se pencha en avant et se saisit vivement du col de Rodrigue pour l'attirer vers elle. Ainsi, nez à nez et presque front contre front, la jeune femme quitta quelques secondes son sourire, sans pour autant quitter le regard du Liancy, le temps de souffler ces mots :


-Ne me tentez point d'essayer Écuyer. Je serai gênée d'avoir répondu aux attentes de votre cousin par maladresse... Et... Comme je serai plus que désappointée d'avoir tâché de sang ma robe de voyage pour repartir si promptement, peut-être aurez vous l'audace d'accepter un duel, ou bien même un entraînement avec moi ? Il me plairait d'éprouver votre ténacité. D'autant que j'ai cru comprendre que s'il advenait que je vous blesse, votre chère et tendre se fera un plaisir de panser vos plaies...


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Message par Rodrigue de Liancy le Mar 24 Nov - 21:33

Si avant de s'exprimer Arambour avait haussé un sourcil, ce fut deux sourcils que le Liancy leva en l'écoutant. Avait-il bien entendu ? Arambour était aussi cousine avec Yvain ? Tout s'expliquait, car après tout il était étonnant qu'Yvain connût une autre femme que sa propre épouse. Bien sûr il aurait pu la recruter juste pour son affaire, mais le Lugnan ne procédait jamais à la légère. Peut-être était-ce le seul vrai point qu'ils avaient en commun. Passé l'étonnement de cette nouvelle révélation, Rodrigue sourit en coin. Elle semblait avoir aussi peu de considération que lui pour Yvain. Comment en avoir après tout ? Pourtant elle sous-estimait la violence de l'antagonisme entre lui et son cousin. Ce dernier aurait été tout à fait capable de monter un plan visant à l'éliminer.

Il s'apprêtait à lui répondre quand elle l'attrapa par le col. Faussement docile, il l'écouta attentivement. Rodrigue ne savait pas si elle jouait un rôle ou si elle était naturellement entreprenante, mais il avait remarqué qu'elle parlait plus lorsqu'il la laissait agir à sa guise. Et même s'il priait pour qu'Astride n'entre pas à ce moment précis où il était attablé et nez à nez avec une belle femme, il ne chercha donc à aucun moment à la repousser tant qu'elle n'avait pas fini sa proposition. Car c'était bien une proposition qu'elle lui faisait : un duel. Rodrigue fronça légèrement les sourcils, montrant bien qu'il réfléchissait à cette suggestion, tout en réalisant à quel point cette conversation n'avait aucun sens. L'invitation mystérieuse, les fausses raisons de la venue d'Arambour, Yvain et maintenant le duel. Cela avait au moins le mérite d'amuser l'écuyer et de le tirer du profond ennui dans lequel il était plongé depuis des jours, voire des semaines.

Avant d'accepter ou de décliner la demande de duel, le géant roux regarda intensément, et droit dans les yeux, celle qui le retenait toujours par le col. De si près il pouvait sentir son souffle et constater qu'elle était effectivement un peu plus vieille que lui. Pourtant elle était incontestablement belle. S'il n'avait jamais connu Astride, il aurait sûrement pu être charmé, car même si elle semblait brune alors qu'il avait un penchant pour les blondes, ses airs de femme dangereuse piquaient sa curiosité. Il suffisait d'avancer sa tête de quelques centimètres pour l'embrasser et la prendre à son propre jeu. Mais il n'en avait pas le moindre envie. Tromper Astride n'était a priori pas dans ses cordes et quelqu'un d'autre lui trottait dans la tête.


- Alors Yvain est également votre cousin ? Ainsi ma sœur et moi ne sommes pas les seuls à subir cette malédiction. Je comprends mieux, dès lors, pourquoi vous ne souhaitez pas vous mettre à son service.

Après tout, il ne la connaissait que depuis ce jour, comment pouvait-il savoir si elle était du genre à se laisser embrigader dans les combines du médiocre Yvain de Lugnan ? A présent Rodrigue savait qu'elle était sûrement de la même trempe que lui puisqu'elle voulait tester sa ténacité. Elle n'allait pas être déçue.

Lentement il posa ses mains sur celles qui se trouvaient sur son col et les décrocha doigt après doigt, avec délicatesse, afin de reprendre un peu d'espace pour s'appuyer sur le dossier de sa chaise, tranquillement.


- J'accepte. Évidemment je ne vous ferai pas de cadeau mais je suppose que vous détesteriez le contraire. Demain, à la lice de Mont-de-Marsan. A vous de choisir l'heure.

Et Astride ? Il n'avait pas relevé l'allusion d'Arambour à son sujet. Il ne voulait pas parler d'elle, pas avant de pouvoir mieux cerner sa future adversaire. Et pour la politesse, il ajouta :

- Autre chose ?

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Re: [MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

Message par Arambour Licors le Dim 14 Fév - 18:04

Si des années plus tôt, elle se serait amusée à essayer d'obtenir bien plus qu'un duel de la part du Liancy, il n'en était rien aujourd'hui. D'une parce qu'il n'était certainement pas en mesure de lui accorder un quelconque titre et de deux parce qu'elle n'avait aucune envie de risquer l'enfantement, d'autant que le jeune homme semblait très attaché à sa fiancée. La seule chose qui l'intéressait donc réellement pour le moment, c'était de se dégourdir les jambes et les bras contre un adversaire qu'elle espérait à sa pleine mesure. Le roux s'étant réinstallé au fond de son siège, elle en fit de même avant de faire un signe de main au tavernier pour qu'il apporte une bouteille de la région. Elle n'allait pas repartir de ce repère sans y avoir goûté, elle qui s'estimait grande amatrice de vin. Et puis en attendant que le tenancier n'arrive, elle reprit la discussion avec son interlocuteur, revenant quelques instants sur le sujet "Lugnan".

-Je me demande souvent pourquoi Anaïs l'a épousé... Elle mérite tellement mieux que cela. Pause. Enfin. Je suppose qu'elle ne voulait point mourir vieille fille, ou sans descendance. Piètre descendance cela étant...

Un léger sourire s'extirpa de ses lèvres, à l'instant même où son godet fût rempli de "txakoli". Sans même relever la complexité de la prononciation, elle indiqua silencieusement le verre du Liancy avant de déposer les écus sur le bord de la table. Elle ne tarda pas à amener le breuvage à sa bouche pour une boire une gorgée, tout en montrant qu'elle réfléchissait à l'heure la plus adéquate pour leur duel. Elle avait en horreur de se lever tôt le matin, ce qui annihilait de facto toute possibilité d'un combat aux aurores. Néanmoins, un duel au crépuscule ne retenait guère plus ses faveurs, le soleil à hauteur des yeux risquant de fortement les déconcentrer. Ce qui, finalement, ne laissait que peu de choix à la Démesquine, qui fit donc part de sa réflexion à l'écuyer :

-Je vous propose midi. Et j'ose espérer que vous tiendrez votre promesse, et que vous ne me ferez point de cadeau. Je ne vous en ferai point non plus, cela va de soit.

Elle but rapidement la fin de son verre avant de le reposer bruyamment sur la table et de se lever brusquement. Elle récupéra son manteau et s'emmitoufla à l'intérieur comme si elle s'apprêtait à affronter le froid polaire. Oui, la jeune femme avait deux défauts de taille : elle n'aimait pas se lever, et elle détestait l'hiver. Elle pencha légèrement la tête en direction de l'écuyer pour le saluer et elle s’évapora pour rejoindre son fils et sa fille. Après l'amusement, venait le temps de l'instruction... Et de l'ennui mortel. Quelle idée avait-elle eue de se marier, et pire, d'avoir des enfants, pour finalement s'enfuir, avec eux, du château de Fraize ? Parfois, elle même ne comprenait pas les décisions qu'elle prenait...

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Re: [MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

Message par Rodrigue de Liancy le Mar 16 Fév - 22:18

- Pourquoi l'a-t-elle épousé ? Tout simplement parce qu'elle doit aimer les causes perdues. Si cela lui plaît, tant mieux pour elle.

Rodrigue venait de découvrir que parler des couples l'ennuyait. Que ce soit du sien ou de celui des autres. Et c'était justement en raison du tour déplaisant que prenait sa relation avec Astride, qu'il haïssait le bonheur de son idiot de cousin. Anaïs ne méritait pas Yvain, c'était un fait, néanmoins elle ne se plaignait pas de son sort, pire, elle semblait totalement s'en satisfaire. Le Liancy, lui, n'était absolument pas satisfait du sien, entre ennui et sentiment d'abandon au profit d'une maladie dont il se fichait éperdument. Pourtant, il se taisait, car il comprenait la passion d'Astride et acceptait de s'effacer le temps nécessaire.

Les nouveaux verres servis, le rouquin attendit l'arbitrage de la Démesquine quant à l'heure du duel qui allait les opposer. Tout lui convenait, après tout ses journées n'étaient pas tellement remplies par les temps qui couraient. Alors quand elle lui proposa midi, Rodrigue se contenta d'un signe de tête pour accepter la proposition. Pour le reste, un simple sourire en coin et une phrase sans concession suffit :


- Ce n'est pas mon genre de faire des cadeaux, alors ne vous inquiétez pas. Apportez l'arme, voire les armes, de votre choix.

D'un trait il vida son verre et salua Arambour qui s'en allait, avant d'en faire de même. A y réfléchir, ce duel l'intéressait à peine. Cela l'occuperait l'espace d'une heure, et après ? Après, retour à l'ennui habituel. Cette idée l'agaçait d'avance. Avant de rentrer chez lui, il traîna un peu en ville, mais faute de trouver quelqu'un avec qui discuter, il finit par se diriger vers sa maison. Astride ne s'y trouvait pas, évidemment. Allait-il la voir ce jour ? Rien n'était moins sûr. Après avoir vaguement mangé, fait l'inventaire des armes qu'il allait emmener, nettoyé lesdites armes et aiguisé ce qui devait l'être, il se coucha tout simplement afin d'être frais et dispos pour son duel. Se présenter dans une forme toute relative à un duel n'était pas son genre. Il en allait de son honneur. Il n'aimait pas perdre, mais s'il devait s'incliner, il devait le faire avec panache.

Une fois n'était pas coutume, Rodrigue s'éveilla à l'aube. Le jeune homme voulait consacrer sa matinée à sa préparation pour être pleinement opérationnel à midi. A l'heure dite, il se présenta à la lice, armé de Glorieuse, d'un poignard et d'une masse d'arme. Il préférait, et de loin, son épée, mais Rodrigue préférait multiplier les options puisqu'ils n'avaient pas discuté des modalités du combat. Bien évidemment, il était aussi venu avec son bouclier, bien qu'aux couleurs d'une terre non reconnue par le Royaume de France. Venir sans aurait pu être considéré comme un affront par son adversaire du jour, car cela aurait sous-entendu qu'il se voyait l'écraser sans même avoir la crainte d'être touché. En réalité, l'écuyer ne sous-estimait pas les forces d'Arambour. Elle était rusée, nul doute qu'elle saurait être redoutable au combat.

Il allait bientôt le savoir...

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Re: [MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

Message par Astride Vellini le Sam 26 Mar - 12:53

Titide ne rentra pourtant pas si tard ce jour là, et quel ne fut pas son étonnement en voyant que le Liancy était déjà couché. D'habitude, il rentrait tard lui aussi, voire même plus tard qu'elle, après une journée passer à flâner dans les ruelles ou à s'entraîner contre ses pantins en bois. Du moins, c'est ce qu'elle supposait tant ils se croisaient peu ces derniers temps. Néanmoins, le fait qu'il dorme déjà à points fermés l'intriguait et elle ne put se résoudre à aller se coucher à son tour sans avoir fait une inspection globale de la maison. Qu'est-ce qu'il cachait le Liancy hein ? Des ébats éreintants avec une maîtresse ? Si tant est qu'on puisse appeler ça une maîtresse dans cette situation... Un départ pour Monteroni sans la prévenir ?! Un départ tout court sans laisser d'adresse !!! Foutrecul, ils ne se voyaient peut être pas beaucoup, mais ce n'était pas pour autant qu'elle le laisserait partir sans rien dire. Enfin dire, vous voyez ce que je veux d... Bref. Sans rien tenter pour qu'il reste ! Et puis s'il s'agissait simplement d'un amante, elle saurait très bien s'en occuper pour qu'elle ne soit plus un obstacle pour elle.

Sa décision était prise, demain elle n'irait pas au chevet des malades, elle partait en mission commando pour découvrir ce qu'il se tramait derrière son dos. Il fallait la jouer fine ! Elle parti donc enfin se coucher, mais son sommeil fut quelque peu agité par tous les plans que sa petite tête était en train d’échafauder pour ne pas se faire repérer demain. Afin de n'éveiller aucun soupçon, elle se leva comme d'habitude avant son fiancé, en prenant soin de prendre toutes les affaires qu'elle prenait d'habitude, et d'aller cacher son poney un peu plus loin dans les fourrés pour qu'il ne soit pas repéré et que le Rouqu'moute pense que sa dulcinée est encore une fois partie s'occuper d'autres gens et pas de lui. Passant de temps en temps sa petite tête par la fenêtre pour voir le mouvement à l'intérieur de la maison, pas grand chose ne se passait. L'avait-elle loupé ? L'avait-il quand même repérée ? N'allait-il finalement rien se passer ? Son impatience légendaire commençait à prendre le dessus sur son envie de savoir, et elle était prête à retourner toute la baraque pour découvrir se qui se tramait de façon bien moins orthodoxe que l'espionnage affectif.

Mais ouf ! Quelques temps avant midi, sa curiosité fut assouvie car le Liancy pointa enfin le bout de son nez dehors, la détermination luisant dans le regard. Hum. Sans plus attendre, la blondinette commença sa traque et c'est à la lice qu'elle arriva, sagement planquée derrière un gradin, les yeux à l'affût de tout phénomène suspect (vous imaginez une paire d'yeux bleus plissés entre deux lattes de bois sur lesquelles des gens posent leurs gros culs ? Ben c'est à ça que ressemble cette scène). Et quel phénomène ! Une belle femme brune arriva à son tour, et la jalousie extrême d'Astride la poussait déjà à lui sauter dessus pour lui refaire le portrait, mais non ! Il fallait qu'elle continue de zieuter pour voir ce qui allait se passer... Ca se trouve, ils étaient juste copains hein ?

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Re: [MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

Message par Arambour Licors le Sam 26 Mar - 13:39

Midi. Pourquoi diable avait-elle proposé cette heure charnière pour son duel ? A cette heure, elle était à peine levée, et c'était donc l'instant précis où ses enfants demandaient toute l'attention qui leur était due. Comment leur expliquer qu'ils allaient devoir attendre encore un peu qu'elle revienne pour profiter de leur mère ? Et encore, c'était dans l'hypothèse où elle gagnait aisément son duel. Peut-être allait-elle être contrainte de passer par l'hospice avant de rentrer, bien que cette idée lui déplaisait grandement. Fort heureusement pour elle, son fils, preux chevalier dans l'âme, comprit aisément qu'il n'était pas chevaleresque d'arriver en retard à un duel dont on avait soit même déterminé l'heure. Ce fut un peu plus compliqué pour la petite princesse qui n'était que peu attirée par l'art du combat. Se pavaner avec les dernières robes à la mode était un passe-temps bien plus intéressant pour elle, au grand damne de la Démesquine d'ailleurs.

Toujours est-il qu'à midi tapante, la Gorella fit irruption à la lice de Mont-de-Marsan, équipée de son seul écu aux couleurs de l'ordre royal auquel elle appartenait quelques années auparavant, et de son précieux goupillon, qui ne la quittait que trop rarement. Evidemment, ci et là se cachaient quelques poignard s'il advenait qu'elle en est l'utilité, bien qu'elle espérait son adversaire du jour tout aussi à cheval qu'elle sur les règles d'un duel.


-Monteroni, je vous laisse l'heureux plaisir de choisir entre votre épée & votre masse. Bien que... J'ai comme l'intime conviction que vous choisirez l'épée.

Elle sourit en coin, espérant qu'il prendrait effectivement l'épée. Les armes tranchantes étant bien plus répandues que les armes contondantes, elle avait eu le loisir de se battre contre bien plus de combattants à l'épée que de combattants à la masse d'arme. De plus, s'il la touchait, l'épée ne saurait faire guère plus qu'une taillade plus ou moins grossière et plus ou moins mal placée. La masse d'armes quant à elle, risquait de causer des dégâts bien plus conséquents dont elle se passerait bien volontiers, ne sachant pas si l'écuyer avait l'habitude de manier ce genre d'objet. Elle, depuis le temps, connaissait sa force et la manière qu'elle avait de se battre. Elle savait donc comment faire mal sans handicaper indéfiniment son adversaire. Et comme elle ne comptait pas finir sa triste vie avec une canne, ou pire, assise au fond d'une calèche avec un porteur attitré, elle espérait sincèrement qu'il prendrait l'épée. La jeune femme n'était pas encore tout à fait périmée et ne désespérait pas de retrouver un prince charmant un jour ! Déjà qu'elle avait des enfants nés d'une précédente union, alors il n'était pas de bon ton d'ajouter des défauts supplémentaires...

-Nous commençons dès lors que vous êtes prêt. dit-elle en se préparant à esquiver la première attaque.

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Re: [MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

Message par Rodrigue de Liancy le Sam 26 Mar - 19:29

Quand Rodrigue se concentrait, il avait cette faculté de monter dans son esprit une forteresse empêchant tout élément perturbateur de mettre à mal son effort. Cette fois encore, rien ne pouvait entraver sa détermination. Pas même sa belle blonde qui s'était malicieusement dissimulée sous les gradins de la lice sans qu'il ne le remarque. Son esprit était ailleurs. Paré au combat, à une lutte qui s'annonçait déjà sévère. Arambour ne semblait pas être du genre à plaisanter. Lui non plus, du moins lorsqu'il était question de duel.

Ce fut donc avec une certaine satisfaction et un bref sourire au coin de ses lèvres qu'il vit arriver son adversaire. Elle était peu armée, mais Rodrigue savait qu'un goupillon utilisé avec adresse pouvait faire de sérieux dégâts. Dès lors, s'il avait eu un temps envie de faire le malin en utilisant sa masse d'arme, son choix se porta tout naturellement sur Glorieuse. Malheureusement pour lui, il avait très bien saisi que cela ne serait pas à son avantage. Arambour avait suggéré qu'il prenne son épée, ce qui sous-entendait qu'elle pensait avoir plus ses chances face à cette arme. Et même si l'épée était l'arme de prédilection du Liancy, cela promettait un combat encore plus serré qu'il ne se l'imaginait.


- En effet, ce sera l'épée. Et je délaisse également ce poignard que j'avais emmené avec moi. Si vous en avez sur vous, peut-être serait-il plus juste que vous vous en sépareriez pour le combat.

Sa voix ne trahissait aucune inquiétude. Rodrigue avait toujours considéré que si l'on allait au combat avec la boule au ventre, il valait encore mieux faire demi-tour avant de perdre toute dignité au moment de frapper. Après avoir déposé la masse d'arme et son poignard, il revint au centre de la lice, prêt à engager le combat.

- Dans ce cas, allons-y.

« Et franchement » aurait-il pu ajouter en lançant sa première attaque. Malgré sa rapidité digne d'un félin, Arambour esquiva sans problème. Ce qui n'empêcha pas l'écuyer de relancer une autre attaque aussitôt. A la vitesse, il alliait la puissance et un sens de l'engagement qui l'avait toujours honoré. Les attaques s’enchaînèrent, et aucun des deux combattants n'arrivait à se départager. Le niveau était haut de part et d'autre, ce qui devait ravir les quelques spectateurs présents dans les gradins, mais qui risquait de considérablement rallonger la durée du combat. Malgré les variations dans ses attaques, Rodrigue n'arrivait pas à trouver la faille chez la brune. Rarement il n'avait été aussi accroché dans un duel. D'habitude sa grande taille, sa force et son agilité faisaient la différence. Pas cette fois. Rodrigue finit donc par opter pour une tactique visant à épuiser Arambour en la faisant se déplacer le plus possible. Faute de mieux pour le moment.

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Message par Arambour Licors le Sam 26 Mar - 20:38

"Et franchement" aurait-elle pu ajouter après avoir paré le premier coup d'épée de l'écuyer qui ne se fit guère attendre. S'il était rapide, la Démesquine l'était d'autant plus qu'elle avait une masse musculaire bien moins imposante que son adversaire. Parfois un désavantage certain lorsqu'il n'était question que de force bestiale, mais un avantage assuré lorsqu'il s'agissait de combats dans des espaces plus ouverts, là où elle pouvait esquiver et virevolter à en donner le tournis. Presque comme s'il s'agissait d'une danse, la jeune femme paraît, puis pensait avoir trouvé une ouverture et jetait son goupillon en avant dans l'espoir de mettre le roux en difficulté ; mais chaque coup était savamment stoppé, d'un côté comme de l'autre. Ses années d'entraînement payaient donc, et elle était des plus ravie de voir qu'elle n'avait rien perdu de sa superbe après avoir accouché de ses deux enfants.

Peu de spectateurs à la lice à cette heure, voire même aucun. Ce qui n'était pas pour déplaire à la Démesquine, qui n'aimait guère se donner en spectacle. Femme de l'ombre à ses heures, elle préférait largement s'entraîner et combattre à l'abris des regards, que personne ne vienne la féliciter ou la remercier pour des choses qu'elle trouvait presque banales et naturelles. Se battre faisait partie de sa vie, et la regarder, ce serait comme regarder pendant des heures une couturière en train de confectionner la plus belle robe du monde. Certes, le travail final serait sans nul doute admirable et apprécié de bien des Dames de la Cour, mais qui diable s'intéresserait au temps et à l'énergie que la dite couturière dépenserait pour sa confection ? Personne. Adoncques, à quoi bon s'intéresser à la ferveur qu'elle met dans son propre ouvrage : le combat ?

Comprenant la volonté du Liancy de la fatiguer en la faisant se déplacer le plus possible, la Gorella eu le temps de lâcher un léger sourire en coin, comme pour indiquer qu'il s'agissait là d'une tentative perdue d'avance. Il est presque impossible de fatiguer ainsi une femme ; ces femmes qui passent des journées entières à penser au bien être de leurs enfants, à l'organisation de leur mesnie, à leur image, à l'argent qui doit rentrer dans les caisses pour que personne ne manque de rien, ... On a beau dire, mais les femmes, même toutes nobles qu'elles peuvent être, ont mille choses à faire en une journée, et ce chaque jour de la semaine. Alors espérer les vaincre à l'usure, ce n'était assurément pas la meilleure des décision. Sans doute le Liancy se fatiguerait d'ailleurs plus rapidement qu'elle même à ce petit jeu. Elle para encore quelques coups, en donna aussi un ou deux, le laissant se fatiguer à essayer de la toucher plutôt que d'user toutes ses forces à tenter une touche qui n'arriverait probablement pas à destination.

Le duel s'éternisait, et elle ne comptait pas rester dans cette lice jusqu'à la tombée de la nuit. Tout cela avait déjà bien assez duré à son goût, et il était temps de sonner la fin. Cependant, qui était-elle pour sonner la fin alors que strictement rien ne s'était passé ? Il fallait au moins une touche, d'un côté ou de l'autre. Du sien de préférence, sinon elle se remettrait bien mal de l'affront qu'un jeune, normalement encore puceau, pourrait lui faire en la blessant sans qu'elle ne lui fasse aucune petite égratignure. Elle n'avait perdu qu'un seul duel jusqu'à aujourd'hui, et c'était contre son ex-époux. Sans doute l'avait-il déjà charmée pendant leurs passes d'armes, et elle avait alors baissé sa garde... Mais peu importe, personne ne le saurait jamais car, heureusement pour elle, il avait juré de n'en dire mot à personne, tandis qu'elle ne s'en vantait pas bien évidemment.

Afin d'attirer l'écuyer dans ses filets et donner le coup final, la jeune femme baissa légèrement son bouclier, comme pour l'inviter à donner son coup à cet endroit là. Ce qu'il fit ! Sauf que, mésestimant considérablement la rapidité de Rodrigue, il avait effectivement réussi à la toucher, et pas qu'un peu ! Elle sentit le sang couler abondamment sur sa joue droite, ouverte en profondeur. En d'autres termes, il venait de lui refaire son merveilleux minois, littéralement. A peine un quart de secondes plus tard, elle fronça les sourcils et arma ses dernières forces dans son poignet et profita de la brèche créée par le mouvement du coup d'épée pour lui envoyer l'un des boulets de son goupillon au niveau de l'arcade gauche. Si elle devait avoir une sale gueule jusqu'à la fin de sa vie, lui aussi !

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Message par Rodrigue de Liancy le Sam 26 Mar - 22:07

Sa tactique n'était pas probante pour le moment. Arambour ne s'épuisait pas comme Rodrigue l'avait espéré. Pire, à force d'aller chercher la confrontation, c'était lui qui se fatiguait inutilement. Pas question de lâcher le morceau cependant, il trouverait la faille. Elle ferait une erreur, même minime, et il saurait l'exploiter. Et après de nombreuses parades, la faille tant attendue apparut. Rapidement il s'y engouffra, peut-être trop rapidement en découvrant la balafre qu'il venait de dessiner sur son visage.

Une seconde pour constater les dégâts, une seconde de déconcentration. Une seconde de trop avant le coup vengeur qui vient le percuter sur le côté gauche du visage. La douleur irradia immédiatement son visage, de sa pommette jusque dans le front. La violence du choc lui avait fait lâcher épée et bouclier sans qu'il ne s'en rende compte. Le Liancy était prostré, à genoux sur le sol. Il n'avait plus conscience de ce qui pouvait se passer autour de lui. La blessure d'Arambour était sûrement grave, mais la sienne lui était insupportable. Il sentait le sang couler le long de sa joue, mais surtout, il prenait conscience que sa vue diminuait un peu plus à chaque seconde. Était-ce l'effet d'un gonflement de l’œil ? Ou du sang qui y coulait ? Ou était-il tout bonnement en train de le perdre ? Il n'en savait rien et il ne fut pas plus renseigné lorsqu'il passa sa main gauche sur son œil. Sa paume était pleine de sang.

Combien de fois s'était-il bagarré au cours de son adolescence ? Combien de fois a-t-il risqué de grièvement se blesser ? Il avait toujours eu une dose d'inconscience jusqu'à ce qu'il ne manque de mourir sur les remparts de Chambéry. Et c'était au milieu d'une lice miteuse devant trois pécores qu'il allait se faire le plus mal ? Rodrigue souffrait le martyr, avait envie de hurler, mais sa voix restait coincée dans sa gorge. Les pensées les plus stupides lui effleuraient l'esprit, histoire de ne pas penser au mal lancinant au niveau de son œil. Qu'allait dire Astride ? Qui allait le lui apprendre alors que les quelques spectateurs avaient sûrement déjà détalé devant les blessures des combattants. Comment allait Arambour ? Il n'osait pas lever les yeux vers elle, premièrement parce qu'un seul œil était à présent opérationnel, ensuite parce qu'il avait peur de constater qu'il lui avait finalement fait bien plus mal qu'il le croyait au départ.

Pourtant il fallait bien faire quelque chose. Mais quoi. Il n'était en état de rien et le sang continuait de couler sur le sol terreux de la lice, inlassablement.

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Message par Astride Vellini le Sam 26 Mar - 23:11

À l'instant même du choc entre le goupillon de l'inconnue et le visage de son cher et tendre, le sang de la minie Vellini se figea presque dans ses veines. Pourvu que ce ne soit pas grave, pourvu qu'il se relève, pourvu qu'il ne soit pas trop tard pour le soigner et faire un ravalement de façade correct. Néanmoins, la chute à genoux de son fiancé eut raison de ses espoirs et c'est sans tarder qu'elle se précipita au milieu de la lice, la main déjà fourrée dans sa besace pour en sortir ce qui lui serait extrêmement précieux pour soigner les combattants. Car si elle voulait d'abord s'occuper de Rodrigue, qui semblait bien plus atteint que l'autre personne, cette dernière avait également besoin de soins importants, voire très importants puisqu'il s'agissait d'une potentielle cicatrice au visage, un endroit on ne peut plus sensible pour une femme...

Gardant un sang froid des plus professionnels elle vida sa gourde sur deux morceaux de tissus, dont un qu'elle tendit rapidement à la femme le temps qu'elle nettoie sa blessure avant qu'elle n'arrive poser son fameux baume à la lavande. L'autre tissus, elle l'appuya assez fortement sur le visage sanguinolant de Rodrigue, faisant fi de tout gémissement de douleur, tant elle savait qu'il n'était pas en train de passer le meilleur moment de sa vie. Une petite grimace désolée sur le bout des lèvres, elle épongeait, essorait, ré-épongeait, et ce tant que le sang continuait de couler. Elle sortit enfin un nouveau morceau de tissus de son sac, l'appuya contre l'oeil de son bel amant avant de lui prendre tendrement la main pour qu'il le tienne pendant quelques secondes.

Son baume à la lavande dans la main, elle s'approcha de la femme en lui montrant le pot avec une tête qui se voulait rassurante.


-Astride je suppose ? Allez y. Quoi qu'il en soit, cela ne pourra point empirer ma situation.

La minie blonde fit une petite mimique du coin de sa bouche comme pour dire "en effet, ça pourra pas être pire !", puis elle approcha sa main de la joue de sa patiente du jour et étala doucement la crème sur la peau, afin de ne pas refaire couler le sang qui avait enfin terminé sa course. Ceci fait, elle lui donna une nouvelle bande de tissus en jetant les yeux vers la joue embaumée, pour lui signifier qu'elle la laissait faire le pansement seule. Elle avait une affaire des plus graves sur le feu ! Elle reporta une nouvelle fois tout son attention su le roux, qui ne semblait pas dans son assiette, probablement à cause de tout le sang qu'il venait de perdre et qui continuait à couler, bien que moins abondamment qu'auparavant.

Elle tentait de garder sa mine impassible, mais devant son incapacité à diminuer les souffrances de son amant, elle avait un mal fou à contenir ses émotions. Pourtant, elle réussit à poursuivre son travail comme si de rien n'était, comme s'il s'agissait d'un simple soldat inconnu qu'elle devait sauver coûte que coûte. Elle l'engueulerait pour cette énorme connerie plus tard ! Beaucoup plus tard ! Là y'avait clairement plus urgent... Sans même lui demander son avis, elle pencha Rodrigue en avant, pour que son sang ne remonte ni dans son cerveau, ni ne descende dans sa gorge ou pire, dans ses poumons. Maintenant, à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels, elle déchira sans retenue tout le bas de sa robe et courut en direction de l'abreuvoir à l'entrée de la lice. Elle revint tout aussi promptement, presque comme si elle n'était pas partie, et elle enroula la tête du roux dans son bas de robe mouillé avant de lui redresser lentement la tête, une main posé sur chaque joue, pour plonger son regard dans le seul oeil encore disponible.

Il fallait qu'elle l'emmène rapidement à la maison pour avoir plus de matériel à sa disposition. Peut être allait-elle avoir des points à faire et là, elle n'avait pas de quoi faire. Un regard en coin vers l'adversaire du jour, un petit plissement de nez et, peut être qu'elle aussi allait avoir besoin de quelques points en y réfléchissant bien...

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Message par Arambour Licors le Dim 27 Mar - 0:02

Elle était prête à lui tendre la main pour l'aider à se relever, mais elle avait senti qu'il serait dans l'incapacité totale de le faire. tant et si bien, qu'elle ne tarda pas non plus à rejoindre le plancher des vaches, pour prendre un repos bien mérité après un combat si éreintant. En s'asseyant, elle avait bien vu les deux petits yeux luisants derrière les gradins, des petits yeux qui étaient probablement là depuis les premières passes d'armes et qui n'allait pas tarder à se montrer au grand jour. Et effectivement, à peine une seconde plus tard, un joli minois blond fit son apparition. Étonnamment, il n'y avait pas une once de panique dans le regard de la jeune fille, qui pourtant ne devait pas avoir quitté l'âge d'enfant depuis bien longtemps. Voyant avec quel professionnalisme la fiancée de son adversaire gérait la situation, elle laissa transparaître un léger sourire en coin malgré la douleur irascible qu'elle avait dans la joue. Elle avait posé sa main sur sa blessure et avait senti qu'elle était bien plus profonde qu'elle ne l'aurait voulu. Ce qui la rendrait d'autant plus difficile à dissimuler aux yeux du monde. Elle qui ne voulait pas empirer son cas dans l'espoir de se remarier, l'idée de ce duel n'avait semble-t-il pas été la meilleure qu'elle ait eue depuis un certain temps... La première mauvaise idée de sa vie ayant été de se marier, la seconde d'avoir un fils, et la troisième d'avoir une fille. Autant dire qu'elle considérait maintenant ce combat comme une très grosse erreur, et qu'elle méritait amplement ce qui était en train de lui arriver. Sa fierté devait en prendre un coup, elle qui pensait gagner facilement ce combat.

Elle fut en partie soignée par la petite blonde, et d'un hochement de tête elle la remercia. Sans même parler, sachant qu'elle en était de toute façon incapable, la Démesquine avait compris qu'ils ne pouvaient pas rester là à attendre que la pluie vienne nettoyer tout le sang qu'ils venaient de faire couler sur le sable. Ils devaient se rendre le plus rapidement possible là où Rodrigue pourrait être soigné, et là où elle pourrait se reposer sans affoler toute sa maisonnée. La jeune femme se redressa donc avec peine et se traîna tant bien que mal vers sa jument, laissée à l'extérieur de la lice le temps du combat. Il valait mieux cela pour le Liancy, sinon au premier coup d'épée, il se serait pris un coup de sabot de la part de la bête, probablement un peu trop attachée à sa maîtresse... Difficilement, elle revint vers l'intérieur de la lice, jument qui servirait de mule derrière elle, et elle s'adressa à la fiancée, comme si elle espérait se faire pardonner d'avoir lourdement amoché l'amant.


-Permettez que ma jument porte Monteroni jusque chez vous. Je n'ose demander votre aide pour porter nos armes, mais il le faudrait pourtant, pour qu'aucun charognard ne les vole durant notre absence...

Usant du peu de force qui lui restait, elle fit grimper le Liancy sur la monture avant de récupérer son goupillon, laissant le soin à la Vellini de récupérer les armes de son aimé. Sans plus tarder, ils prirent la direction de la maison Liancy-Vellini, selon les directives faiblardes de l'écuyer, qui, malgré son mal-être, savait que s'il voulait rentrer un jour chez lui, il devait prendre les choses en mains et ne pas laisser Astride les perdre à travers les ruelles montoises. En chemin, qui heureusement n'était pas bien long, la Gorella se permit un :

-Dès lors que vous aurez soigné Monteroni, pourriez-vous vous intéresser à ma blessure je vous pries ? Je crains qu'il ne faille... Faire plus qu'une cure de baume pendant plusieurs semaines. A mon grand damne...

Elle vit la blondinette acquiescer, ce qui n'était pas pour la rassurer car cela voulait bien dire qu'elle allait garder ce merveilleux souvenir de son duel avec Rodrigue... Quelle idée avait-elle encore eu que de proposer un duel. Elle ne pu s'empêcher d'ajouter quelques mots, espérant faire passer le temps encore un peu plus vite avec son humour au moins aussi vaseux que celui de son cousin pour le coup :

-Écuyer, la prochaine fois, nous les prendrons émoussées.

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Re: [MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

Message par Rodrigue de Liancy le Dim 27 Mar - 16:29

Rodrigue était toujours prostré et Arambour au sol non loin de lui lorsqu'une bonne âme vint à leur rescousse. Dans sa douleur et parce qu'il n'osait relever la tête, l'écuyer ne remarqua pas tout de suite que ce n'était autre qu'Astride qui venait le soigner. Ce furent ses beaux cheveux blonds, puis sa robe qui l'incitèrent à relever son œil encore valide vers celle qu'il aimait. Il se sentait misérable. Comment avait-elle su ? L'avait-elle suivi ? Avait-elle assisté à son rendez-vous avec la Démesquine la veille ? A quoi avait-elle pensé en le voyant au sol, répandant son sang pour un simple duel ? Ces questions étaient si futiles sur le moment, mais elles l'empêchaient de penser à la douleur, et à l'humiliation d'être à nouveau soigné par celle qu'il était censé protéger. Au contact de sa main qu'elle guidait de la sienne pour qu'il tienne le morceau de tissus contre son œil, il ne put que souffler un bref « Astride... » en guise de remerciement. Qui remerciait-il d'ailleurs ? La Providence pour avoir mis sur son chemin sa dulcinée au moment où il en avait le plus besoin ? Ou Astride elle-même car la Providence avait décidé de lui refaire sauvagement le portrait ?

Sonné, il hocha difficilement la tête en entendant Arambour parler. Elle devait aller à peu près bien, malgré la longue entaille sur sa joue. Et il acceptait sans condition de rentrer chez lui. Une petite bise s'était levée sur la lice et il était parcouru de frissons. Tout ce sang perdu n'arrangeait rien. Vraisemblablement aidé d'Arambour, il grimpa tant bien que mal sur sa jument. La misérable petite troupe se mit alors en marche, Rodrigue clignant de son œil valide pour essayer de regagner la maison sans prendre de détour inutile. Sa tête lui faisait atrocement mal, et sur le coup, il avait presque envie de se jeter au sol pour s'y fracasser et abréger ses souffrances. Aussi il n'écoutait que vaguement Arambour s'adresser à Astride.

Ils étaient pratiquement arrivés quand la Démesquine tenta une pointe d'humour que le Liancy attrapa au vol, d'une voix faible et rauque :

- Si ça peut m'éviter d'être totalement défiguré, je signe.

Mais pour le moment il ne voulait absolument pas d'un autre duel. Il voulait savoir si la perte de la vue à gauche était temporaire ou non. Un mauvais pressentiment l'avait déjà gagné depuis de longues minutes, mais il conserva un état pratiquement amorphe pour ne pas aggraver les choses. Hors de question de faire preuve d'une quelconque panique devant ces dames.

Devant leur maison, Rodrigue se laissa lentement glisser de la jument pour regagner le sol, et resta la tête collée contre la chaude encolure de l'animal durant de longues secondes. Il avait besoin de reprendre son souffle. Tout en maintenant sa main contre son œil gauche, il avança avec précaution jusqu'à la porte, attendit qu'Astride l'ouvrit, et entra, cherchant la première chaise qui pourrait le soutenir.

Et la maison se transforma en hôpital de campagne.

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Re: [MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

Message par Astride Vellini le Lun 28 Mar - 13:23

Décidément, les duellistes avaient un humour plus que mauvais. Dire, à peine le combat achevé et dans l'état où ils se trouvaient, qu'ils étaient déjà prêts à repartir, si tant est que les armes soient émoussées... Il n'y avait que des fous pour penser à ce genre de choses dans un moment pareil. Secouant la tête de gauche à droite en levant les yeux au ciel, le petit bout de femme suivait ses deux blessés du jour en se demandant bien à quoi allait ressembler la blessure de monsieur quand elle allait devoir le charcuter pour tenter de récupérer la misère encore récupérable. Dans le cas d'Arambour, ce serait probablement plus simple, même s'il y aurait assurément des séquelles bien visibles.

Le temps de la réflexion passé, elle se retrouva devant le seuil de la maison, avec un Rodrigue déjà descendu de la jument et avançait à tâtons vers la porte. La voilà qui fait un bond en avant pour voler au secours de son preux chevalier -le comble- afin de lui ouvrir la porte et de l'aider à s'asseoir sur la chaise qui se présenta spontanément devant eux. Evidemment, cette chaise était déjà là avant de partir et ce furent plutôt les deux tourtereaux qui se jetèrent spontanément sur la dite chaise, mais peu importe. Quant à Arambour, perdu pour perdu, elle prit le temps d'attacher sa jument à un arbre dans la clairière voisine pour qu'elle ne tente pas de s'enfuir, avant de rentrer à son tour et de s'asseoir sur une autre chose qui traînait par là.

Avec un goût à tomber par terre, la minie blonde se cracha dans les mains et les frotta l'une contre l'autre après avoir remonté ses manches. Dans sa tête, on pouvait entendre un "Bien. Y'a du taff. Par quoi j'commence.". Tout naturellement, elle se pencha dans un premier temps vers Rodrigue, avant de faire volte face pour montrer à Arambour la direction de la salle d'eau, pour qu'elle puisse se rincer le visage et retirer le baume qu'elle avait mis un peu plus tôt. Elle en remettrait après la suture, mais il ne valait mieux pas enfermer le baume à l'intérieur du visage, ne sachant trop comment cela pourrait réagir. La brune partie, elle se pencha à nouveau vers Rodrigue avec une grimace de dégoût sur le visage. Rapidement, elle alla chercher un petit tabouret, grimpa dessus et pencha la tête de Rodrigue vers l'arrière, histoire d'être relativement à l'aise pour travailler. Délicatement, elle enleva le tissus qui lui barrait encore l'oeil et, après une grande inspiration, elle commença à charcuter là dedans, essayant de se raccrocher aux morceaux de peau qu'elle pouvait pour faire les points les plus sex possible. Finalement, il n'y en avait pas tant que cela à faire, et c'était assurément l'oeil qui avait le plus morfler dans cette histoire. Ne sachant trop s'il était conseillé de mettre une quelconque crème sur un oeil, vu la sensibilité de l'organe, elle préféra faire couler quelques gouttes d'huile de lavande sur un linge qu'elle attacha de telle sorte que l'oeil soit à l'abri de toute source de lumière et d'impureté. A son oeil valide, elle montra qu'il ne devait en aucun cas essayer d'ouvrir sa paupière gauche, et pour appuyer qu'il n'avait pas intérêt de s'y risquer, elle fronça les sourcils avec un air sincèrement méchant.

Le premier blessé terminé, elle s'attaqua à la seconde qui venait de revenir. Même si elle ne la connaissait pas, elle prit autant de soin que pour Rodrigue à faire les points les plus invisibles possibles. Ceci fait, elle remit une couche de baume à la lavande sur la cicatrice et, avec ses petits pieds, elle se rendit dans une espèce de cagibi pour y dénicher un pot vide, dans lequel elle renversa une partie de son baume personnel avant de le tendre à l'inconnue qu'elle avait soignée. Elle leva ensuite le doigt, signalant qu'il fallait attendre encore un peu, et elle se saisit de son ardoise pour y écrire :

"A appliquer 2 fois par jour. Matin et soir.
Revenez dans 10 jour pour les sutures."


-Oh. Je suis donc coincée à Mont de Marsan pour au moins dix jours. Fort bien, je reviendrai donc vous voir à la date que vous m'indiquez, mais à présent je vais vous quitter. J'aurai préféré vous rencontrer en de meilleures circonstances, je suis Arambour.

La blondinette hésita longuement avant de serrer la main de cette femme qu'elle pouvait à présent nommer. Consciente que cette dame aurait elle aussi préféré que ce duel se finisse d'une bien meilleure manière, elle fit finalement fit de sa rancoeur et lui offrit même un léger sourire avant de la saluer d'un signe de main lorsqu'elle franchit la porte. Il n'y avait plus qu'à forcer Rodrigue à partir se reposer, mais à priori, il ne devrait pas trop rechigner vu la gueule qu'il tirait...

[Quelques jours plus tard]

L'état de grande convalescence étant passé, il était grand temps pour elle d'exprimer toute sa colère vis à vis de ce duel qui n'avait ni queue ni tête pour elle ! Première étape : cacher tout ce qui pouvait tailler, trancher, écraser, blesser, etc. Même les couteaux de cuisine avaient subi la tornade Astride ! Tout avait été planqué sur un tas de foin dans l'étable. Il penserait probablement à aller les chercher là bas, mais le temps qu'il se motive à le faire, quelques autres jours passeraient. Deuxième étape : lui faire bien comprendre qu'il avait pas intérêt à recommencer. Ainsi donc, sourcils froncés poings sur les hanches, elle se pointa dans la chambre où l'écuyer se reposait encore et, après avoir fait voler la couverture et l'avoir secoué comme un prunier, se mit à gesticuler dans tous les sens comme à chaque fois qu'elle était extrêmement énervée. Ses mouvements ne voulaient rien dire, étaient très amples, parfois sa main passait devant son oeil comme si elle voulait lui faire comprendre qu'il pouvait toujours se brosser pour revoir un jour, sa petite bouille était toute rouge et ses yeux presque exorbités des trous. En fait, heureusement qu'elle avait caché tout objet dangereux qui traînait dans la maison, elle aurait presque pu le tuer sinon ! Même sa bouche se mettait à bouger alors que tout le monde savait pertinemment que jamais aucun son n'en sortirait. Clou du spectacle, elle se mit à taper de ses petits poings sur le torse et le ventre du rouquin, surface de décharge de tout l'énervement emmagasiné depuis tout ce temps. Heureusement que la minie blonde n'avait pas de force quand même...

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Re: [MdM] Rencontre au sommet. Enfin presque...

Message par Rodrigue de Liancy le Lun 28 Mar - 16:06

Quel était le pire entre la blessure et la convalescence qu'elle engendrait ? C'était une des nombreuses questions que se posait Rodrigue depuis son duel. Il détestait être inactif. Pourtant il savait que cette période de repos était nécessaire. Bien qu'il ne se faisait plus d'illusions quant à son œil gauche : jamais il n'allait recouvrer la vue. De ce terrible constat découlaient d'autres questions. A savoir, tout d'abord, s'il allait réussi à manier une arme comme avant. A priori, oui et non. Oui car les soldats borgnes étaient nombreux, non car il ne manierai plus les armes comme avant. Pour pouvoir se battre il allait devoir s'adapter à son champ de vision tronqué. Du travail en perspective.

Ce qui le taraudait surtout, c'était Astride. Elle aimait à soigner les gens, à prendre soin d'eux. Mais quand les soins n'allaient plus être nécessaires, comment allait-elle réagir ? Allait-elle toujours tenir à lui maintenant qu'il était borgne ? La blonde ne s'était pas fiancée à un handicapé. D'ailleurs le couple allait maintenant avoir une drôle d'allure. Un borgne et une muette. Heureusement qu'ils ne voulaient pas d'enfants, il n'aurait plus manqué qu'un sourd.
Il aurait pu également mourir, mais le sort en avait décidé autrement. Le pire, dans cette affaire, était qu'il n'y avait personne à blâmer. Yvain ? C'était un crétin mais il avait envoyé Arambour pour qu'elle le séduise, pas pour l'aveugler. Arambour ? Elle avait eu droit à sa blessure elle-aussi. Lui-même ? Sûrement. Mais comment vouloir être soldat et avoir peur d'un simple duel ? Autant cultiver des panais et élever des chèvres, c'est moins risqué. Mais tout ça… Astride ne le comprendrait sûrement pas. D'ailleurs, Rodrigue ne savait toujours pas comment elle s'était retrouvée aux alentours de la lice ce jour-là. Il n'avait pas encore cherché à le savoir. Trop honteux, trop épuisé par le mal de tête qui s'était à peine calmé depuis l'accident.

Il était en train de méditer dans son lit, faute de pouvoir faire autre chose, quand Astride apparut. Furieuse. C'était le mot adéquat. Une véritable tempête qui balança couverture et brassa l'air dans un méli-mélo de gestes incompréhensibles. Si elle avait pu parler, nul doute que sa voix aurait fait trembler jusqu'aux fondations de la maison. Elle était en colère, et le comprit encore plus lorsqu'elle se mit à le taper de ses petits poings. Pour autant, il ne bougea pas, se contenter de la regarder d'un air sincèrement désolé. Elle avait peut-être eu peur, comment lui en vouloir pour sa réaction ?

L'écuyer la laissa faire plusieurs dizaines de secondes. Il ne ressentait rien. Astride ne tapait pas assez fort, et en comparaison de ce qu'il ressentait à la tête, ses petits coups même nombreux faisaient presque l'effet d'une caresse. Finalement, sans un mot, il se pencha légèrement et l'entoura de ses bras, cherchant à la bloquer contre lui, la serrant contre son torse avec une extrême douceur. Il l'aimait et l'aimerait sans doute toujours. Même si elle le quittait. Même si elle le trompait. Même si elle le trompait et qu'elle tombait enceinte d'un autre. Ses sentiments ne changeraient pas. Il pourrait la détester de toutes ses forces, qu'au fond de lui subsisterait toujours un amour sincère pour elle, quelque chose que rien n'y personne n'arriverait à briser. Lucide, Rodrigue avait conscience que cela faisait des mois que rien n'allait plus entre eux, pourtant il l'aimait toujours. Il adorait plonger son nez dans sa magnifique chevelure blonde, poser sa main dans son dos et la serrer contre lui. Et quoi qu'il devait se passer pour eux à l'avenir, cette sensation de bien-être qui en résultait ne serait jamais égalée.

En la tenant toujours contre lui, après avoir fermé son œil valide, il lui souffla au creux de l'oreille :


- Je suis sincèrement désolé.

Pour elle, plus que pour lui. Il lui devait des explications. Ce qu'il fit, sans lui mentir une seule seconde. Tout dans le moindre détail. Le plan d'Yvain, le rendez-vous à la taverne avec Arambour.  Du petit jeu de la Démesquine jusqu'au fait qu'il ne voulait pas la prévenir pour si peu alors qu'elle dédiait tout son temps aux malades. Il ne cacha rien.
Rodrigue ne se sentait pas mieux pour autant. Il était résolument malheureux. Pour autant, il ne chercha pas à le lui faire comprendre. Le mal était bien trop profond et il n'avait pas envie de débattre de ce qui n'allait pas ou bien entre eux. Le rouquin espérait, elle était revenue auprès de lui ces derniers jours, elle ne s'occupait plus des malades de la grippe alexandrine. Peut-être que tout finirait par s'arranger. Rodrigue soupira légèrement et écarta légèrement Astride de lui pour l'embrasser avec douceur.

Il l'aimait toujours oui, mais elle ?

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Rodrigue de Liancy
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